La crise de gilets jaunes sera certainement le moment social de l’année 2018 et du quinquennat. Un événement particulièrement marquant et révélateur des fractures de cette société.

Ce mouvement est révélateur du malaise social. Il regroupe des personnes qui travaillent mais qui ont de faibles salaires, ouvriers, employés, artisans, retraités mais aussi des personnes qui vivent des minimas sociaux. Un certain nombre m’ont rapporté leurs difficultés à joindre les deux bouts, à pourvoir accéder à un peu de consommation. Certains sont en surendettement. L’angoisse de la fin de mois est palpable chez beaucoup. Certes, ce n’est pas le cas de tous et certains ne sont pas dénués d’arrières pensées et pas toujours à plaindre. D’autres sont là pour exprimer leur haine de cette société mais ils ne sont ni les plus nombreux, ni les plus représentatifs. Ce serait faire une grossière erreur que de faire l’amalgame entre militants des extrêmes et casseurs, et les gilets jaunes. L’immense majorité est courtoise et sympathique et j’ai pu m’entretenir avec nombre d’entre eux au hasard de mes déplacements.

Ce mouvement repose sur plusieurs facteurs principaux, le premier n’est pas nouveau : la faiblesse du pouvoir d’achat de nombreux français et la peur du déclassement. Mais il est aggravé par la perception d’une politique gouvernementale injuste socialement et le mépris de l’administration d’Etat parisienne. Je dois avouer que j’ai aussi ressenti ce mépris. Depuis juillet 2017, je ne cesse d’avertir le Gouvernement et la majorité sur les mesures dont je juge quelles seront refusées par les Français. La première fut sans doute la non-concomitance entre la hausse de la CSG dès 2017 et la fin de la taxe d’habitation, qui elle est prévue en trois fois entre 2018 et 2020.

Puis ce fut des attaques sur la politique sociale, APL et contrats aidés en premier lieu, mais aussi le paiement redistributif, pour les agriculteurs, limité à 10 % du premier pilier de la PAC. Les cadeaux aux grandes entreprises notamment par l’allégement de la fiscalité du capital et la fin de l’ISF, ainsi que la non indexation des pensions sur l’inflation pour 2019 et 2020, ont également été durement ressenties. Autant de mesures, non exhaustives, qui ne pouvaient que provoquer un sentiment d’injustice. Les quelques propositions positives du Gouvernement n’étaient pas en mesure de contrer ce sentiment, tant elles étaient faibles.

Comme si cette politique libérale n’était pas assez dure en soi, elle s’accompagnait d’un mépris et d’une mauvaise foi affichée de l’exécutif qui a pesé lourdement dans la balance. Les Bretons et les Corses sont méprisés pour leur demande de gérer leurs affaires internes, pour leur langue et leur culture. La majorité parlementaire se dédouane de ses erreurs en rejetant les difficultés actuelles sur les gouvernements anciens. Qui peut le croire ? Le chef de l’Etat lui-même multiplie les phrases déplacées qui sont autant de blessures pour les Français. La majorité a refusé de voir la colère qui montait. De plus, l’administration d’Etat recentralisait le pouvoir en prenant les élus locaux et les corps intermédiaires pour des exécutants de la politique qu’ils avaient décidés. Il ne faut pas sous-estimer le sens politique des Français.

Si cette explosion était difficile à prévoir, il était évident qu’il y aurait eu des conséquences fâcheuses à plus ou moins court terme. Ce n’était qu’une question de temps.  Par tous les moyens qui étaient les miens : interviews, tribunes, amendements, discussion informelles, questions au Gouvernement, etc.… j’ai attiré l’attention de l’exécutif et de sa majorité sur ce qui me semblait poser problème et qui menait La République en marche (LREM) à sa perte. Je n’ai pas été écouté et j’en ai tiré les conséquences en quittant en octobre 2018, le groupe parlementaire LREM et en créant, avec quelques députés de terrain, un groupe nouveau axé sur la défense des territoires, de la régionalisation et avec une fibre sociale et humaniste affirmée.

Lors de son allocution télévisée de ce lundi 10 décembre, le Président de la République a enfin eu une attitude d’empathie pour les Français. Certaines propositions ne manquent pas d’intérêt comme l’accélération du versement de la prime d’activité, ce qui pourra permettre à une personne touchant le SMIC de percevoir 100€ supplémentaires par mois. Il revient également sur la défiscalisation des heures supplémentaires. L’annulation de la hausse de la CSG en dessous de 2000€ est aussi un bon signal envoyé aux retraités. Le Gouvernement a fait un effort, ces mesures s’ajoutent à celles déjà décidées mercredi dernier concernant l’annulation de la hausse de la fiscalité. Néanmoins, leur mise en œuvre en pratique et leur financement nécessitera une vigilance de tous les instants pour que les coûts ne pèsent pas au final sur les personnes modestes. Je regrette par ailleurs que le Président ne veuille pas revenir sur la suppression de l’ISF et sur la non-indexation des pensions sur l’inflation, et j’espère que sa politique économique libérale aura du plomb dans l’aile.

Le dernier problème reste de savoir comment ce mouvement des Gilets jaunes va-t-il sortir de cette crise ? Autrefois, les syndicats pouvaient provoquer mais aussi encadrer les mouvements sociaux. Ce n’est pas le cas ici. Si beaucoup de Français soutiennent les gilets jaunes, d’autres s’inquiètent et prennent peur de certains débordements. La sortie de crise risque d’être compliquée.Ce communiqué est paru sur Le blog de paul Molac

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