Le breton, langue du 21ème siècle dans un grand dictionnaire

-- Langues de Bretagne --

Presentation de livre
Par Christian Rogel

Publié le 15/11/12 0:48 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Pierre Marchand, avait, par amour de son pays, agi pour que Gallimard-Jeunesse publie une version en breton de quatre merveilleux petits volumes de la collection Gallimard-Découvertes.

Un éditeur qui n'a pas, jusqu'ici, touché à la langue bretonne, peut surprendre et rendre un énorme service à la langue de ses ascendants.

C'est le cas de Michel Bescond, éditeur aux Editions Palantines, à Quimper, (voir le site) connues surtout pour des éditions de beaux livres, qui a eu le courage et l'audace de faire confiance à Martial Ménard.

Celui-ci est un vrai cheval à la besogne, car il a déjà dirigé (avec Jean-Yves Lagadec) les deux seuls dictionnaires tout en breton (Geriadur brezhoneg, 1995 et Geriadur An Here, 2001).

Ses dictionnaires et ses lexiques (érotisme, injures) sont bien en vue dans les librairies bretonnes et c'est lui qui a créé la seule maison d'édition en breton pour la jeunesse digne de ce nom, An Here (1983-2005), celle qui a apporté aux jeunes Bretons l'univers graphique des dessinateurs du Monde.

Il est aussi bien connu des lecteurs d'Ouest-France Dimanche pour sa rubrique A la petite école du breton.

Sans diplôme universitaire, mais, d'un esprit rigoureux et à l'écoute de nombreux brittophones, il offre un outil majeur pour l'usage du breton, à l'écrit et dans l'audiovisuel.

Avec leDictionnaire français-breton, il s'ouvre pour les élèves des filières d'enseignement en breton et pour les adultes la possibilité d'un breton plus riche, car les mots de notre époque, dont certains très techniques, y sont.

On le verra dans la presse, à la radio, à la télévision, sur Twitter, sur Facebook et sur les murs.

Cela va aider à faire paraître de nombreuses traductions, dont, comme au temps de Gwalarn, le breton a un besoin urgent.

Avec1472 pages et près de 50 000 entrées, Martial Ménard et les Editions Palantines ont pavé la voie pour le breton du 21ème siècle.

Plus de problème pour dire packaging (arbarañ) ou visioconférence (gwelgendael)

Dans la préface, Martial Ménard souligne l'importance des nouveaux mots : «Toute attitude qui exclut la néologie de l'avenir de la langue bretonne la cantonne de facto au passé, la réduit à la portion congrue, lui interdit le vocabulaire nécessaire à dire le monde d'aujourd'hui, ce qui revient à la condamner à disparaître d'elle-même».

Se limiter exclusivement au «breton populaire» serait mortel, même si celui-ci est un guide pour le respect de la syntaxe.

Le breton réduit au 19ème siècle à la langue des paysans et des ouvriers, n'est qu'une courte parenthèse dans son passé de langue de haute volée.

Nulle part, on ne peut se maintenir une orthographe basée sur des préférences et non sur la réalité de l'école et la vie de la jeunesse bilingue.

L'orthographe unifiée du dictionnaire, que l'on appelle «peurunvan», est celle de l'enseignement des enfants de Bretagne, et, donc, celle des Bretons brittophones du siècle en cours.

Cela n'empêche, ni les variantes pour donner la couleur du vannetais ou d'autres dialectes (get pour gant, par exemple), ni même des évolutions légères, comme pour toute orthographe normale, car, c'est la fixité de l'orthographe du français qui est anormale.

Il est regrettable, et peut-être inadmissible, que l'Université de Bretagne n'ait pas été capable de faire ou soutenir ce dictionnaire, alors que l'Académie galloise a publié son équivalent sur les presses de l'Université du Pays de Galles : The Welsh Academy English-Welsh Dictionnary(1995 et 2003).

Martial Ménard, Dictionnaire français-breton, Quimper, Editions Palantines, 59 €. ISBN 978-2-35678-069-0

Voir aussi l'article en breton de Fanny Chauffin (voir notre article) et la lettre ouverte d'Angèle Jacq à Martial Ménard (voir notre article)

Notes :

Le breton armoricain, très proche de celui des Îles britanniques jusqu'au 12ème siècle, a eu un vocabulaire technique (médecine) bien avant le français (Manuscrit de Leyde, 8-9ème siècle ap. J. C).

Palantin(e) est l'adjectif qui est attaché à la ville de Le Palais (Porzh-Lae), en Belle-Isle-en-Mer, que les habitants appellent Palais, tout court.

Pour l'audace et le courage, on peut aussi mentionner Thierry Jamet, Editions An Amzer/Le Temps, à Pornic, qui a publié en breton du premier volume de Harry Potter (voir notre article) et qui devrait gagner son pari. (voir le site)

Voir aussi :
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Christian Rogel est spécialiste du livre, de la documentation et de la culture bretonne.

Vos commentaires :

kris Braz
Jeudi 15 novembre 2012

Halte à l\'hagiographie !

Le dico de M Menard, comme tous ceux qui l\'ont précédé, est un outil. Comme tous les outils - en particulier les dictionnaires, basés sur des choix de l\'auteur/des auteurs-, il comporte des imperfections, met en avant ou en retrait telles ou telles choses. Le dictionnaire exclut l\'idée même de perfection. Comme tous les outils, ce sont les ouvriers qui l\'emploient (traducteurs, écrivains, étudiants…) qui vont déterminer si oui ou non il s\'avère adapté à sa fonction.

Christian Rogel
Jeudi 15 novembre 2012

C'est une évidence que les choix de l'auteur auront exclu d'autres possibilités, mais, c'est la loi du genre.

Mais, pour ce qui est de la somme de travail et la qualité de la présentation, l'ouvrage sera indépassable, parce qu'unique, pendant très longtemps.

Souhaitons que cela dure beaucoup moins que pour le Grand dictionnaire français-breton de 1932.

En attendant, apprécions la performance, car, c'en est une et, tirons le meilleur parti de ce qui va, kousto pe gousto, nuancer et enrichir notre langue, mais, sans que d'autres mots soient exclus.

Christian Rogel
Jeudi 15 novembre 2012

Le premier commentaire de l'auteur était une réponse à Kris Bras, laquelle est juste après.

Christian Rogel
Jeudi 15 novembre 2012

Commentaire précédent sans objet

Los
Jeudi 15 novembre 2012

Cela faisait bien cinquante ans au moins que les bretons soucieux d'user de leur langue, et surtout les apprenants, étaient bloqués dans leur progression par le manque d'un dictionnaire exemplifié et adapté aux exigences du temps. La simple traduction précise d'un éditorial d'Ouest-France (et pourtant !), du mode d'emploi d'un médicament ou d'un roman populaire était devenue un casse-tête. Avec le temps, ça se compliquait : Favereau pour le lexique rural des dernières générations, Jules Gros pour le breton populaire et vivace de l'entre-deux-guerres, Le Gléau pour le breton 'frealz ha digatar' des bretonnants lettrés qui avaient tenu ferme la langue jusque vers le milieu du XXe s., Roparz Hemon pour l'usage graphique courant, les dictionnaires de Preder pour la néologie, Herrieu pour la cohérence vannetaise, et de nombreux et introuvales lexiques donnant les mots sans exemples... tout cela pour en revenir au Vallée et se contenter d'approximations qui, retraduites en français, révélaient leur indigence. Nombreux sont les néo-bretonnants qui ont LAISSE TOMBER faute d'un outil de travail adéquat.

Les "usuels" avaient bien besoin d'être rafraîchis, voire créés !

Il a donc fallu que quelqu'un fasse le travail. Et ce quelqu'un n'est pas un "bretonnant de naissance" ni un lettré sorti du Sérail. L'Université bretonne, c'est-à-dire l'université française dans les académies correspondantes, n'aurait pu lancer l'entreprise que mue par un esprit patriotique à la galloise ou à la basque.

Ce n'est pas son genre, on le sait depuis longtemps.

On pourrait même arguer que ce Dico s'est fait contre pas mal de monde, contre tout ce qui en Bretagne pense, tranche, évalue, enseigne, pontifie, colloque, moralise, sympose, séminarise, sémiote, collecte, analyse, sociolinguise, met-en-garde, conscientise, fait-penser, donne-à-penser, subventionne, crédite, discrédite, diplôme, sanctionne, langue-minorise, langue-régionalise, disserte et méprise au fond ce qu'elle ne veut pas, ne peut pas comprendre (mais que certains, au-dessus, comprennent très bien et dont ils ne veulent pas) : la santé d'une langue encore vivante. Le Dico de Ménard ne sera pas partout bien accueilli, parce qu'il n'est pas dans la norme de ce qui convient. Vous verrez, les reproches lui viendront de partout. Il sera intéressant de voir qui crache dans la soupe.

kris Braz
Vendredi 16 novembre 2012

En réponse à Los, la traduction est TOUJOURS un casse-tête, et il faut être bien naïf pour croire qu'un traducteur va pouvoir se reposer sur UN dictionnaire, si abouti soit-il. Il faut comparer, recouper, peser, consulter diverses sources pour arriver à un résultat. Et ce n'est sûrement pas Martial Ménard qui me contredira !

Attendons donc le verdict de l'USAGE (ce qui n'empêche pas de saluer le travail accompli par MM).

Visant Boutaouer
Vendredi 16 novembre 2012

La présentation de ce nouveau dictionnaire est une proposition intéressante, je la placerais au niveau de l'art contemporain qui nécessite l'acquisition d'une certaine initiation pour en comprendre les subtilités. Il me semble que cette oeuvre soit un peu inabordable pour les bretonnants aborigènes de plus de 60 ans. Le public visé est probablement celui des apprenants de la langue bretonne à venir, celle du 22ème siècle où le mot "pellgomz" aura remplacé "telefon" à la racine grecque, absent des propositions de l'auteur, ancien prisonnier politique comme il le mentionne dans les premières pages de l'ouvrage.

Bonne chance aux "brizhonegerion" soutenus par les pouvoirs politiques et économiques régionaux. Ce monde "Comme si" n'est plus le mien. Chañs vad d'an aozer ha d'an ti-embann gand ho lapined ha gand ho chas.

Paol
Vendredi 16 novembre 2012

@ Los. Et les deux dicos publié par An Here (\"geriadur brezhoneg\" 1 et 2)?

Christian Rogel
Vendredi 16 novembre 2012

Un traducteur professionnel de breton (cela existe) me disait, l'autre jour, "le dictionnaire de Martial, je l'utilise maintenant tous les jours".

Le contraire eut été étonnant.

Ajoutons que, comme c'est un vrai professionnel, il gardera une batterie d'autres dictionnaires sur son bureau.

Pas besoin d'enfoncer les portes ouvertes : il est inutile à un aborigène qui n'a pas de textes à traduire et il sera utile aux jeunes qui vont ouvrir des blogs en breton, aux apprenants, aux professeurs, aux amoureux du breton, etc.

@Visant Boutaouer

Telefon restera dans l'usage et pellgomz sera plus connu. Ce n'est pas la seule langue où on trouve cette dualité. L'allemand, par exemple.

Prisonnier politique? Oui, et alors...

Christian Rogel
Vendredi 16 novembre 2012

@ Paol

Précision : les 2 dictionnaires tout en breton avaient, respectivement, 10 00 et 20 000 entrées.

Celui-ci en a 50 000. Il est donc plus riche en entrées, mais les notices sont moins détaillées.

Dans certains cas, le traducteur de métier devra se reporter au Geriadur an Here pour vérifier des nuances dans l'emploi.

Paol
Samedi 17 novembre 2012

@ Christian. Merci pour cette précision.

Los
Dimanche 18 novembre 2012

Bien sûr, il y a les dctionnaires d'An Here, mais eux-ci sont monolingues et je parlais du grand nombre de ceux qui n'ont pas encore les capacités de s'y référer.

De plus, il est toujiurs instructif de voir les deux langues côte à côte : c'est ce qui fait l'intérêt de Jules Gros, de le Gléau et de Vallée.

Aucun dictionnaire n'est en fait aboli, tout dépend de la traduction qu'on envisage.

Attention : quand la génération "intermédiaire" aura disparu, qui fera encore le lien entre le breton parlé traditionnel (des générations élevées avant 1950...) et les néo-bretonnants ou brittophones ? Les conseils oraux avisés et exérimentés, il n'y aura plus grand monde pour les donner.

Il serait souhaitable de communiquer à l'aureur toute observation issue de la pratique qui puisse contribuer un jour à une deuxième édition.

Paol
Dimanche 18 novembre 2012

@Los. Tout brittophone actif à l'écrit vous dira quelle bénédiction furent (et sont encore) les deux dictionnaires monolingues de An Here. Ils sont une véritable référence pour les brittophones, qui n'ont pas à passer par le français pour leurs recherches : indispensables !

Quant au breton populaire on a le ou les Favereau, dont la grammaire, ainsi que les ouvrages de Jules Gros.

Concernant encore le breton populaire, on peut y ajouter d'autres ouvrages plus locaux qui sont fort intéressants, selon le terroir dont on dépend, comme le "Gast, alato !" de Yann Riou ou les notes de grammaire bretonne de Visant Favé pour le Léon : ce n'est pas la matière qui manque.

On pourra se réfèrerer également aux conseils très avisés d'un Yann Gerven, sur son blog ou dans Ya! toutes les semaines, aux travaux de collectage divers dont ceux de Mikael Madeg dans la collection Marvailhoù/Brud nevez : le matériel n'attend que vous, pasket tout deoc'h !

Los
Lundi 19 novembre 2012

Oui, c'est exactement ce que je voulais dire. Signalons aussi la série des cassettes Komz, enregistrements dialectaux (hélas mal transcrits dans les livrets d'accompagnement, et sans commentaire grammatical suivi).

ANTI-SPAM : Combien font 6 multiplié par 8 ?
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