Aéroports et TGV : la discrète bataille Angers-Nantes

-- Economie --

Point de vue
Par Christian Rogel

Publié le 6/03/13 16:45 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le trafic aérien semble varier selon l'état de l'économie, sauf aux alentours de la Loire. L'aéroport d'Angers-Marcé, bien que tout neuf, est à l'heure actuelle, peu fréquenté.

Pourtant, son homologue de Nantes-Atlantique est en plein essor, dans une conjoncture économique morose.

Au lieu de chercher des explications compliquées, il suffit, peut-être, d'avancer que l'expérience paye, en particulier, pour savoir accueillir les compagnies low cost.

Le dynamisme démographique et économique de Nantes et de la Bretagne, y est, sans doute, aussi pour quelque chose.

Une association basée à Angers, Nexus, dont l'objectif principal est la nécessité d'amener à la grande vitesse ferroviaire à Angers et à Nantes en passant par Cholet et Clisson veut aussi intervenir dans le débat sur Notre-Dame-des-Landes en demandant que soit développé à sa place l'aéroport d'Angers-Marcé.

Cette LGV, Sablé-Angers-Nantes a pour ambition de desservir «l'Ouest Atlantique» et d'inclure dans un grand projet de transport multimodal, Rennes, la Touraine, la Vendée et le Maine.

Nantes-Bouguenais est décrit comme «adossé à la mer» et Notre-Dame-des-Landes, c'est trop loin...

Nexus a demandé à être reçu par la commission de dialogue sur le futur aéroport.

Le grand argument qui a été développé devant elle, le 29 janvier dernier, est que l'amélioration programmée de la desserte TGV d'Orly qui le mettrait à 2 heures de Nantes à l'horizon assécherait tout développement aérien de l'aéroport de Nantes.

Sauf celui d'Angers-Marcé qui serait encore plus près ?

Ceci amène à faire l'histoire des ambitions des milieux économiques nantais et, spécialement, celle de la Chambre de commerce et d'industrie de Nantes-Saint-Nazaire.

Depuis 25 ans, ses objectifs permanents pour le transport ont été : une ligne ferroviaire à grande vitesse, les autoroutes de la mer depuis Saint-Nazaire, l'aéroport de Notre-Dame et une meilleure connexion des TGV en région parisienne, le «barreau Sud du TGV».

Alain Retière est, à la fois, le président de l'Association citoyenne pour la réalisation de l'aéroport de Nantes (ACIPRAN) et celui de l'association qui promeut, le «barreau Sud» au niveau de la France.

D'aucuns y verraient de la schizophrénie, mais il suffit de déplacer les projecteurs pour y voir plus clair.

Le fait que la Sarthe et le Maine-et-Loire puisse être attirés par la Grande Métropole parisienne ne peut intéresser Nantes, ville de pouvoir et de puissance économique depuis la nuit des temps.

Son terrain d'action est l'international ouvert vers la mer, en s'appuyant sur les régions voisines. D'abord la côte atlantique et cela inclut la majeure partie de la Bretagne, la Vendée et la Charente-Maritime et, bien sûr, la vallée de la Loire.

Nantes doit jouer un jeu compliqué avec Rennes qui n'est qu'à cent kilomètres, mais l'opposition frontale n'est pas la seule issue.

Des alliances ponctuelles entre deux métropoles proches sont possibles, sans aller jusqu'à la mégapole à deux têtes.

La concurrence entre l'aéroport de Nantes et celui d'Angers-Marcé, semble bien théorique, tellement la deuxième plateforme éloignerait d'un potentiel de clientèle en Bretagne, sans en faire beaucoup gagner dans la grande banlieue parisienne.

Dans la cacophonie des études brandies par tel ou tel groupe de pression, on ne trouve jamais d'analyse minimale des besoins des différentes clientèles.

Certains segments de clientèle sont indifférents à la proximité ou aux ruptures de charge et d'autres, non.

Jusqu'à preuve du contraire, la majorité des adeptes d'allers-retours dans la journée pour voyage d'affaires ne se trouve pas dans les environs de la modeste métropole angevine.

Ce segment de clientèle, le plus rentable pour les compagnies aériennes, a besoin de temps d'approche inférieurs à une heure, et une gare centrale n'est pas forcément toujours accessible.

Un TGV ramenant tout sur Paris-Roissy (Orly compte peu) ne peut satisfaire la totalité de ces besoins.

Nantes serait contente d'avoir le TGV dans ses murs, mais, serait encore plus intéressée par une ouverture ferroviaire vers le Sud-Est.

Malheureusement, la perspective d'une LGV vers Poitiers est en train de sombrer avec la crise.

Une LGV Saint-Malo-Rennes-Nantes pourrait sembler plus réaliste, puisque reliant deux villes majeures et en expansion, mais sa réalisation est conditionnée par celle de Notre-Dame-des-Landes.

On voit bien que les questions des TGV et des aéroports sont de plus en plus liées, mais, il est prématuré d'annoncer la victoire définitive des premiers sur les seconds.

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