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53 ans, licencié, il crée son entreprise
Au bout d’un mois de chômage forcé, pendant lequel, il l’avoue, il a baissé les bras, Jean-Philippe Rembourg a repris une idée qu’il avait déjà eue : se mettre à son compte, créer un emploi pour lui, et pour l’un de ses fils.
bernadette Poiraud pour Journal La Mée le 26/02/07 9:11

Licencié de UFM Marie, il crée son entreprise

Souvenez-vous : c’était le 28 février 2006, dernier jour de travail chez UFM-Marie à Châteaubriant. Liquidation de l’entreprise, départ immédiat des salariés. « On s’y attendait, dit Jean Phiilippe Rembourg, mais ça fait un choc quand même. On n’a pas passé trente ans de notre vie dans une boite pour être liquidés comme ça ! Moi j’étais complètement sonné, abattu. Plus moyen de dormir. Une histoire comme ça, ça vous déglingue un bonhomme » .

En 2006, Jean Phiilippe Rembourg a 52 ans, et presque 30 ans de boite. « Quand j’étais jeune, l’école ne m’intéressait pas. J’ai quitté à 15 ans et erré d’intérim en petits boulots. Je me suis marié et j’ai eu des enfants. Quand le troisième est né je me suis dit qu’il était temps de trouver un métier. J’avais 23 ans, j’ai fait quasiment un an de formation à l’AFPA de Laval, comme " fraiseur en moules métalliques ". Encore quelques mois de galère, et puis j’ai été embauché à UFM Marie » .

C’était encore le bon temps, à cette époque-là. « Nous travaillions, dur. Quelquefois il fallait travailler de nuit, ou le Week-end, mais c’était motivant et le patron travaillait avec nous à l’atelier » . Jean-Philippe Rembourg a d’abord été fraiseur pendant 12 ans, puis il est devenu responsable du fraisage.

De l’évolution de la société UFM-Marie, il n’aime guère en parler. Le patron a-t-il été dépassé par l’importance de son entreprise ? Est-il devenu malade de l’argent ? Malade du pouvoir ? Il ne le sait pas. Il a tourné la page.

Sonné ... mais debout

Au bout d’un mois de chômage forcé, pendant lequel, il l’avoue, il a baissé les bras, Jean-Philippe Rembourg a repris une idée qu’il avait déjà eue : se mettre à son compte, créer un emploi pour lui, et pour l’un de ses fils.

« Je suis donc parti à la recherche d’un banquier. Il y a des banques qui ne travaillent qu’avec des particuliers, ou des professions libérales. On m’a orienté vers une banque qui a l’habitude de travailler avec des industriels » . Une banque ... ou plutôt deux banques (ce qui diminue les risques pour chacune) : « Je n’ai pas eu de difficultés pour monter mon projet. J’ai fait un emprunt sur 5 ans, en engageant toutes mes économies personnelles » . Il s’est ensuite adressé à la Communauté de Communes du Castelbriantais pour trouver un bâtiment. « Finalement, le bâtiment où je suis actuellement, je l’ai trouvé grâce à une petite pancarte piquée sur le bord de la route » .

130 m². Une porte ordinaire, une porte de hangar. Ni bureau, ni chauffage, ni sanitaires. « Il m’a fallu aménager le local et me mettre à la recherche de machines. Je n’ai rien racheté lors de la liquidation d’UFM » . Jean-Philippe Rembourg, en tant que responsable de l’atelier de fraisage, savait ce qu’il voulait, il connaissait aussi les vendeurs de machines d’occasion et les conditions de vente et d’installation.

Deux centres d’usinage, une fraiseuse traditionnelle, un tour traditionnel, deux perceuses sur colonnes. « Je me suis déplacé pour aller les voir. Ce type d’achat est une démarche à risque, malgré la garantie de trois mois. Mais je n’ai pas eu de mauvaise surprise. Je savais quelles marques je voulais, pour pouvoir m’en servir sans avoir besoin de formation » .

Le transport et l’installation étaient compris dans le prix de vente. « J’ai fait ensuite un stage d’une semaine à la Chambre des Métiers à Nantes, gestion, création d’emploi, un stage très intéressant où j’ai glané de très bons conseils et beaucoup d’aide » . Châteaubriant-Initiative, de son côté, a apporté un prêt de 3500 € à taux 0 %.

La solidarité des compagnons

Il restait à trouver du travail. « J’ai mobilisé mes anciennes relations, mes anciens collègues de formation ou de boulot qui s’étaient installés à leur compte. Ils ont été, et sont toujours mes meilleurs fournisseurs de travail » .

Châteaubriant, Vitré, Paimboeuf, La Ferté Bernard... « j’ai frappé à de nombreuses portes. Ceux qui ne me connaissaient pas m’ont donné un peu de travail, pour voir. Des fois il faut plusieurs mois pour prendre contact et puis ... c’est parti ! » . En juillet 2006, Jean-Philippe Rembourg a ouvert son atelier AFTMP « Atelier Fraisage Tour Mécanique Précision » .

L’AFTMP travaille en sous-traitance avec d’autres usines. « Il suffit qu’ils aient un surcroît de travail auquel ils ne peuvent faire face, ou bien du travail qui ne les intéresse pas, et ils font appel à moi. Je sers en quelque sorte de bouche-trou, mais ça m’arrange » . Il y a quelquefois des formes compliquées à réaliser, mais quelque fois il n’y a qu’un trou à faire sur un millier de petites pièces. « C’est du travail répétitif, c’est vrai, mais sur des petites séries. Mais il faut bien gagner son pain ! »

Après quelques mois à faire ... tout ... la recherche de boulot, la production, les papiers, Jean-Philippe Rembourg a avancé : donner du travail à l’un de ses fils, Damien, 30 ans, en le formant ; « Il a un BEP fraiseur-tourneur-ajusteur. Mais il ne connaissait pas les centres d’usinage.

J’assure sa formation sur le tas pour qu’il devienne technicien en commandes numériques. Et d’ici 7 ans, quand je partirai en retraite, j’espère qu’il prendra la relève » .

L’angoisse du vendredi soir

La vie d’une micro-entreprise, ce n’est pas toujours facile. « La semaine dernière, le vendredi soir, je savais que je n’avais pas de travail pour le lundi suivant. J’ai passé un certain nombre de coups de téléphone, ce sont mes amis de Dixence qui m’ont dépanné » . Vous savez, Dixence, l’entreprise créée par une dizaine de salariés ex-UFM. Une entreprise qui tourne très bien. Ouverte en mai 2006, avec 10 personnes, elle atteinte déjà 15 salariés. « Jamais ils ne m’ont laissé tomber » dit Jean-Philippe Rembourg.

Qu’est-ce que ça fait de travailler à son compte ? « Nous avons un horaire normal, nous travaillons sans être stressés. Bien sûr, s’il faut donner un bon coup de collier de tems en temps, nous le faisons. Mais il ne faut pas se griller la santé ! Il faut du résultat pour vivre, mais pas pour la gloire d’être le plus riche de la rue ! » .

L’entreprise est en progression régulière. « Nous allons stabiliser la situation à deux, après on verra. Si les marchés sont prometteurs je n’exclut pas de prendre un local plus grand et d’embaucher deux-trois salariés » .

Ca fait plaisir de voir réussir des personnes que leur ancien patron ne cessait d’humilier et de harceler.

B. Poiraud

Coordonnées : AFTMP - Atelier Fraisage Tour Mécanique Précision Jean-Philippe Rembourg Tél 02 40 28 06 84 ou 06 03 59 57 09 aftmp [at] orange.fr

ABP/BP

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