Sur les traces de la pharmacopée celte, avec Pascal Lamour

-- Littérature --

Interview
Par Maëlig Tredan

Publié le 6/12/20 21:32 -- mis à jour le 07/12/20 09:45
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50 plantes du druide, Pascal Lamour, Editions Ouest France

Pascal Lamour, docteur en pharmacie, musicien et écrivain, publiait récemment « 50 plantes du druide » aux éditions Ouest France… Un guide passionnant, clair, magnifiquement illustré et qui, non content de rappeler les vertus oubliées des plantes, nous livre des anecdotes très intéressantes sur leur utilisation par les Celtes. Cet ouvrage fait suite aux précédents livres écrits par celui que l’on surnomme également l’Electro Shaman (À la recherche de la mandragore , Druiz : La prophétie perdue , L'herbier secret du druide , Les carnets secrets du druide et semble s’inscrire dans une série initiatique…

ABP : Pascal Lamour, qui étaient les Druides et comment utilisaient-ils les plantes ?

PL : Dans l’antiquité, est druide celui qui a la fonction sacrée dans la société celtique. Etymologiquement, le terme druide se traduit par « celui qui sait fidèlement ». Les premières sources dont nous disposons, essentiellement gréco-latines, nous informent que cette classe sacerdotale était elle-même subdivisée en trois classes, au moins : druide-sacré, druide-barde et druide-vate. Apparus à l’Age de Fer (-1000 avant Jésus Christ environ), les Celtes ont occupé toute l’Europe méridionale. Les conquêtes romaines les repoussent aux confins de l’Europe, et notamment en Bretagne insulaire et en Irlande. Ils commencent à se réinstaller en Bretagne armoricaine à partir du 3e siècle ap. J.-C.

Si les Druides savaient écrire, pour les affaires de comptabilité ou de gestion, ils ne figeaient pas leurs pensées, leur savoir. Il faut donc se contenter des sources essentiellement archéologiques, ou bien issues des textes gréco latins, auxquelles s’ajoutent également la littérature irlandaise ou galloise, transcrites par les moines copistes dès le début du moyen-âge. Pour ma part, je repars toujours des textes originaux (écrits en grec, latin, gaélique ou brittonique). Cela me permet de remonter aux sources.

Dioscoride (médecin grec, 1er siècle après JC) nous offre par exemple de précieuses informations : il a en effet écrit au sujet des druides et des plantes qu’ils utilisaient. On a donc les traces d’une cinquantaine de plantes et de leur utilisation, appelées par leur nom gaulois.

ABP : Un travail considérable donc… Combien de temps pour compiler toutes ces informations ?

PL : J’ai travaillé sur les origines géographiques des plantes (qui n’ont pas les mêmes propriétés en fonction de l’endroit où elles poussent), repris les textes gallois et bretons. J’ai fait du collectage auprès des anciens, afin de confronter mes sources. On se rend compte d’ailleurs qu’il y a eu une transmission évidente de cette pharmacopée…

Cela m’a donc pris 40 ans (depuis ma thèse de pharmacie en fait !)

ABP : D’où te vient cette attirance, cette passion pour les plantes et leurs usages ?

PL : Fils unique, j’ai grandi dans une famille rurale agricole. Je n’ai pas été à l’école avant mes 6 ans. Mes parents me parlaient de trois choses : de musique (ma mère faisait de la musique et nous chantions tout le temps), de médecine par les plantes (mon grand-père était guérisseur), et de spiritualité, du rapport avec l’autre monde.

J’ai donc développé ensuite ces 3 grands axes, dans ma vie.

ABP : Parle-nous de quelques-unes de ces plantes, de leur histoire, de leur utilisation :

PL : Prenons 3 plantes de la Samain, période dans laquelle nous nous trouvons actuellement :

Le gui : Viscum album L., uhel-varr en breton (« haute-branche »).

Pline nous décrit cette plante hémiparasite (qui a besoin d’un hôte) comme celle qui guérit tout… Dans la société celtique donc, on guérit le corps grâce au gui que l’on utilise comme antipoison, ou pour augmenter la fécondité, mais aussi les âmes. On a d’ailleurs gardé cette tradition de s’embrasser sous le gui. Aujourd’hui, on reconnaît à ses feuilles et ses jeunes tiges des propriétés vasodilatatrices, hypotensives ou diurétiques. Utilisé plutôt en homéopathie pour le moment, je pense qu’au regard des recherches actuelles nous pouvons espérer beaucoup de lui en traitement anticancéreux.

L’if : Taxus baccata L., ivinenn en breton.

Très intéressant : ses propriétés anticancéreuses sont connues depuis 2000 ans… Mais la première molécule anti-cancéreuse de l’if, le paclitaxel, vendu sous le nom de Taxol, a été isolée depuis la fin des années 70 seulement ! Tout est toxique dans cet arbre, sauf la pulpe de ses fruits, les arilles. Son utilisation doit donc se faire sous contrôle médical strict. Il est le symbole d’éternité et de persistance. Pas étonnant que les druides irlandais utilisaient son bois pour graver leurs oghams.

Sauge : Salvia officinalis L., saoj-munud en breton.

On parle de cette plante dans l’Europe entière. Déjà dans l’Antiquité, elle était employée comme tonique, apéritive, antiseptique ou encore stimulante. On lui connaissait également des vertus anxiolytiques qui permettaient d’ailleurs de faciliter les contacts avec l’autre monde. On dit en breton que celui qui a de la sauge dans son jardin ne devrait pas mourir !

ABP : Ton nouveau livre est une véritable invitation à la phytothérapie, laquelle semble de plus en plus plébiscitée. Pourtant la législation française a cessé de reconnatre le métier d’herboriste depuis 1941… En tant que pharmacien spécialisé en phytothérapie, comment vois-tu l’avenir de cette manière de nous soigner ?

PL : C’est assez complexe…

En ce qui concerne la vente des plantes (en dehors des mélanges), la plupart sont en vente libre. Pour l’instant, si l’on n’est pas pharmacien, ce qui est interdit, c’est de donner une indication thérapeutique. Cela tient de la responsabilité juridique : qui est responsable en cas d’erreur ? Ceci est régi par le code de la santé publique. Si l’on veut faire évoluer cette situation, il faudra donc modifier ce code.

Ensuite, il impératif que les formations soient encadrées. Certaines sont très bonnes, d’autres beaucoup moins… Il nous faudra donc des formations validées, certifiées, de manière que les responsabilités qui incombent aux futurs praticiens herboristes soient bien définies.

ABP : Pharmacien, musicien, écrivain… Ta vie semble suivre tout naturellement les chemins qui mènent au druidisme, à la connaissance de toute chose. Tes différents talents fusionnent de manière assez nette depuis quelques années. Que cherches-tu à nous transmettre ?

PL : Tout d’abord ce que j’ai reçu étant enfant. Ensuite ce que j’ai appris… Et enfin ce que j’en sais ! Ce qui m'intéresse est de susciter des interrogations. Le druide est celui qui est responsable du sacré et qui doit le transmettre aux autres.

ABP : Dans un monde qui, en apparence, se désenchante de plus en plus, comment perçois-tu justement l’appétence des gens pour le domaine du sacré ?

PL : Dans nos sociétés indo-européennes, comme le décrivait Dumézil, notre société repose sur 3 grands piliers : le pouvoir royal-guerrier, le pouvoir sacerdotal, et le pouvoir nourricier. Aujourd’hui, le pouvoir royal-guerrier a pris toute la place. Où est le pouvoir sacerdotal ? Où est le sage, le philosophe, qui conseillait, qui parlait avant le roi ? Nous manquons cruellement d’une approche spirituelle dans notre société actuelle. Mon objectif est de dire que les druides ont toute leur place dans la reconquête de cette spiritualité.

ABP : A n’en pas douter, tu as de nombreuses idées et projets à venir dans un avenir assez proche… Peux-tu nous en dire un peu plus ?

PL : En effet, de nombreux projets ! Seul manque le temps… L’année 2020 aura été riche, avec la parution des « 50 plantes du druide » et de « l’oracle du druide » (illustré par Brucero), un jeu divinatoire au travers duquel je souhaite faire découvrir les croyances celtiques et initier aux pratiques de la divination. (Editions Ouest France)

A venir, j’ai en projet un 16e disque, « les passeurs de l’autre monde » et un nouveau livre aux éditions OF, qui s’inscrira dans la continuité des précédents.

J’écris aussi pour la revue suisse, Dame Nature. En parallèle j’écris aussi un roman, depuis plusieurs années, que j’espère pouvoir finir un jour !

Et si j’avais un projet irréaliste, ça serait d’ouvrir une école druidique, ouverte à tous…

50 plantes du druide

Date de parution : 2/10/2020

Auteur : Pascal Lamour

EDITIONS OUEST FRANCE

Prix: 12,50 €

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Rédactrice pour ABP

Vos commentaires :

Kerbarh
Mercredi 9 décembre 2020

Article très intéressant qui nous ouvre sur un homme et un monde méconnu.

ANTI-SPAM : Combien font 5 multiplié par 8 ?
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