Alan Stivell embrase les Nuits Salines à Batz-sur-Mer

-- Cultures --

Rapport de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 30/07/10 19:56 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les « Nuits Salines » de Batz-sur-Mer se sont fait, depuis 19 ans, une solide place parmi les festivals locaux de l'été. Leur programmation témoigne de la vitalité de la culture bretonne en Loire-Atlantique. Une dense équipe de bénévoles, dévoués, en est le pilier central et « font » la pleine réussite de ce fort convivial et incontournable rendez-vous de la Presqu'île Guérandaise.

Surplombant vertigineusement le bourg de Batz, du haut de ses 70 mètres, l'imposante tour de l'église de Saint Guénolé caresse, de son ombre bienfaisante, le « village » de la place du Mûrier jouxtée par le « Petit-Bois », second lieu de spectacles.

20 h 00 :

Une foule, déjà très compacte, se presse devant la grand scène. Des Gwenn ha Du flottant au vent, colorent, peu à peu ce lieu. Les spectateurs arrivant par flot, de plus en plus bruyants, sont venus de Bretagne mais aussi de toute les régions de France, voire de l'étranger, Canada, Belgique, Suisse.

Alan Stivell, tête d'affiche du festival, est, visiblement, très attendu.

20 h 30 :

Sandra Olivaux, présidente des « Nuits Salines », s'avance vers le micro.

« Bonsoir à tous et à toutes !

Dès ses débuts il rêvait de harpes électriques, sonorités jusque là réservées aux guitaristes et claviéristes. Breton et citoyen du monde, cet artiste d'exception, connu et reconnu à l'international, porte au plus haut, depuis plus de 40 ans, la culture bretonne, tant pour la musique que pour la langue. La 19e édition des Nuits Salines est heureuse d'accueillir, ce soir, à Batz-sur-Mer celui qui a marqué la renaissance de la harpe celtique…

Je vous demande d'accueillir comme il se doit, celui qui a su donner des ailes aux racines bretonnes en jouant une musique très actuelle et ouverte sur le monde !…

Je vous suggère de faire une ovation à Monsieur Alan Stivell ! »

En ces termes explicites, l'artiste est présenté avant son entrée en scène.

Des applaudissement approbateurs et très nourris viennent saluer cette annonce élogieuse.

Visiblement ému et souriant, l'artiste se dirige à grands pas vers l'instrument indissociable de sa vie : la harpe… et plus précisément la Camac-Stivell 1.

« Bonsoir à tous, et merci beaucoup à Batz-sur-Mer de m'accueillir dans cette belle région de Bretagne. J'aimerais « commencer par le commencement », le premier chant gaélique entendu lorsque j'étais enfant. Il s'agit d'un dialogue entre un homme et une femme ».

Alan Stivell entonne les premières mesures d'« Eibhlin », « Viendras-tu, Eileen, mon amour ? »… une vieille complainte venue d'Irlande. Puis le musicien, fêtant avec cette tournée « d'émeraude » le quarantième anniversaire consécutif à l'enregistrement de son premier album professionnel « Reflets », poursuit avec quelques titres enregistrés dans son dernier opus.

Le harpeur du IIIe millénaire enchaîne avec « Lusk », chanson traditionnelle, aujourd'hui oubliée mais naguère chantée, le soir au coin du feu dans les campagnes, puis vient « Marionig », relatant les actes héroïques et célèbres d'une belle jeune fille du Faouët, partie en guerre contre les Prévôts du roi de France, ce qui lui valut le surnom de Robin des Bois féminin. Nul n'a oublié, de Quimperlé à Gourin, ses aventures.

Après cet intermède velouté, le musicien rassure son public. Place au vif du sujet !

« Je vous rassure, il ne va pas y avoir que des slows toute la soirée, même si j'aime les slows ».

Les chansons suivantes, résolument rock, vont nous remémorer, très vite, que l'œuvre de Stivell est ancrée dans la modernité et l'expérimental.

S'adressant à la foule, Alan dédie la chanson « Te », enregistrée sur le très prospectif « Explore », à toutes les femmes présentes au concert.

Les premières notes, jouées en cascade sur la harpe, du valeureux « Brian Boru », coulent telle une source jaillissante. Cette composition demeure l'incontestable « pièce » planétaire d'Alan. Serait-il possible de ne plus entendre cette légendaire chanson lors de ses concerts ? Ce n'est guère envisageable !

Puis, le son mélodieux de la cornemuse, prélude la mélopée « Mac Crimson 1», chanson triptyque achevant, telle une messe, l'album « Emerald ». Le son eurythmique du violon de Loumi Séveno, l'accompagnement souple des musiciens, soulignent avec légèreté la chaude et caressante voix de Stivell. Cette version scénique, plus épurée que la version discographique, y gagne en harmonie.

Vient « Brezhoneg Raok » attestant de l'excellence des compositions de cet harpiste de haute lignée qui nous rappelle avec pugnacité, que nous devons être vigilants et continuer le combat pour la défense des langues minoritaires, ici, en l'occurrence, le breton, terriblement menacé dans les années à venir.

« Maintenant une petite gavotte, d'autant plus que le titre français est « Rennes, Nantes et Brest », car si des intérêts veulent que la Loire-Atlantique quitte la Bretagne… elle reste la Bretagne ! »

« Tamm Ha Tamm », ce chant leitmotiv, évoquant les réticences politiques à l'encontre du retour de la Loire-Atlantique à la Bretagne, s'imposait ce soir, puisque dans cette région, il n'est qu'à regarder autour de soi pour constater que la Bretagne « historique » reste évidente avec ses vieilles pierres, ses maisons de granit, ses noms de villes et de bourgs, et son importante vie culturelle.

En conquérant, Alan, s'approche en bord de scène « absorbant » un public résolument conquis. Que ce soit à la cornemuse écossaise ou à la cornemuse électronique, Stivell excelle et, dans sa démarche, perdure. Il reste le grand « Penn Soner » qui remportait, déjà, dans les années 70, titres et notoriété.

Gaëtan Grandjean aux guitares, Nicolas Méheust, orgue Hammond, mélotron, piano, basse, Marcus Camus à la batterie et percussions, secondent avec une opiniâtre efficacité cet auteur-compositeur inégalable et toujours inégalé, qui demeure incontestablement la figure de proue de la musique celtique dans le monde.

Des fumigènes et un ballet de lumières chatoyant embrasent la scène d'or, de rouge carmin… bien sûr de vert émeraude !

Parfois, dans la pénombre et en contrejour, c'est un bleu violent qui souligne la silhouette délicate de Stivell à la bombarde ou au whistle.

Une version, très rock, de l'instrumental « La Suite des Montagnes », cette fois chantée, précède « Ne Bado Ket Atao », dans une interprétation revisitée, enregistrée naguère dans le brillant album « E Langonned ». Cet opus, renfermant quelques « trésors » du terroir breton, fut primé à l'époque « meilleur disque de chants traditionnels ». Il fallait oser une telle démarche dans les années 70 alors que la Pop Music régnait en maîtresse.

Alan Stivell, ne prouva-t-il pas, justement, tout au long de sa carrière, qu'il fut un harpiste et un chanteur libre, inventif, toujours avant-gardiste ?

Nous suivons bien volontiers l'artiste dans son long cheminement musical, remontant avec lui le temps, les « chemins de terre » de son adolescence, redécouvrant l'instrument des Dieux, cette harpe miraculeuse née sous les doigts de son père, Jord Cochevelou, qui depuis l'enfance vibre sous ses doigts véloces. Nous croyons entendre vibrer, de nouveau, les murs de l'Olympia en 1972, en écoutant « Tha Mi Sgith ». Quelle épopée !

Le tonique et déclamé « Miz Du » titre phare de l'album « Explore » retrace, pour quelques instants, les violences des banlieues en ce « mois noir » de novembre 2005.

Puis, le musicien n'oublie évidemment pas qu'il joue ce soir, à Batz-sur-Mer, en Bretagne Sud ! Quoi donc de plus normal que de chanter, avec lui, ce chant de marins célébrissime, fer de lance de son répertoire… les « Tri Martolod » … de Nantes.

Les spectateurs plus qu'enthousiasmés par l'ensemble de cette remarquable performance, sollicitent ardemment les musiciens et Alan, à revenir sur scène, par de longs et ardents rappels.

« Merci à vous ! Dans ce cas, nous allons chanter, tous ensemble, cette chanson ! »

Alors, le « Bro Goz Ma Zadoù » s'élève vers un ciel étoilé. Dans une respectueuse contemplation, nous l'écoutons dans cet hymne émouvant, chanté, dans un premier temps a cappella, puis guitare, basse, violon, percussions viennent épauler le chanteur, finissant en apothéose avec le chœur du public un intense concert qui s'inscrira dans les plus belles pages du Festival des Nuits Salines.

Texte : Anny Maurussane - Photos Gérard Simon (Tous droits réservés)

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