La disparition de Jean Grassin

-- Necrologie --

Dépêche
Par Bernard Le Nail

Publié le 10/05/06 9:08 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Installé à Carnac depuis 1980, Jean Grassin est mort au début de ce mois de mai, à près de 81 ans. Il avait été membre de l'Association des Éditeurs de Bretagne et même vice-président de l'Association durant plusieurs années.

Né à Coulombs (Eure-et-Loir), près de Nogent-le-Roi, le 6 août 1925, Jean Grassin avait connu bien des épreuves dans sa vie. Il avait perdu sa mère à l'âge de deux ans, puis son père à l'âge de neuf ans. Sa vocation pour la littérature et pour l'édition lui était venue très tôt : dès l'âge de seize ans, en 1941, dans son collège, il avait commencé à publier un journal «clandestin» écrit à la main La Fouine. Après avoir passé son bac, il était entré chez Hachette à Paris, comme «codificateur», s'occupant de l'approvisionnement des bibliothèques de gare. Bientôt engagé activement dans le syndicalisme CFTC, il avait été élu au comité d'établissement, puis au comité central d'entreprise. Il avait alors créé un des premiers journaux d'entreprises français pour le personnel : Le Vert luisant qu'il devait diriger de 1950 à 1957. Passionné également par la poésie, il avait été reçu en 1951 à la SACEM pour ses chansons et avait publié en 1952 un premier recueil de poèmes, Pour le plaisir, puis un deuxième en 1954 : Rire jaune, et un troisième en 1957 : En un maillot de bain rose, qui allait obtenir le grand prix des Musées. En avril 1957, Jean Grassin avait quitté Hachette pour créer sa propre maison d'édition 50, rue Rodier, dans le IXe, et lancer la revue Poètes présents, suivie en 1958 par une autre revue Séquences, consistant en un volume relié pleine toile de 200 à 300 pages paraissant chaque année. Jean Cocteau voulut bien écrire la préface du troisième numéro de la série. Le 47e et dernier numéro de Séquences est paru en décembre dernier, alors que Jean Grassin, très fatigué, venait d'être hospitalisé.

En 1965, alors qu'il était dans une situation économique désespérée, Jean Grassin emprunta 5 000 F à un copain pour aller participer à Washington au congrès mondial des éditeurs en compagnie des plus grands éditeurs français de l'époque, Magnard, Gallimard et d'autres, avec lesquels il sympathisa très vite. Quelques mois plus tard, ceux-ci le firent entrer dans la commission «Promotion du livre» au S.N.E. et il fit ainsi partie de l'équipe qui lança à l'époque le Salon du livre de Nice. Jean Grassin fit paraître au cours de sa carrière de nombreuses collections ouvrages toujours très soignés : L'Encyclopédie poétique, Les Grandes anthologies, etc.

En 1979, pour des raisons familiales, Jean Grassin vint s'installer à Carnac, à Port-en-Dro, au bord des anciennes salines et tout près du centre de thalassothérapie. Il y créa en 1987 le Rendez-vous poétique de Carnac, devenu une biennale, dont la onzième édition eut lieu en septembre 2005. En 1987, Jean Grassin avait publié son 1 100e livre, 30 ans de poésie contemporaine 1957-1987, préfacé par Pierre Béarn. Cet ouvrage pesant 2,3 kilogrammes, réunissait des œuvres de 529 poètes et de 29 illustrateurs, et avait été tiré à 1 500 exemplaires numérotés. Jean Grassin avait encore fait paraître en 1997 La Terre est si belle. Jean Grassin qui étai chevalier des Arts et Lettres, a été inhumé dans le caveau de sa famille à Coulombs.

ABP/BLN

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Bernard Le Nail est un écrivain fondateur de la maison d'édition LES PORTES DU LARGE. Contributeur ABP

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