Alan Stivell : Une biographie pour l'icône de plusieurs générations
Présentation de livre de Philippe Argouarch

Publié le 25/06/12 16:15 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
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Un travail d'érudit

Un livre écrit par un Breton de coeur, originaire du Limousin, mais fan d'Alan Stivell depuis l'âge de 14 ans. De plus Laurent Bourdelas est professeur d'histoire, ce qui lui a donné l'honnêteté et la rigueur nécessaires pour faire ce travail extrêmement bien documenté en s'appuyant sur ce qui avait déjà été écrit dans les ouvrages biographiques existants comme " Alan Stivell, ou le Folk celtique " de Yann Brekilien ou " Racines Interdites " de Jacques Erwan et Marc Legras ou même " Telenn, la harpe celtique " dont Alan est co-auteur. Le livre est aussi abreuvé d'articles de journaux, de films et émissions TV et d’échanges de courriels avec Alan Stivell lui-même.

Une discographie passée au peigne fin

Le livre avance au rythme des albums. L'oeuvre du précurseur de génie, “revivaliste” extraordinaire et créateur de musique bretonne contemporaine qu'est Alan Stivell, est replacée dans les contextes historiques successifs à commencer par sa famille et en particulier son père, un génie en lui-même. Sorti du séminaire Saint-Anne de Vannes, Georges Cochevelou (le vrai nom d'Alan) avait appris le breton, l'allemand, l'anglais, le russe et le polonais. Il jouait d'autant d'instruments de musique, tout en étant un peintre de talent qui fut plusieurs fois exposé en Galeries. Son père et les encouragements de sa mère ont joué des rôles essentiels en ce qui concerne l'éveil des talents et des passions d'Alan. C'est son père, Georges Cochevelou, aussi ébéniste, qui (re)construisit la harpe celtique dont l'usage avait disparu en Bretagne depuis plusieurs siècles. Il transmit à Alan, dès l'âge de 7 ans, sa passion pour cet instrument. Tout commença par une note sur cette harpe mythique.

Une épopée bardique des temps moderne

Chaque album, chaque morceau, est analysé dans le contexte de l’époque, de l'actualité, des relations et des amis d'Alain et de ses influences celtiques, américaines ou autres musiques du monde : scout Bleimor, mai 68, bagad Bleimor, FLB, UDB, Plogoff, Quévert, EELV. L'engagement artistique et politique du grand barde breton est décrit objectivement à travers ses déclarations à la presse ou lors de ses concerts comme ceux de Lorient en 2010 ou de l'Olympia en 2012 où, entre deux morceaux, Alan, simplement, demande pour la Bretagne, les mêmes statuts que l’Écosse et le Pays de Galles. En plus d'un engagement politique courageux et d'une créativité exceptionnelle, Alan Stivell sera à l'origine de trois vagues celtiques : la première qui suivit son passage à l'Olympia en 1972, la deuxième après " Again " en 1994 et la troisième qui débute en 2012 avec son retour sur scène à l'Olympia et l'apparition de la chanteuse Nolwenn Leroy, icône d'une nouvelle génération d'artistes bretons qui s'inspirent directement du grand barde breton.

Critique

On regrettera que si ABP et ABP-TV sont citées dans le texte une fois chacune parmi une centaine d'autres sources, ce soit sans les références (1) : nos sites web ne sont même pas listés à la fin dans la liste des sites consultés. Dommage, cette bévue. Il y a d'autres petits oublis. Pour le fameux match de coupe de France de football Rennes-Guingamp où Alan Stivell a chanté le " Bro Gozh ma Zadoù ", l'auteur signale que le clip est passé sur le site web de l'UDB, ignorant complètement qu'on avait été le seul média à l'annoncer. Alan Stivell, qui lit l'ABP régulièrement d'après ce qu'il nous a confié lors de notre interview de 2009, nous avait averti qu'il prendrait le micro. On était sur place pour filmer l'événement et la vidéo fut sur ABP-TV le soir même. A en croire Laurent Bourdelas, le média de référence du mouvement breton n'est pas l'Agence Bretagne Presse, mais le site de l'UDB ! Difficile à croire. Signaler systématiquement que tel ou telle était membre de l'UDB est une chose mais alors pourquoi ne pas dire que Franck Darcel, qui collabore au disque Back to Breizh, est membre du Parti breton au lieu d'écrire seulement " militant breton " ? Soit il ne fallait pas mentionner l’étiquette politique des gens cités, soit il fallait le faire pour tous.

On regrettera aussi certains mots comme " taiseux " pour caractériser notre ami Iffig Cochevelou, le frère d'Alan Stivell et un commentateur régulier de nos colonnes. Iffig qui avait pris le risque, énorme à l'époque, d'organiser une tournée de 12 concerts en 1973 n'a même pas été contacté par l'auteur et ce tour est zappé dans le livre. L'expression " le miasme d'un nationalisme étriqué " qui aurait accablé la Bretagne avant l'arrivée d'Alan Stivell, envoyée dès la première page – comme un exorcisme pour bien avertir le lecteur qu'on reste dans le secteur d'un régionalisme bon teint – n'était pas nécessaire. Elle choquera certains militants non udbistes qui, eux, sont persuadés que le nationalisme breton, qu'il soit de gauche ou de droite reste fondamentalement le même – les divergences dans le mouvement breton ayant toujours été sur les méthodes et les alliances, et non pas sur le fond -- qui est le même pour tous : il s'agit de sauver une musique, une ou des langues, une culture, un peuple.

Si l'auteur est professeur d'histoire, il n'en demeure pas moins un historien français avec ses propres opinions. Ce qui sauve le livre, et en fera une autorité, c'est que Laurent Bourdelas est fan de Stivell depuis longtemps et a amassé sur le sujet une érudition étonnante même à l'époque de google et de wikipedia : Être fan a des avantages et des inconvénients qui sont les points forts et les faiblesses du livre. L'ouvrage de Laurent Bourdelas reste à ce jour la meilleure tentative de comprendre le grand artiste breton d'envergure internationale et l'univers dans lequel il a évolué et puisé son inspiration depuis 60 ans.


Titre : Alan Stivell

Auteur : Laurent Bourdelas

Éditeur : éditions du Télégramme

Façonnage : broché

Nombre de pages : 336

Format : 14,5 x 22,5 cm

Isbn : 978-2-84833-274-1

Prix : 19,90 €

Note (1) : Il s'agit d'un article de Philippe Chain ( voir l'article ) et des interviews conduites par Ronan Le Flécher et réalisées par P. Argouarch pour ABP-TV et ARMOR (voir le site)

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 5 commentaires
Laurent BOURDELAS
2012-06-26 08:51:44
Merci beaucoup pour cette présentation et désolé pour la source du match: je n\'avais vu cette video que sur le site de l\'UDB. En revanche, jamais je n\'ai traité Iffig Cochevelou de \"teigneux\" mais de \"taiseux\", page 19, adjectif absolument non péjoratif pour moi et venant de sa propre famille. Je n\'ai pas eu son témoignage à propos des concerts de 73, c\'est exact. En tout cas, il sera tenu compte d\'éventuels oublis (sur 330 pages) dans une autre édition et je rêve même de convaincre d\'autres témoins, de sa famille ou non, de s\'exprimer. Enfin, mais je ne polémiquerai pas sur ce thème, si j\'ai tenté d\'être le plus respectueux des positions et surtout de l\'oeuvre d\'Alan, avec qui j\'étais en contact et dont je suis un \"fan\" (j\'espère réfléchi), je ne fais pas de différence entre un historien \"breton\" ou \"français\" aujourd\'hui. Les exigences sont les mêmes pour tout historien - particulièrement celle d\'échapper à une quelconque idéologie. Je note également que depuis Y. Brekilien au début des années 70, aucun \"historien breton\" n\'a rédigé la biographie que méritait ce grand artiste qu\'est Alan Stivell. Mais j\'ai voulu rendre une sorte d\'hommage à cet auteur en le citant et son fils Youenn Sicard a bien voulu témoigner sur son camarade de Bleimor. Enfin, cela vous surprendra sans doute, mais bien que me sentant tout à fait Limousin, je me sens aussi \"breton de coeur\" (ces deux endroits ayant de multiples points communs, y compris liés à leur histoire)...
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Annie Herry
2012-06-26 09:16:37
N'oublions pas que ce livre est publié aux éditions du Télégramme, et tout le monde connait l'amour que ce "journal" porte à certains militants alors les "oublis" de l'auteur s'expliquent, CQFD....
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L. Berrou
2012-06-26 10:54:21
\"L\'expression « le miasme d\'un nationalisme étriqué » qui aurait accablé la Bretagne avant l\'arrivée d\'Alan Stivell, envoyée dès la première page – comme un exorcisme pour bien avertir le lecteur qu\'on reste dans le secteur d\'un régionalisme bon teint – n\'était pas nécessaire. Elle choquera certains militants non udbistes qui, eux, sont persuadés que le nationalisme breton, qu\'il soit de gauche ou de droite reste fondamentalement le même\".
Bravo ! C\'est sans concession. \"Nationaliste Breton de droite\" n\'est en effet pas un gros mot. Cela ne fait pas très \"new age\", sans doute, mais ce n\'est pas un gros mot.
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Alwenn
2012-06-26 11:04:50
Je peux assurer Laurent BOURDELAS qu'il y a une vraie différence entre un historien français et un historien breton, et que ça se repère tout de suite à la lecture.
Lisant l'Histoire de Bretagne de Joël Cornette, bien que très intéressante et instructive à lire, on voit qu'il s'agit d'un historien "français" avec cependant une sensibilité "bretonne" certaine (il est né à Brest même !).
L'histoire n'est pas une science aussi impersonnelle que la physique, et la "subjectivité" de l'auteur est toujours perceptible, fortement perceptible. Une subjectivité avec ses options idéologiques.
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laurent Bourdelas
2012-10-28 12:02:05
Ah oui... au fait, j'écris bien que Frank Darcel est membre du Parti Breton...
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