Pandémie : la Grande Dépression qui s’annonce

-- Société --

Chronique de Le blog de François Alfonsi
Porte-parole:

Publié le 24/04/20 22:15 -- mis à jour le 25/04/20 08:35
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1929

La crise économique de 1929 aux Etats Unis, appelée alors « la Grande Dépression », avait été le point de départ d’un désordre mondial qui a ébranlé la planète et conduit aux pires heures de l’Humanité, dix ans après, quand s’est déclenchée la Seconde Guerre mondiale. Ce précédent historique nous enseigne que nul ne sort indemne d’une crise économique comme celle qui s’annonce, qu’elle deviendra mécaniquement une épreuve politique, et que seul un effort de gouvernance partagée et solidaire peut écarter les pires des scénarios.

D’ailleurs la création de l’ONU, comme le lancement de l’Union Européenne, ont été le fruit des analyses faites alors pour conjurer les origines du cataclysme qui avait ravagé le monde. Ces Organisations de coopération ont été conçues pour éviter des tensions nouvelles qui menaceraient les équilibres du monde. Elles sont aujourd’hui mises à l’épreuve. Saurons-nous être à la hauteur de la sagesse des pères fondateurs ?

Car le choc économique de 2020, 91 ans après 1929, apparaît bel et bien comparable, et des conséquences considérables sont à craindre. Car une chute de 10% du PIB mondial, selon les premiers chiffres lancés au doigt mouillé par les économistes, mais cela pourrait bien être davantage, au lieu d’une croissance mondiale annuelle de 5% à laquelle on s’était accoutumé, cela va créer un tension énorme sur le système financier mondial. Tiendra-t-il le choc ?

Tout dépendra du système bancaire. Or ce système est bien mal en point comme l’a démontré la crise des subprimes de 2008 qui a provoqué la faillite de Lehman-Brothers, une des plus grandes banques américaines, puis le sauvetage à la « sauve-qui-peut » des autres grandes banques mondiales, notamment les géants européens, à grands coups d’injection d’argent public par les Etats. En Europe, plusieurs de ces Etats sont passés à deux doigts de l’effondrement économique. Les déficits se sont creusés, et ces mêmes Etats, du moins nombre d’entre eux, ne pourront en faire autant dix ans après.

La Grèce par exemple est encore bien mal en point, même si, par chance et pour l’instant, elle semble avoir été moins touchée que d’autres par la pandémie. Mais soyons réalistes : elle n’échappera pas à la crise économique car l’effondrement du tourisme pour 2020 sera pour la Grèce un choc que ses ressources propres ne peuvent seules « encaisser ».

Sera-t-elle la seule en Europe ? Espagne et Italie faisaient déjà partie des PIIGS (Portugal, Ireland, Italia, Greece, Spain) les cinq Etats les plus fragiles de l’Union Européenne. Italie et Espagne sont les plus impactés par la crise sanitaire en cours, et ils sont, avec la Grèce, parmi les plus dépendants du tourisme qui sera l’activité économique la plus menacée par les retombées du coronavirus.

L’Allemagne et les pays du Nord en général sont de « l’autre côté » de la crise touristique, puisque leurs populations resteront très largement casanières en 2020, ce qui, par effet mécanique, générera la crise économique des pays de destination. Mais ils seront rattrapés par la crise bancaire car, en Allemagne, en Hollande, au Danemark, plusieurs « canards boiteux » du secteur bancaire seront menacés par les défauts de paiement que leur folle gestion des produits dérivés, encore tolérée à grande échelle malgré le précédent de 2008, ne manquera pas de générer. Sans compter que les majors de l’industrie européenne, comme l’industrie automobile allemande, seront les premières frappées par la crise en raison de l’effondrement du marché européen et de leur imbrication avec un système de sous-traitants chinois.

Pour la France, c’est « double peine » : économie touristique en berne, et industrie largement impactée comme par exemple son fleuron aéronautique auprès duquel les compagnies aériennes décommandent à tour de bras des livraisons d’avions neufs.

Dans ce contexte très préoccupant, le Parlement européen a refusé, lors d’un vote réalisé par téléconférence, les « coronabonds », à savoir l’émission d’emprunts par obligations par les Etats afin d’assumer les mesures d’urgence qu’ils prennent pour soutenir leurs économies, en bénéficiant de la garantie collective de tous les Etats-membres. Cette garantie solidaire a pour objectif d’en maintenir le coût, matérialisé par les taux d’intérêt, au plus bas niveau possible, y compris pour les Etats aux économies les plus faibles, et cela donnerait à tous le moyen de relancer l’économie après le choc récessif que représente le confinement, plusieurs mois durant, de toute la population européenne.

C’était une proposition de notre groupe Verts-ALE, et elle a été rejetée de 44 voix, 326 contre et 282 pour.

En allant au-delà des mesures, certes substantielles, déjà actées, mais dont le volume est limité alors que les besoins réels, qui dépendront de la durée finale du confinement, ne sont pas encore connus, c’est un mécanisme de solidarité active et automatique que les coronabonds auraient pu enclencher, jusqu’à une issue favorable pour tous. Même Emmanuel Macron les avaient souhaitées lors de son discours de Pâques, mais les députés français qu’il a fait élire en mai dernier se sont dérobés au moment du vote en s’abstenant.

La droite « conservatrice » et les « libéraux » des pays du nord ont fait bloc avec l’extrême-droite pour rejeter la meilleure solution européenne, pensant sans doute que leur « prospérité relative » d’avant la crise leur donnerait l’accès à une solution intra-muros.

Ils ne tarderont pas à se rendre compte qu’il ne pourra pas en être ainsi et que l’effondrement prévisible d’un pan entier de l’Europe ne pourrait que les entraîner à leur tour.

L’Europe doit sauver les plus faibles de ses membres si elle veut se sauver elle-même.

Ce communiqué est paru sur Le blog de François Alfonsi

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Vos commentaires :

Naon-e-dad
Samedi 25 avril 2020

Il manque peut-être un paragraphe vers le début de cet article, par ailleurs fort intéressant.

Entre WWI et WWII, il y a eu une étape intermédiaire: la SDN (Société des Nations).

Ci-après, extrait wikipedia (article SDN):

.

la SDN est considérée comme un échec car elle ne parvient à enrayer ni la guerre civile espagnole, ni l’agression italienne contre l’Éthiopie, ni l'impérialisme japonais, ni l'annexion de l'Autriche par Hitler, ni la crise des Sudètes, ni enfin les menaces allemandes contre la Pologne, c'est-à-dire l'ensemble des crises internationales qui préludent au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

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(fin d'extrait)

..

De quoi frémir, si l'on pense à la cacophonie actuelle, non seulement européenne mais plus largement mondiale, face à un futur proche qui exige - on le pressent de plus en plus fortement - d'être (ré-)organisé.

Puisqu'il y a déjà eu du tâtonnement au niveau international, sur cette planète, en sera-t-il de même, mais cette fois pour l'UE (telle qu'elle est conçue jusqu'à présent) et aussi pour l'ONU, et ses branches adventices - OMS, FAO,... - , bousculée par la montée en puissance de la Chine ?

L'Histoire est en train de s'écrire. Mais quelqu'un a -t-il un stylo? Et si oui, qui? Et avec quelles intentions? Hag unan bennaket zo ur stilo gantañ? Ha piv, evit gwir? Evit ober petra?

Alan-Erwan Coraud
Lundi 27 avril 2020

Coronabonds ? Vous garantiriez à titre perso des emprunts de vos amis connus pour être chroniquement dépensiers et mauvais gestionnaires ? Non bien sûr, ou alors vous demanderiez d'avoir le contrôle de leur compte bancaire. C'est exactement ce qui se passe en Union Européenne. La France étatique n'est européenne que pour partager sa dette. Elle est la grande responsable de l'échec du projet de fédéralisme européen car, création artificielle, elles sait que le fédéralisme européen donnerait une force de liberté pour les peuples sans État sur son territoire comme nous, Bretons. Les difficultés à venir peuvent être autant d'opportunités pour nous communauté bretonne de construire notre propre projet, de prendre en main notre destin.

Alain E. VALLÉE
Jeudi 30 avril 2020

Les gouvernements de la France jacobine (Droite et Gauche confondus y compris l'actuel) ont toujours conçu l'UE comme une France jacobine en grand. D'autant qu'ils sont fédéraux sinon amplement et intensément décentralisés, les autres États membres ne veulent pas en entendre parler.

Des Euro-dettes de l'UE seraient concevables pour les investissements future uniquement si le Trésor public de l'UE existait. Ce n'est évidemment pas le cas. Evoquer de telles dettes alors que les institutions devant les gérer n'existent pas est insensé. A l'unanimité à 27, on se retourne alors sur la BEI, et divers et puissants mécanismes financiers gérés par la BCE mis en place après 2008. Mais ce ne sont pas des institutions politiques d'une fédération souveraine !

La Santé n'est même pas une compétence de l'UE ...! Ainsi, les thérapeutiques et les statistiques sur la morbidité provoquée par ce virus ne sont pas homogènes.

Au prix d'une économie malingre, l'excessive Dette publique française n'est qu'un instrument commode pour ne pas réformer les institutions françaises (hyper centralisation renforcée par l'élection du Président au suffrage universel direct) et pour rendre impossible toute éventualité d'UE fédérale.

Donc, dans le monde, ceux qui se sont déclarés contre l'UE vont rigoler de nous encore un certain temps.

AV

burban xavier
Samedi 23 mai 2020

Philippe Alfonsi donne des arguments valides et raisonnables , il nous faut mutualiser les dettes comme le font d'autres Etats aux structures fédérales à commencer par les USA , certes l'Europe n'est pas encore fédérale mais elle va l'être , faute de quoi nous n'aurons plus notre destin en main financièrement si des banques privées sont en faillites le risque en Italie est fort dans les banques régionales , en France comme en Allemagne pour la Deutch Bank par ex , ces banques possèdent des actifs pourris ... le risque est de voir le système bancaire se destructurer avec des conséquences imprévisibles pour l'économie et l'emploi . Personnellement , je n'ai pas envie de voir partout en Europe des pans industriels et des activités cesser , pas plus que de voir des millions de chômeurs sans revenus galérer avec leur famille femmes et enfants .

La solidarité doit prévaloir dans les situations de crises marquées en Europe , nous avons eu suffisamment de déboires dans le passé avec ses guerres meurtrières et les génocides de la deuxième guerre mondiale pour nous le démontrer .

La souffrance n'a pas de frontières , la Paix et des sociétés coopératives ont plus d'intérêts . Récemment la Yougoslavie démembrée a apporté son lot de misères en 1992 ...

La France va devoir muter , c'est certain , elle devra faire des concessions politiques ....sauf à croire qu'elle peut seule s'en sortir avec des dettes massives sans compter le hors bilan qui voisine les 270°/° en 2019 ...

Franchement qui peut souhaiter le chaos dans ce contexte ???

N'eo ket gallus , chomonp yaus alato !

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