ABP interviewe le Premier ministre du Pays de Galles : malgré le Brexit, Carwyn Jones veut développer les liens avec la Bretagne

-- Politique --

Reportage
Par Philippe Argouarch

Publié le 4/08/18 16:26 -- mis à jour le 07/08/18 13:07

Le Premier ministre du Pays de Galles, Carwyn Jones, est arrivé ce matin à Lorient et a tenu une conférence de presse ce midi avec Lisardo Lombardia, le directeur du festival interceltique. Très heureux de se trouver au festival «enjoying the common keltic heritage» après avoir rencontré le Président de la région administrative à Rennes, Carwyn Jones a déclaré que la Bretagne se trouve là où se trouvait le Pays de Galles il y a 50 ans en ce qui concerne la langue bretonne. Beaucoup pensent aussi qu'en Bretagne, nous avons 50 ans de retard en ce qui concerne la dévolution politique.

Transcript

[CJ] C'est fantastique. Être la nation choisie cette année est super pour nous. Je vois tant de gens ici qui aiment notre héritage celtique commun, c'est merveilleux à voir...

[ABP] Vous avez dit dans la presse que vous étiez favorable à une euro-région Bretagne-Pays de Galles, mais comment est-ce-possible avec le BREXIT ?

[CJ] Bon en principe nous soutenons cette idée mais il y a pas mal de détails à examiner avant de pousser plus avant ce concept d'euro-région. Il y a des plans de financements transfrontaliers qui devront être étudiés... En principe, nous voulons y travailler mais il y a beaucoup à faire.

[ABP] Est-ce que vous dites que le BREXIT ne va pas affecter les relations entre la Bretagne et le Pays de Galles ?

[CJ] En ce qui concerne les relations entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni, il y aura des conséquences, mais en ce qui me concerne, je veux continuer à travailler avec le Conseil régional ici en Bretagne et renforcer ces liens que nous avons déjà construits.

[ABP] En ce qui concerne l'économie, avons-nous des liens forts entre la Bretagne et le Pays de Galles ou tout cela reste-t-il à construire ?

[CJ] Non pas particulièrement importants en ce moment, mais nous regardons vers le futur, en particulier en ce qui concerne la cyber-sécurité, les énergies renouvelables et naturellement l'enseignement supérieur et l'université. Ainsi, si la connexion culturelle a toujours été là, les liens économiques restent à construire.

[ABP] En ce qui concerne les langues, vous avez mentionné que la langue bretonne se trouve là où se trouvait le gallois il y a 50 ans, pouvez-vous en dire plus ?

[CJ] Pour les deux, il y a eu une génération de gens qui ne passèrent pas la langue à leurs enfants. Nous avions encore des locuteurs, plus que vous, et nous les perdions moins vite que vous avec le breton, mais ce que nous avons vu c'est une augmentation de gens qui ont envoyé leurs enfants dans des écoles où le gallois était la langue d'enseignement. Ainsi 30% des enfants de la ville capitale de Cardiff, une ville traditionnellement qui n'est pas galloisante, sont éduqués en gallois. 22% de nos étudiants passent leurs examens en gallois. Donc on a vu une croissance importante au sein du système éducatif en ce qui concerne la promotion de la langue galloise.

[ABP] Vous visez un million de locuteurs du gallois en 2050 ?

[CJ] Oui, nous avions un million de locuteurs en 1930 et nous n'en avons que 550 000 aujourd'hui. Le challenge est d'encourager les jeunes à aller dans des écoles où le gallois est enseigné d'une manière telle qu'ils puissent le parler couramment et deuxièmement qu'ils ne le perdent pas après avoir quitté l'école. Sauf si ils vivent dans une communauté où le gallois est parlé tout autour d'eux, et nous avons encore de telles communautés, la tendance est de perdre la langue si elle n'est pas utilisée. Donc aider les gens à conserver la langue est aussi important.

[ABP] Les Gallois peuvent-ils utiliser la langue galloise en cour de justice ou dans les administrations ?

[CJ] Oui, c'est tout bilingue.Toutes les lois sont élaborées en gallois et en anglais. Au Parlement, on peut parler gallois ou anglais, il y a des traductions en temps réel. Tout le secteur public est bilingue et c'est devenu naturel de parler une langue ou l'autre.

[ABP] Dernière question. Y a-t-il une forte demande au Pays de Galles pour obtenir le même statut que l'Ecosse ?

[CJ] Le seul secteur où l'Écosse a des droits que nous n'avons pas, c'est dans le domaine de la justice. Justice, police, prisons... des droits que nous pensons que nous devrions avoir. Tout le reste est essentiellement la même chose. En ce qui concerne l'éducation, on est complètement autonome. On gère notre système éducatif, notre système de qualification, donc il n'y a plus aucune différence entre l'Ecosse et le Pays-de-Galles sauf dans le domaine de la justice.

[ABP] C'est tout ?

[CJ] Oui, mais il y aussi des différences dans le système des impôts, mais en ce qui concerne le droit, c'est fondamentalement la même chose.

[ABP] Merci.

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