Paul Molac
Paul Molac © CC-BY-SA ABP
Rostrenen : lancement de « Faisons Bretagne » par Paul Molac

Réalisation : ABP – 68 vues

Intervention complète plus échanges avec la salle

À Rostrenen, devant une centaine de participants, le député breton Paul Molac a officiellement lancé, samedi 18 avril, le mouvement « Faisons Bretagne ». À cette occasion, il a défendu l’idée d’une autonomie régionale accrue et posé un jalon politique en évoquant la nécessité d’une reconnaissance de la Bretagne dans la Constitution.

Le lancement officiel du mouvement « Faisons Bretagne » s’est tenu samedi à Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor, devant une centaine de participants. La réunion s’est ouverte par une intervention chaleureuse du maire de Rostrenen, Guillaume Robic, qui a exprimé son soutien au projet porté par le député, insistant sur la nécessité de redonner des marges de décision aux territoires.

D’emblée, Paul Molac a inscrit son propos dans une critique globale du fonctionnement de l’État centralisé, qu’il juge à la fois inefficace et déconnecté des réalités locales, allant jusqu’à qualifier ce modèle de « centralite », qu’il présente comme une véritable « maladie française ».

« Nous passons notre temps non pas à nous occuper de nos concitoyens, mais à lutter contre une administration dont on sait très bien qu’un certain nombre de décisions ne seront pas celles qu’il faut », a-t-il déclaré, évoquant une expérience concrète de terrain marquée par des décisions tardives ou inadaptées, notamment en matière de santé ou d’agriculture.

À travers plusieurs exemples — déserts médicaux, gestion de la politique agricole, formation ou apprentissage — le député a dénoncé une organisation où les décisions sont prises loin des territoires, entraînant retards, incohérences et « gabegie d’argent public ».

L’autonomie : une organisation autour des secteurs non régaliens

Face à ce constat, Paul Molac a défini de manière précise ce qu’il entend par autonomie. Loin d’un projet d’indépendance, il s’agit selon lui d’un partage clair des responsabilités entre l’État et les territoires.

« L’armée, la justice, les affaires étrangères […] ça, l’État doit le garder. Mais le reste — l’éducation, la mobilité, la santé, l’économie — ça devrait être en priorité aux collectivités locales », a-t-il expliqué, en reprenant explicitement la notion de secteurs non régaliens.

Dans cette logique, la Bretagne serait en mesure de décider elle-même de politiques essentielles du quotidien : organisation des soins, formation des médecins, évolution du modèle agricole, transports ou encore politiques culturelles et linguistiques. Pour le député, cette proximité décisionnelle est la clé d’une action publique plus efficace.

« L’autonomie, ce n’est pas l’indépendance […] c’est une façon de gérer l’argent public au plus près et de faire mieux avec la même chose », a-t-il insisté.

Autonomie fiscale et pouvoir de décision

Au-delà des compétences, le projet repose également sur une transformation profonde des mécanismes de décision, en particulier sur le plan financier. Paul Molac a plaidé pour une véritable autonomie fiscale permettant aux élus locaux d’agir en cohérence avec leur programme.

« Des élus […] avec des impôts qu’ils peuvent eux-mêmes monter et faire descendre […] c’est tout simplement l’autonomie. […] D’ailleurs, je me demande si on n’appelle pas ça la démocratie », a-t-il lancé.

Il a également critiqué la production normative issue des ministères, jugée trop éloignée des réalités du terrain, et défendu l’idée d’un pouvoir réglementaire partiellement transféré aux collectivités, afin de permettre une adaptation plus fine des règles.

Inscrire la Bretagne dans la Constitution

L’un des points les plus marquants de son intervention concerne la perspective d’une réforme constitutionnelle. Pour Paul Molac, l’autonomie ne peut être durable sans une reconnaissance juridique forte.

« Il faudrait […] changer un jour la Constitution pour inscrire la Bretagne dans la Constitution », a-t-il affirmé, estimant que cela permettrait de garantir un partage clair et stable des compétences.

Une telle évolution pourrait également, selon lui, ouvrir la voie à la reconnaissance institutionnelle de la langue bretonne, notamment à travers une forme de coofficialité.

Un modèle français à contre-courant de l’Europe

Pour étayer son propos, le député a replacé la situation française dans un contexte européen marqué par la généralisation des autonomies régionales. Espagne, Italie, Allemagne, Belgique ou encore Royaume-Uni ont été cités comme exemples de pays ayant développé des formes d’organisation plus décentralisées.

À l’inverse, la France apparaît, selon lui, comme un modèle isolé. « Où reste-t-il un pays centralisé qui est malade ? […] Turquie », a-t-il lancé, dans une formule volontairement provocatrice destinée à marquer les esprits.

Un travail de conviction à mener

Au-delà des aspects institutionnels, Paul Molac a insisté sur la nécessité de mener un travail de pédagogie auprès de la population. Pour lui, l’un des principaux obstacles reste la confusion entre autonomie et indépendance, ainsi qu’un attachement persistant au modèle centralisé.

« Il faut expliquer aux Bretons que l’autonomie […] ça n’a rien à voir avec l’indépendance […] et qu’au contraire ils prendront leur destin en main », a-t-il souligné.

Le mouvement « Faisons Bretagne » se donne ainsi pour objectif de dépasser le cercle des militants convaincus pour toucher un public plus large, alors même que plusieurs enquêtes d’opinion suggèrent un intérêt croissant pour ces questions.

Un mouvement pour structurer le débat partout en France

Le député a toutefois reconnu que la concrétisation de ce projet passera nécessairement par un relais au niveau national. « Il nous faudra des députés et des sénateurs qui soient capables de défendre ça […] sinon je crains que ça ne reste un vœu pieux », a-t-il prévenu.

La réunion s’est conclue par de nombreux échanges avec le public, portant notamment sur les stratégies à adopter, les alliances possibles et le calendrier politique. L’ambiance, attentive et engagée, a confirmé que la question institutionnelle bretonne reste un sujet vivant, en attente de structuration.

Interrogé sur une controverse évoquée dans la presse concernant le maire de Carhaix, autonomiste de longue date, qui n’aurait pas été invité, Paul Molac a répondu qu’aucune invitation personnelle n’avait été envoyée, précisant que la réunion était ouverte à tous.