11 Septembre 2017 à Barcelone : oui à l'indépendance

Estelada
Estelada
Onze Septembre 2017

Diada, Fête Nationale Catalane.

Barcelone, une poignée de Bretons dans la foule des manifestants

Dimanche 10 Septembre.

Dans les rues de Barcelone, ambiance calme, ce calme avant-coureur des grands évènements. Seules les façades des immeubles parlent des enjeux du moment et annoncent la journée du lendemain. Accrochés aux fenêtres, aux balcons, d'innombrables drapeaux catalans :

- la Senyera, le drapeau officiel de la Generalitat (quatre bandes rouges sur fond or),

- l'Estelada blava (triangle bleu frappé d'une étoile blanche à la hampe de la Senyera), le drapeau indépendantiste, de loin le plus répandu,

- l'Estelada roja (triangle jaune frappé d'une étoile rouge à la hampe de la Senyera), le drapeau des indépendantistes de gauche.

Et des fanions bleus, rouges ou verts… frappés du "", le "Oui" espéré et attendu à l'issue du référendum du 1er Octobre prochain… et thème central du rassemblement de la Diada 2017…

D'autres fanions portant une silhouette de tête baillonnée…

Et des banderoles : "Independència és Libertat", "Democràcia", "Independència és Dignitat", "Referèndum és Democràcia"…

Des affiches aussi, mais plus rares.

Contact avec une Catalane. Ses propos confirment le message des murs : l'espoir fou d'un référendum consacrant la volonté du Peuple Catalan d'être indépendant, libre, de maîtriser son destin en bonne entente avec les autres peuples d'Europe… mais aussi l'inquiétude face à ce que l'actuel gouvernement de Madrid est capable de faire. Elle rappelle sa jeunesse sous Franco, et dit avoir l'impression de vivre depuis quelques jours la même ambiance (les matraquages de la Guardia Civil en moins, précise-t-elle) : la presse pro-indépendantiste inquiétée, les imprimeurs susceptibles d'imprimer les bulletins du référendum sous constante surveillance et perquisitionnés, les Mairies interdites d'utiliser les urnes officielles…

Et aussi un sentiment mitigé par rapport à l'Union Européenne dont le souci de respecter la constitution des Etats membres prime sur les valeurs fondamentales dont elle dit s'inspirer, attitude qui, pour notre interlocutrice, semble très malvenue… même si elle en espère tout de même un rôle modérateur des tentations répressives de Madrid.

Lundi 11 Septembre.

Thème de la Diada 2017 : le référendum du 1er Octobre prochain, et le "oui" attendu.

L'organisation de la manifestation pour symboliser ce message à la société catalane, aux autres peuples de l'Etat Espagnol, à l'Europe et au Monde : tracer un grand "+" humain au cœur de Barcelone, pour représenter les progrès et le mieux-vivre à attendre d'une issue favorable du référendum.

Plus d'un million de personnes sont venues écrire par leur présence dans les rues de Barcelone ce "+", et donner au "" à venir toute la force de la volonté d'un peuple pour s'émanciper de la tutelle d'un Etat artificiel et oppresseur, lugubre héritage, comme beaucoup d'autres, d'une époque périmée où les frontières se dessinaient au bénéfice de la soif de puissance et de richesses de quelques familles couronnées.

15h : en route pour le rassemblement par le Passeig San Joan. Nous rencontrons un Gallois qui nous montre son drapeau, le "Draig Goch". A l'ombre des arbres du terre-plein piéton central, sur les bancs, au pied des monuments, dans les espaces jeux d'enfants, des familles, des groupes divers, tee-shirt "officiel" sur le dos et arborant les divers drapeaux catalans, achèvent leur pique-nique et se dirigent vers la Carrer Aragó, l'une des branches du "+", croisant celle du Passeig de Grácia qui part de la Plaça de Catalunya pour remonter vers le Nord-Ouest de la Ville.

Extrémité de la Carrer Aragó : la foule y est dense, compacte, et s'étend déjà au-delà des limites prévues. Un stand vend le "kit" du participant : tee-shirt, sac, éventail (il fait chaud !)…, et l'Estelada blava pour ceux qui n'en sont pas équipés.

15h15 : nous pénétrons de quelques centaines de mètres dans la foule sur la Carrer Aragó, vers le Sud Ouest… pour nous arrêter à proximité d'un groupe de "Castellers" (castell : pyramide humaine). Pas besoin d'aller plus loin : même loin du cœur du "+", nous sommes au cœur de l'évènement ! La sono diffuse les interventions des orateurs depuis la Plaça de Catalunya où se trouvent tribune et officiels.

Autour de nous, la foule, des centaines et des milliers de personnes pour la plupart drapées de l'Estelada blava ou le hissant au bout de hampes improvisées (les cannes à pêche se recyclent facilement !). Ambiance festive et enthousiaste. Beaucoup de jeunes. Quelques drapeaux autres : basques, néerlandais, anglais, européens… et nos deux Gwenn ha Du !

Tout au long de l'après-midi, des dizaines et des dizaines de personnes viendront nous demander "Quel est ce drapeau ?". A la réponse "Brittany", "Bretaña", "La Pequeña Bretaña", plusieurs réactions. Pour certains (et pas la majorité, loin s'en faut !) la Bretagne est connue, et reconnue en tant que pays partageant un sort similaire à celui de la Catalogne. Pour d'autres, les plus nombreux, c'est l'inconnu total : "Great Britain ?", "France ?". Au-delà d'un certain étonnement, une émotion manifeste et une reconnaissance pour ce très modeste signe de solidarité internationale. Tous nous remercient d'être là.

Beaucoup de Bretons aussi, installés à Barcelone ou quelque part en Catalogne, heureux de voir des compatriotes… et à qui nous ne manquons pas de demander, évoquant le sentiment de réconfort, devant la présence du symbole d'un autre peuple en lutte, que nous expriment les Catalans avec qui nous échangeons, pourquoi ils ne sont pas venus avec un Gwenn ha Du… L'année prochaine peut-être…

Les interventions se suivent, ponctuées d'un seul slogan repris par tous : "In, Inda, Independència !".

Vers les 16h, la foule se fige, un silence profond s'installe pour un hommage aux victimes des attentats des 17 et 18 Août derniers.

Vers 17h : l'Hymne National Catalan, "Els Segadors", entonné par la foule. Forêt de poings levés.

17h15 : un immense voile, couvrant la presque totalité de la largeur de la Carrer Aragó, hissé à bout de perches par une vingtaine de porteurs, frappé du slogan "Referèndum és Democràcia" et du "" traduit en une vingtaine de langues, passe au dessus de la foule et des drapeaux et se dirige vers le Sud-Ouest, vers l'intersection des deux branches du "+".

18h : les allocutions ont pris fin. La foule continue de scander "In, Inda, Independència !"… et peine à se disloquer dans les rues adjacentes…

En soirée : les organisateurs annoncent que le million de participants a été largement dépassé. Le Gouvernement Espagnol minimise et avance une participation de… 350 000 personnes !

.
mailboxEnvoyer par courriel imprimerImprimer

Auteur de l'article :

Vos commentaires :

Écrire un commentaire :

Combien font 2 multiplié par 7 ?

Publicités et partenariat