Affaire George Floyd : la République n'est qu'un mirage !

-- Justice et injustices --

Chronique
Par Yvon Ollivier

Publié le 14/06/20 17:00 -- mis à jour le 14/06/20 20:50

Affaire George Floyd : La République n’est qu’un mirage

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couverture du livre "lettre à ceux qui ont renoncé à la Bretagne"

Une fois de plus, l’actualité liée à l’affaire du meurtre de George Floyd nous montre que la République ne peut nier la diversité, la rassembler sous son aile protectrice, la « dépasser » comme aiment à le dire les bons républicains.

Le racisme est là, dans notre société. Il est même omniprésent et trouve à s’exprimer politiquement. Il se serait même décomplexé. Une certaine tradition républicaine permet aisément de draper sa haine sous les grands principes. C’est ce que fait le Rassemblement national, mais il n’est pas le seul.

Peut-on lutter contre le racisme sans ethniciser les rapports sociaux ? La réponse est non, fondamentalement non ! Lutter contre le racisme subi ou ressenti, revient forcément à affirmer sa différence, sa couleur de peau, sans même qu’il soit besoin de sombrer dans l’activisme bruyant comme le font certains groupes militants.

La France connaît un problème racial, ethnique, comme les Etats-Unis.

Des pans entiers de la société ne se sentent plus partie prenante du projet national. La problématique des quartiers où se concentrent les derniers immigrés et tous les laissés pour compte, n’est ignoré de personne. C’est là aussi où essaime le salafisme, cette tumeur qui ronge le corps social et lui donnera la mort, si on le laisse faire.

Malgré tous les beaux discours, la République ne peut plus occulter cette réalité dérangeante. Elle est morte de trouille, ce qui pousse le Pouvoir à accumuler les bévues. A trop privilégier certaines communautés, de peur que tout s’effondre, il en vient à désespérer les policiers. Il en vient même à porter quelques coups de canifs dans le principe de la séparation des Pouvoirs.

La République est un mirage vers lequel nous marchons, épuisés, pour nous apercevoir qu’elle n’est jamais au rendez-vous, qu’il faut sans cesse marcher plus loin. Et vient le moment où l’on y croit plus. N’entonnent son refrain avec conviction que ceux qui ont des intérêts à défendre.

Ainsi, nous serions tous égaux, sous le soleil républicain ? Mais la république française est fondée sur la supériorité de sa civilisation, sa culture, et sa langue qui ont justifié l’esclavage, le travail forcé jusqu’en 1945, la colonisation et la mise à mort de ses langues que l’on dit « régionales » ou minoritaires. C’est la Constitution qui nous le rappelle ! « La langue de la République est le français ». Et l’on refuse d’affronter le problème, de mettre les mots sur cette ignominie ! L’impensé républicain est à la source de tous les maux.

La République est fondée sur un rapport d’inégalité flagrant et je dirais même sur une forme de racisme odieux qui tient tout entier dans la supériorité de l’être national, de la langue française et de sa culture.

La croyance en l’infériorité des « langues régionales » s’exprime de la manière la plus naturelle. Dans l’ouvrage récent, où un bon républicain de gauche tente désespérément de réhabiliter l’Etat tout puissant et de nous convaincre que la décentralisation est une arnaque, Aurélien Bernier ne s’en cache pas. Il emploie à tour de bras le terme de patois et sans guillemets pour désigner nos langues bretonne, basque, corse. Nul n’ignore que le terme de patois est un concept propre à la langue française qui permet de délégitimer la langue des peuples conquis, afin de les réduire à quelques sous-langues, justifiant leur disparition. Lorsque les hommes veulent mettre à mort leur prochain, ils commencent toujours par le déconsidérer, le dénaturer ou lui faire perdre sa qualité d’homme. Nous le savons. Mais il en va de même pour les langues. Lorsqu’une langue ne l’est plus, on peut la détruire.

Ce qui me sidère toujours, c’est que l’on peut, en plein 21e siècle, soutenir de la manière la plus naturelle du monde la thèse de l’infériorité d’une langue, sans prendre la moindre précaution oratoire et sans encourir les foudres de quiconque.

Et bien c’est ça la République ! C’est l’infériorité assumée de pans entiers de l’humanité et sans vergogne !

Aurélien Bernier a raison. La décentralisation est une arnaque. Cela fait maintenant presqu’une décennie que je le dis. Il suffit de voir comment fonctionne le Conseil régional de Bretagne qui s’échine à nous faire comprendre qu’il fait des choses pour nos langues et notre culture. Peu avant les élections, une fondation Bretagne est créée avec la dotation mirifique de 50 000 euro. Avec un rendement de 5%, la culture en Bretagne pourra donc bénéficier de l’aide de quelque 2 500 euro par an ! Et j’oublie les frais de fonctionnement. Ce n’est qu’un début me dira-t-on et les particuliers ne manqueront pas de verser leur écho. Certainement ! Mais quand même, nous payons nos impôts et notre argent part à Paris. C’est 5 millions d’euro qu’il eût fallu !

La décentralisation est une imposture. Elle n’est qu’une justification au centralisme et aux rapports de domination inhérents à la République : le peuple unicitaire au préjudice des « peuples inférieurs », la centralité toute puissante au préjudice des périphéries.

C’est l’autonomie qu’il nous faut en Bretagne, rien que ça, comme le dit notre prix Nobel de littérature Le Clézio, homme d’esprit s’il en est.

Que faudrait-il faire alors pour sauver la République ?

Déjà, arrêter de se bercer d’illusion et de discourir, mais essayer de la construire, humblement. Il faut aller voir les blessures qui se cachent derrière les mots et penser l’impensé. On y trouvera des erreurs historiques méritant des formes de repentance et de nouvelles politiques, des choses positives aussi, des individus et des causes respectables et d’autres qui le sont beaucoup moins. La République devra retrousser ses manches et s’appuyer sur ce qui fonctionne, sur ce qui est solide et légitime si elle veut survivre. Elle devra aussi affronter les monstres qui se cachent en elle et qui ne manqueront pas de la terrasser lorsqu’ils en auront l’occasion.

La République n’est qu’un mirage. Pour la sauver ainsi que tout ce que l’on a construit en son nom, il faudra beaucoup d’argent ou alors beaucoup de justice. Or il n’y a plus d’argent.

Yvon ollivier

auteur

Aurélien Bernier : « L’arnaque de la décentralisation dans un monde globalisé » éditions utopia 2020.

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Yvon OLLIVIER est juriste, auteur de l'ouvrage "la désunion française essai sur l'altérité au sein de la République" ed l'harmattan 2012 et membre de la coordination des juristes de Bretagne blog associé desunion-francaise.over-blog.com
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