"La ville en bois" du connétable de Clisson

Gisant d'Olivier de Clisson, Josselin
Gisant d'Olivier de Clisson, Josselin
Au cours de cette interminable guerre d'au moins cent ans, la France avait effectué douze "descentes" en Angleterre afin de faire plier son ennemi héréditaire. La bataille de l'Ecluse de 1340 fut un désastre pour la France et son allié breton, Jean III, mais cela n'empêcha pas la poursuite de ces entreprises.

Olivier de Clisson, né à Clisson , mort au château de Josselin, type même de grand féodal, soucieux de ses intérêts davantage que de ses inféodations, servit son duc Jean IV aussi bien que le roi de France; Il devint connétable en 1380 après le décès de Du Guesclin. Moins connu que ce dernier, c'était un guerrier tout aussi habile, qui d'ailleurs le vainquit à Auray (1364) aussi bien qu'en Espagne, où chaque fois, Du Guesclin fut fait prisonnier.

Lorsque Charles VI imagina d'attaquer la Grande Bretagne en trois points, Olivier fut chargé, avec 30000 hommes, de "faire un trou", selon Froissart, sur les côtes anglaises.

Le célèbre chroniqueur Jean Froissart décrit par le menu cette étonnante aventure et cette ingénieuse idée. La ville de Tréguier bruissait alors du travail des ouvriers et charpentiers, et son port se remplit de naves, de barques, de barges, de baleiniers et de gallées, bientôt prêtes à emporter les soldats, les chevaux, les provisions de biscuits, de chairs salées, de vin et enfin de toutes la provende et les fournitures nécessaires à cette audacieuse expédition. Il est étonnant que Tréguier n'ait pas gardé un souvenir plus vif de cet épisode fameux de son histoire.

Les premiers mois de l'année 1386 furent consacrés aux préparatifs. On devait se rallier au port de l'Ecluse. Le connétable de Clisson fut chargé de réunir à Tréguier tous les vaisseaux et toutes les forces militaires de Bretagne et de Normandie. A elle seule, sa flotte comportait 72 voiles sans compter les petites unités. De là, il s'embarquerait pour rejoindre à l'Ecluse le reste de l'armée navale, avant de passer en Angleterre.

A Tréguier, Clisson imagina de construire une sorte de "ville en bois", pour que les seigneurs arrivés en Angleterre puissent "dormir plus aise et plus assur (en sûreté)" Cette ville était démontable, au moyen de fortes charnières, et facile à transporter. Une multitude de charpentiers furent employés à la construire et payés à grands gages. Jean Froissart et le chroniqueur anglais Thomas de Walsingham évoquent une palissade de 6 m de hauteur, de 3000 pieds de circonférence, avec des tours pouvant supporter 10 soldats … cette ville démontable coûta plus de 3 millions de livres. En décembre, la ville en bois chargée sur des barques, la navie (flotte) d'Olivier de Clisson se mit en route, accompagnée des sires de Rohan, Beaumanoir, Laval, Dinan, Malestroit et de 500 lances de Bretons, "toutes gens d'élite".

Mais l'inaction sans doute volontaire du duc de Berry se prolonge car remontant du sud de la France en petites étapes, il multiplie les retards calculés afin que cela rendit l'expédition impossible … en outre, le mauvais temps empêche la réalisation du projet et les tempêtes dispersent les flottes françaises et bretonnes sur les côtes des Flandres, comme ce fut le destin de l'invincible Armada deux siècles plus tard.

Une fois de plus l'Angleterre était sauvée, car la mer qui la garde, en son rauque murmure, entoure la patrie de ce peuple dans les murailles de ses vagues qui toujours la protègent.

On prétend que quelques navires s'égarèrent dans la Tamise et que les Anglais mirent la main sur des épaves de la "ville en bois" drossés à la côte et qui furent portés en triomphe jusqu'à Londres.

Les dépenses occasionnées par ces armements furent considérables. Néanmoins, grâce à son activité et à ses ressources personnelles, Olivier de Clisson, l'un des hommes les plus riches de France, trouvait le moyen, dès l'année suivante, de restaurer sa ville en bois, et de réunir une nouvelle flotte à Tréguier, pour transporter en Angleterre une armée, moins nombreuse il est vrai que celle de l'Ecluse, mais plus solide, mieux disciplinée et composée en grande partie de Bretons.

Cette seconde expédition pouvait être plus redoutable aux Anglais que la première. Quatorze mille hommes bien choisis, armés de toutes pièces, étaient déjà réunis à Tréguier : ils avaient des vivres pour quatre mois et chaque soldat avait reçu une somme équivalente à la paie d'au moins quinze jours de campagne.

Mais là encore il n'y eut guère de suite car Clisson, invité à Vannes tombait dans les rets de Jean IV.

Notes :

1. Froissart : (voir le site)

2. Olivier de Clisson, connétable de France par Auguste Lefranc, Gallica

3. Vies des grands capitaines français du moyen-âge. par Al. Mazas,...depuis p114, Gallica

4. Article Abp : (voir le site)

5. La bataille de l'Ecluse : (voir le site)

6. Bulletins et mémoires / Société d'émulation des Côtes-du-Nord, 1912, Gallica

©agence bretagne presse

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Auteur de l'article :

marc Patay Lejean

Informaticien, marié, aime l'écriture (prose poétique, essais, traduction), la langue bretonne, l'histoire, de la Bretagne en particulier, etc

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