Agence Bretagne Presse existe depuis neuf ans

-- Media et Internet --

Editorial
Par Philippe Argouarch

Publié le 13/10/12 21:57 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Aujourd'hui 13 octobre, c'est le neuvième anniversaire de l'Agence Bretagne Presse jour pour jour. (voir le site) du premier article qui fut publié le 13 octobre 2003.

Nous avons publié 23 745 textes dont 10 286 communiqués de la société civile, 5 000 articles ou dépêches ABP, plus de 800 présentations de livres, 500 reportages et enquêtes, 366 lettres ouvertes et 1 440 vidéos. Tous ces articles, y compris les 25 000 photos et 1 440 vidéos, sont toujours disponibles sur le site et sont devenus en quelque sorte la mémoire collective du combat breton de ces neuf dernières années. Nous avons de 2700 à 3 000 visites par jour pour ABP, plus 900 pour ABP-TV, soit 3700 gloabale en moyenne. Les 6 dernières années, plus de deux millions de personnes distinctes ont découvert l'Agence Bretagne Presse. Des livres et des journaux, voire France 3, ont commencé à nous citer et merci à Google actualités de nous faire confiance depuis le début !

En neuf ans, grâce à une ligne éditoriale stricte, nous n'avons eu qu'un procès en diffamation, que nous avons d'ailleurs gagné. Un autre devrait avoir lieu en 2013 qui s'annonce gagnable. En France, vous pouvez insulter un milliard de musulmans, traîner Mahomet dans la boue, traiter les prêtres catholiques de ploucs ou insulter les Bretons comme l'a fait Jacky Berroyer en 2006, mais écrivez que votre voisin est un facho ou un nazi et vous vous retrouvez au tribunal. ABP en a fait l'expérience quand un élu UDB a écrit que le fondateur du Parti des Travailleurs était un social-nationaliste ! Le procès que nous avons gagné a quand même coûté 4 000 euros et d'ailleurs merci à Skoazell Vreizh de nous avoir aidés. Sans eux nous aurions sans doute disparu. C'est probablement ce que voulaient le PT et ses alliés en Bretagne. La diffamation étant aussi un moyen de faire disparaitre des petits médias gênants d'une façon anodine. Dans d'autres pays on vous met juste une balle dans la tête dans la cage d'escalier et puis on n'en parle plus. Heureusement pour nous, nous vivons dans un État un peu plus civilisé et la répression ou le contrôle sont bien plus sophistiqués. Et surtout, la presse libre a ici une longue tradition. Le premier journal au monde Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien a été créé en Alsace, à Strasbourg en 1605, il y a plus de 400 ans.

La presse c'est comme la politique, plus vous en faites, plus vous avez d'ennemis. Certes, nous avons beaucoup d'amis et nous les remercions de leur fidélité. Si de plus en plus de Bretonnes et des Bretons nous soutiennent fidèlement, d'autres nous attaquent, incapables de voir l'intérêt pour la Bretagne d'avoir des médias indépendants, alors que nous n'avons même pas une chaîne de télévision à nous, ou un vrai quotidien breton diffusé sur les 5 départements.

Nous existions seulement depuis trois mois que déjà un mensuel breton, par ailleurs très informatif, nous attaquait violemment dans ses colonnes. C'est vrai que les plus violentes attaques ne sont pas venues de la presse française en Bretagne, qui se contente de nous ignorer poliment, mais de confrères bretons. Quant à la presse dite « presse quotidienne régionale », en général elle nous ignore royalement même si de temps à autre, elle nous repique des trucs discrètement, le plus souvent sans nous citer.

Nous avons perdu des lecteurs ? Nous ne sommes pas là pour plaire à tous comme un candidat aux élections, ni pour vendre des abonnements comme un quotidien papier qui doit payer sa rédaction et ne pas déplaire à ses fournisseurs de publicités sous peine de disparaître. Pour nous, cela n'a aucune importance. Nous sommes libres.

ABP est un média d'information sur la Bretagne et tout ce qui s'y passe et s'y dit. Nous ne sommes pas là pour servir la soupe de tel ou tel parti ou plutôt nous les servons toutes. ABP est une réappropriation bretonne d'une partie de l'espace médiatique. L'important pour nous est de survivre en tant que média, pas d'en vivre. Continuer c'est gagner dans le contexte actuel de crise, de crise de la presse, de concurrence déloyale, d'interventions de l'État, de domination culturelle, et de lois anti-diffamatoires les plus strictes du monde démocratique. 

2012 a vu la triste disparition du mensuel Armor magazine que nous regrettons tous. Nous étions partenaires. Il y a eu aussi l'apparition d'autres médias bretons, des pure players comme 7seizh, ou Bretagne actuelle etc. Bretagne actuelle, avec qui nous avons de bonnes relations et qui a un flux ABP sur sa page, est un média de qualité sur la culture bretonne contemporaine. Nous lui souhaitons longue vie.

Que la Bretagne ait plusieurs médias indépendants, tant mieux. Mais il nous faut garder à l'esprit que le nombre de médias qu'un lecteur peut consulter tous les matins sera toujours limité au nombre de doigts de la main. Un blog est créé toutes les minutes et, d'une certaine façon, le succès de Twitter en est la conséquence : faire tout défiler sur une seule page et choisir. Il reste que Twitter et les réseaux sociaux ne sont pas des journaux en ligne. Ils n'ont ni l'archivage, ni le classement en rubriques ni la hiérarchisation de l'info. L'ordre y est purement chronologique.

Ceux qui ont cru que les sites d'information disparaîtraient au profit des réseaux sociaux se sont trompés. Les journaux en ligne ont un avenir radieux même si le business model n'est pas encore très clair. Au cours des quatre prochaines années, les journaux papiers vont perdre 25 % de leur ventes au profit des médias en ligne, a écrit le journal Les Échos. Les lecteurs surfent les sites internet diffusés sur l'iphone, sur des tablettes ou sur leur ordinateur. Ils achèteront de moins en moins de journaux et ce seront des ressources en moins pour «l'autre presse». Certes la presse quotidienne continue à être subventionnée en France, car le «changement», ce n'est pas maintenant pour cette niche fiscale de près d'un milliard d'euros. Nous sommes cependant confiants : tôt ou tard, l'Europe ou le FMI viendra mettre son nez dans l'exception française. Emprunter de l'argent pour subventionner l'idéologie jacobine a ses limites et sera de plus en plus difficile à expliquer aux banquiers qui doivent financer le déficit de la France à raison de 700 millions par jour. Croire que ces pratiques ne seront jamais remises en cause est naïf.

Cette année a vu aussi beaucoup de changements au sein de la rédaction avec des départs et des arrivées. Après un passage à vide en février où nous n'étions plus que trois à la rédaction, l'équipe s'est petit à petit reconstruite, renforcée par un comité éditorial composé de trois journalistes professionnels. Le coeur de la rédaction se compose toujours de Fanny Chauffin, de Maryvonne Cadiou et de moi-même, rejoints depuis peu par Anne-Édith Poilvet, auxquels s'ajoute maintenant une demi-douzaine de rédacteurs et de chroniqueurs de qualité.

Le site a été attaqué plusieurs fois cette année. Un hacker avait réussi à mettre mon nom comme porte-parole sur un communiqué du parti politique Adsav publié sur ABP en 2004 mais toujours accessible. Je rappelle que je n'ai jamais fait partie de ce parti politique de près ou de loin. Des failles sur la comptabilité des hits ont été colmatées avec succès. La sécurité a été renforcée.

Le concept de creative commons a été introduit comme alternative au copyright. La hiérarchisation de l'information a été précisée en séparant l'actu de l'agenda et des chroniques. Par contre, ABP continuera à considérer les communiqués des partis et des associations comme de l'actualité en eux-mêmes.

L'agenda prend de l'importance. Les vidéos s'améliorent. De nouvelles rubriques, de nouvelles villes ont été ajoutées aux menus. Un calendrier a été adjoint de même que le saint breton du jour.  On nous le dit souvent : « Sur ABP les choses sont faciles à trouver ! »

De nombreux bugs ont été réparés pour donner au site un aspect pro et original. L'ajout de commentaires a été facilité et le lecteur devient de plus en plus interactif, participant même aux précisions, voire à des corrections, à donner à certains articles ; mais trop peu de lecteurs nous font part des bugs et des erreurs et nous ne pouvons qu'encourager les feedbacks. Comme je l'écrivais en octobre 2003, « ABP est votre média ». ABP est le média de tous les Bretons.

Qui sont nos lecteurs ? Quel âge ont-ils ? L'enquête reste à faire. En attendant, la rédaction se pose des questions quant au futur... ABP doit-elle continuer à faire des reportages souvent très coûteux en temps et en carburant, voire en montage ? Ou doit-on se contenter d'agréger les communiqués et d'écrire des dépêches sur l'actu et l'agenda breton ? Le choix de vos lectures montre que nos reportages ne sont pas autant lus que les dépêches alors qu'ils demandent bien plus d'investissement.

N'hésitez pas à nous répondre et nous faire part de vos commentaires, voire de vos suggestions.

Philippe Argouarch

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