
Deux actes diplomatiques originaux de 1490, conservés aux Archives nationales britanniques, viennent de faire l'objet de nouvelles acquisitions numériques par Bretaigne DAO. Ils permettent d'étudier directement les négociations d'Anne de Bretagne avec Henri VII d'Angleterre, ainsi que les engagements financiers et territoriaux liés à l'intervention anglaise.
La Bretagne dans les archives européennes — Bretaigne DAO
Des documents originaux au cœur de la crise bretonne
Les recherches archivistiques menées par Bretaigne DAO viennent de franchir une nouvelle étape avec la réception, le 15 octobre 2026, des reproductions numériques de deux documents conservés à The National Archives, à Kew, près de Londres.
Ces pièces, datées des 15 février et 26 juillet 1490, appartiennent à une séquence diplomatique particulièrement importante du règne d'Anne de Bretagne.
À cette époque, le duché traverse une crise majeure. Après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488 et la mort du duc François II, Anne doit défendre ses droits et rechercher des soutiens auprès de plusieurs puissances européennes.
Les deux actes désormais reproduits éclairent les relations établies avec le roi Henri VII d'Angleterre. Le catalogue des Archives nationales britanniques signale que ces deux pièces ont déjà été imprimées dans les Foedera de Rymer. L'apport de ce travail repose sur l'acquisition de reproductions et la mise en relation de sources identifiées ; il ne s'agit pas de la découverte de documents inédits.
15 février 1490 : Anne de Bretagne donne pouvoir de négocier
Le premier document est conservé sous la cote :
The National Archives — E 30/596
Selon la notice des Archives nationales britanniques, il s'agit de pouvoirs délivrés à Rennes le 15 février 1490 par Anne de Bretagne à son chancelier Philippe de Montauban et à cinq autres représentants, afin de négocier un nouveau traité avec Henri VII.
La titulature de la duchesse, l'écriture et les formules de validation constituent autant d'éléments à examiner sur les reproductions. La notice archivistique mentionne un sceau ; son étude détaillée, comme celle des souscriptions, reste à conduire. Aucune attribution de main ou de signature autographe n'est avancée ici.
L'intérêt du document est considérable pour l'histoire diplomatique : il constitue un témoignage direct de l'exercice des prérogatives ducales par Anne et de l'organisation de ses négociations avec l'Angleterre.
26 juillet 1490 : les engagements financiers de l'alliance
Le second acte est conservé sous la cote :
The National Archives — E 30/598
Daté de Londres, le 26 juillet 1490, il concerne les engagements pris par Philippe de Montauban et d'autres ambassadeurs d'Anne de Bretagne envers Henri VII.
D'après l'identification archivistique, ces engagements portent notamment sur le remboursement des dépenses d'une expédition anglaise destinée à soutenir Anne face au roi de France.
La notice précise que les villes et les châteaux de Morlaix et Concarneau doivent rester entre les mains d'Henri VII à titre de garanties pour ce remboursement.
L'étude du texte, des souscriptions et des éventuelles mentions au verso reste à approfondir à partir des reproductions.
Cette pièce montre que les alliances diplomatiques ne se limitaient pas à des déclarations politiques : elles reposaient aussi sur des engagements matériels, financiers et territoriaux.
Une question essentielle demeure toutefois ouverte : quelle était exactement la portée juridique des garanties accordées ?
Une transcription intégrale, confrontée aux autres actes de juillet 1490 et à leur contexte, permettra de préciser la portée de ces dispositions. La mention de garanties ne suffit pas, à elle seule, à établir une cession définitive de souveraineté.
Un rapprochement avec les Archives nationales françaises
La recherche invite également à un rapprochement documentaire à vérifier.
Les Archives nationales françaises conservent sous la cote AE/II/525, anciennement T//189/6, une procuration donnée par Anne de Bretagne à son chancelier Philippe de Montauban, également datée du 15 février 1490 à Rennes.
La description fournie par les Archives nationales avec la reproduction française signale une signature d'Anne et un sceau de cire rouge. Cette indication de catalogue ne vaut pas expertise paléographique indépendante.
Sa reproduction a été rendue accessible publiquement par les Archives nationales, notamment grâce à leur coopération avec Wikimedia France.
Nous disposons ainsi de deux témoins archivistiques, conservés respectivement en France et au Royaume-Uni, liés à la même date et à une opération diplomatique comparable.
Il reste à établir, par comparaison des textes, s'il s'agit de deux expéditions d'un même acte ou de documents distincts appartenant à la même négociation.
Reconstituer les relations diplomatiques de 1490
Ces nouvelles reproductions s'inscrivent dans une recherche plus large portant sur les relations de la Bretagne avec les puissances européennes aux XIVe et XVe siècles.
Le dépouillement d'autres documents diplomatiques britanniques doit permettre de replacer ces deux pièces dans l'ensemble des négociations, des engagements financiers et des alliances de cette période.
L'objectif est de reconstituer progressivement une chronologie fondée sur les actes eux-mêmes : pouvoirs diplomatiques, négociations, engagements financiers, garanties, ratifications et exécution des accords.
Ce travail permet de dépasser les seuls récits historiographiques en revenant aux textes contemporains, à leurs signatures, à leurs sceaux et à leurs cotes d'archives.
Une recherche destinée à être partagée
Bretaigne DAO poursuit l'identification et l'étude des documents historiques bretons conservés dans de nombreux dépôts européens, notamment à Londres, Nantes, Paris, Simancas, Rome et Turin.
Les travaux alimentent également Linked Brittany, un projet de documentation numérique visant à relier les personnes, les lieux, les institutions, les événements et les sources archivistiques dispersées.
Les deux actes de 1490 rejoindront le corpus consacré à Anne de Bretagne et à la diplomatie du duché, dans le cadre de la préparation d'un ouvrage historique accompagné de références vérifiables.
Les archives ne remplacent pas l'interprétation historique : elles permettent de la contrôler, de la préciser et, lorsque cela est nécessaire, de la corriger.
Sources documentaires
- The National Archives, Kew, E 30/596, 15 février 1490, reproduction numérique obtenue le 15 octobre 2026. Notice officielle E 30/596
- The National Archives, Kew, E 30/598, 26 juillet 1490, reproduction numérique obtenue le 15 octobre 2026. Notice officielle E 30/598
- Archives nationales de France, AE/II/525, ancienne cote T//189/6, procuration d'Anne de Bretagne du 15 février 1490.
- Reproduction de AE/II/525 mise à disposition sur Wikimedia Commons
Bretaigne DAO — Recherche historique et archivistique
Illustration
Procuration d’Anne de Bretagne pour une alliance avec l’Angleterre, Rennes, 15 février 1490. Document conservé aux Archives nationales de France, AE/II/525 (ancienne cote T//189/6). Reproduction : Archives nationales (France), via Wikimedia Commons — domaine public, Public Domain Mark 1.0.
Fiche de l’illustration sur Wikimedia Commons
Commentaires (1)
Je crois savoir que la Bretagne avait une dette considérable auprès de l'Angleterre. On pourrait donc penser qu'il n'était pas dans l'intérêt de l'Angleterre de laisser tomber la Bretagne. Sauf si la France remboursait la dette bretonne, ce qui est arrivé. Moralité : être trop endetté, ce n'est pas une bonne idée. Comme quoi la France n'a pas acheté que la Corse.