-- Cultures --

Le message de la Vallée des Saints

Photo Vallée des saints
Le message de la Vallée des Saints
Sculpteurs au travail
Le message de la Vallée des Saints
Le nouveau centre d'accueil avec une librairie et beaucoup de livres sur la Bretagne. Des millions de visiteurs pourront y découvrir mythes, légendes et histoire de Bretagne. Restauration simple de crêpes de blé noir à prix très raisonnables. Les visites sont gratuites sauf les visites guidées.

La Vallée des Saints porte un message très important pour tout le monde occidental car la Vallée des Saints représente l'anti-thèse de la société de consommation. Tous ces saints de l'ancienne église celtique venus d'Irlande, du Pays de Galles, de Cornouailles et même d'Écosse avaient refusé de passer leur vie à acquérir le confort et des biens matériels. Ils cherchaient autre chose et pratiquaient une vie disciplinée et simple souvent même ascétique. L'antithèse de notre mode de vie d'aujourd'hui, plug and play, acheter et jeter, un monde de l'éphémère manufacturé.

Des saints fondateurs de la Bretagne

Tout d'abord, la Vallée des Saints c'est, entre autres, les sept saints fondateurs de la Bretagne : Brieuc, Tugdual, Paul Aurélien, Patern, Corentin, Samson et Malo. C'est une partie de notre histoire. Un mythe fondateur ? Peut-être mais tous les pays en ont un. Je sais, cela dérange certains Parisiens que notre mythe fondateur soit différent du leur, mais tant pis.

Notre histoire est interdite. Elle n'est pas enseignée dans les écoles bretonnes. Elle resurgit donc dans les légendes, les chansons, les romans, des séries policières allemandes même... ou sur une colline pas loin de Carnoët en centre Bretagne. Philippe Abjean, à l'initiative du projet de la Vallée des saints, ne s'y trompe pas quand il écrit «Les statues géantes qui peuplent désormais ce sanctuaire sont l'inaliénable propriété du peuple breton qui y relit son histoire.» (*)

Saint Colomban, le fondateur de l'Europe

Ces saints, non reconnus officiellement par l'Église romaine pour la plupart, suivaient presque tous les règles de l'Irlandais saint Colomban (543-612), aussi appelé Colomban_de_Luxeuil, Colombàn en Irlande, sant Koulman en breton, saint Coulomb en gallo, santo Colombano en Italie, Colombanius en latin. Il serait le vrai fondateur de notre civilisation car ce serait lui qui aurait converti les barbares au respect de la vie, du monde matériel, et voire, de la nature.

Pour rappel, depuis l'année 476, il n'y avait plus ni Église unifiée ni empire romain d'occident. Rome avait été pillée en 410 puis en 455 et son pouvoir détruit. Avant l'arrivée de saint Colomban, c'était la loi du plus fort, le pillage généralisé, les massacres de villages entiers et la destruction de tout ce que les Romains avaient bâti accompagné d'une gigantesque beuverie. C'est dans cette Europe au mains des barbares que saint Colomban a débarqué, à Saint-Coulomb près de Saint-Malo venant de Bangor en Irlande , et c'est lui qui, avec 12 disciples, va ramener les barbares à la raison, les convertir.

Il a sillonné le continent d'Ouest en Est parcourant 3 500 kilomètres à pied, enseignant la fraternité des peuples, fondant des monastères et ralliant des disciples. Il a fini son périple au nord de l'Italie à Bobbio où il est décédé. Il reste des oratoires et des monastère saint Colomban un peu partout en Europe et des douzaines de toponymes en Bretagne. Plus d'une trentaine de communes bretonnes honorent saint Colomban et en Bretagne un village de 3 600 habitants, près du lac de Grand-Lieu porte le nom de Saint-Colomban.

Saint Colomban est un des pères fondateurs de l'Europe. Dans une lettre envoyée au pape et conservée aux archives du Vatican, il utilise le mot «Europe». Robert Schuman ne s'est pas trompé quand il a déclaré «Saint Colomban est le saint patron de tous ceux qui cherchent à construire une Europe unie». (**)

Un projet de construire une réplique d'un oratoire Saint Colomban du VIe siècle à la Vallée des Saints, réplique de l'oratoire Galarus dans la presqu'île de Dingle en Irlande, a été lancé le 27 août 2016 en présence de l'ambassadeur d'Irlande, venu pour la pose de la première pierre (voir le site) Deux ans plus tard le projet semble patiner. On est très loin de la somme demandée. Une somme de 70 000 euros jugée excessive par beaucoup pour une construction en pierre, sans porte ni fenêtres, ni charpente ni rien du tout. Philippe Abjean a l'intention de proposer une refonte du projet avec une équipe de bénévoles dirigée par un spécialiste. Une équipe qui pourrait se mettre à l'oeuvre très rapidement et qui utiliserait les fonds déjà récoltés avec en perspective une réplique d'un monastère celtique de cette époque.

Le refus d'un christianisme encadré, centralisé et codifié

Le christianisme celtique était différent du catholicisme actuel. Non pas tant pour des histoires de tonsures ou de date pour la fête de Pâques mais parce que ses adeptes se passaient de Rome et d'intermédiaires (le clergé) . Ce ne fut pas une décision schismatique mais plutôt le résultat d'un état de fait. Tout d'abord, l' Irlande n'avait jamais été conquise par Rome. Ensuite les chrétiens d'Irlande, et dans une certaine mesure ceux du Pays de Galles et d'Armorique, n'étant pas sous le joug des barbares, ont découvert qu'ils pouvaient être chrétiens même si le pouvoir central à Rome avait été détruit. De facto il n'y avait plus de pape et l'Église celtique apprit à se passer de pape. Elle préfigurait le protestantisme 1000 ans plus tard. Ses fidèles prônaient avant tout une liaison directe avec leur dieu même si adeptes d'une vie communautaire au sein d'un monachisme très strict. Les Chrétiens irlandais construisaient des monastères où résidaient un abbé, un maître comparable aux maîtres zen du bouddhisme en quelque sorte.

Certains théologiens pensent que si cette forme de christianisme n'avait pas été mise au pas par Rome pour devenir un christianisme d'Etat (soutenu par les Carolingiens dans leur tentative de recréer l'empire romain), l'Islam ne se serait sans doute pas développé quelques siècles plus tard. On sait que c'est justement un des piliers de l'islam de se passer d'intermédiaires entre l'homme et Dieu et même, au début du moins, de se passer de lieux de prière particuliers.

Sauver la planète

Les saints érigés dans la vallée étaient donc pour la plupart des disciples de ce Saint Colomban. Dépouillés de tout, ils étaient des exemples de simplicité de vie et cette sobriété se reflète aujourd'hui sur la colline de Carnoët. Ces saints étaient zéro-déchet déjà il y a 1500 ans. Ils pratiquaient la permaculture et le respect de la nature. Ils se soignaient avec les plantes et les herbes médicinales, et, oui, pratiquaient des opérations miraculeuses car ils croyaient au surnaturel et avaient aussi sans doute hérité d'un savoir shamanistique en plus d'une foi à toute épreuve. Bien sûr, il ne s'agit pas de revenir à ce genre de vie extrêmement austère mais de comprendre que l'on peut vivre avec beaucoup moins d'objets et une nourriture beaucoup plus basique.

A une époque où les ressources naturelles de la terre sont en train de disparaître, le message de la Vallée des Saints est clair. Il s'agit de penser une décroissance pour éviter non seulement la destruction de la planète mais aussi la disparition de l'espèce humaine. Ces saints celtiques reviennent pour sauver notre civilisation une deuxième fois. Ce qu'ils ont à dire ? Consommez moins, hautes technologies et basses empreintes carbone sont possibles et compatibles, recyclez tout, plantez les graines, chauffez-vous au bois si possible, ne jetez rien, donner c'est recycler. Il ne s'agit plus de stopper le pillage de l'empire romain mais bien de stopper le pillage de la planète car nous sommes les nouveaux barbares.

(*) La Vallée des Saints. Le guide Officiel 6e édition. 2018. Introduction.

(**) Le chemin de Colomban : Une fresque bretonne, un itinéraire européen. Roudenngraphik 2018. (voir le site) des amis de saint Colomban une parmi une douzaine d'associations préservant la mémoire de saint Colomban en Europe.

Voir aussi :
©agence bretagne presse

Cet article a fait l'objet de 1114 lectures.
mailbox imprimer
logo

Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.

Vos commentaires :

Philippe ANDRE
Samedi 11 août 2018

Il faudrait quand même que ce lieu soit une référence sculpturale....c est l histoire de la représentation catholique des moines depuis le moyen âge , copies plus ou moins réussies , il serait peut-être temps de faire entrer la sculpture contemporaine... certaines dernières réalisations semblent évoluer vers une « production » plus élaborée remarquable !

Lucien Le Mahre
Samedi 11 août 2018

Il n’est pas inutile en effet de revenir un moment sur les origines du "christianisme dit celtique", une des périodes fondatrices de notre Histoire, car avant même que l’Irlandais Colomban n’établisse sa règle monastique, il fallait que l’Irlande soit évangélisée, ce qui fut l’oeuvre des Bretons (d’outre-Manche), symbolisés par Patrick.

En la matière on peut d’ailleurs résumer en disant que le 6ème siècle fut breton et le 7ème Irlandais.

Sur quelles bases ?

Après le massacre d’entrée des druides de l’Ile de Mona ( Anglesey) dont , forts de leur expérience gauloise, les Romains avaient compris qu'ils constituaient - bien plus que des prêtres adonnés à leur religion philosophique - la classe motrice à abattre pour pouvoir asservir le pays, le christianisme romain naissant ne s’était implanté en G. Bretagne que peu à peu et surtout dans les cités. Situation que le départ de l’administration et des troupes romaines après une occupation de trois siècles et demi, (bien plus brève qu’en Gaule) n’améliora évidemment pas, tandis que les campagnes continuaient à pratiquer avec leur langue, des rites druidiques fatalement assez dégradés.

Le clergé chrétien de rite romain demeurait indispensable car il fallait toujours l’autorisation de deux évêques pour l’ordination des prêtres quand furent créés, plus d’un siècle après, les premiers monastères : Llaniltud Fawr et autres établissements de Sud Galles dont les élèves diffuseront rapidement le monachisme autour d’eux.

Cette éclosion ne se fit nullement par imitation du christianisme accommodé à la mode romaine - temporelle, administrative et urbaine - dès qu'il devint religion d'état, mais par coup de coeur des Bretons pour la version égyptienne et syrienne du christianisme : le "monachisme" (Antoine, Macaire, Pacome) parvenu de la Gaule par les Iles Lérins et qui, à l'inverse, appelait à renoncer au monde pour faire place à des formes d’héroïsme dont les mythes celtiques encore présents étaient emplis.

Cette nouvelle interprétation du christianisme conquit d’abord les fils de la noblesse, notamment ceux formés en Sud Galles, lesquels, abandonnant avec l’épée leurs rêves de classe guerrière, affrontèrent désormais en des combats tout aussi rudes, des ennemis intérieurs nommés : privations, jeûnes et abstinences de toutes sortes, veilles interminables, génuflexions répétées et immersions pénitentielles dans l’eau froide des torrents.

Mises à part leurs habitudes ascétiques, ces pratiquants d’un nouveau genre ne dérogeaient à la loi catholique romaine que sur quelques points de doctrine - combattus mais pas encore rédhibitoires à l’époque - comme la date de Pâques ou la tonsure, alors que leurs monastères s’édifiaient librement en dehors de tout cadre, à la seule initiative d’un Abbé créateur et bien sûr prêtre de son état. De plus, la tonsure dérogatoire de ces moines n’était autre que la « tonsure druidique » qui rappelait scandaleusement une foi bannie, en s’autorisant à raser d’une oreille à l’autre tout le devant du crâne, abandonnant l'arrière à une pousse intempestive décidément peu catholique …

On comprend dès lors que nombre de nos saints transmarins aient échappé d’emblée à l'honneur de figurer sur les répertoires de la catholicité romaine ! Bientôt cependant ces monastères essaimèrent et devant la dureté des temps et la désorganisation du pays due notamment à l’avancée des Saxons, beaucoup de laïcs du peuple se réfugièrent avec leur famille sur les domaines monastiques issus des donations.

La " Troisième migration" des Bretons en Armorique, celle du 6ème siècle, fut nommée " Migration des moines". Comme avant la dernière guerre et jusqu’aux années 1950 les prêtres organisaient les migrations bretonnes en Dordogne ou dans le Lot, ces moines, plus instruits que leurs ouailles, organisaient les implantations en Létaw, cette nouvelle terre ultramarine où les plus ardents d’entre eux comptaient dur comme fer établir une « Cité de Dieu », rejoignant par là bien des utopistes à venir, et imprimant une note bien spécifique à l'installation des Bretons en Armorique.

Ils furent, comme on sait, rattrapés quelques siècles plus tard par l'administration catholique romaine sise à Tours, ulcérée encore une fois par la participation proprement intolérable, tenez-vous bien : "de femmes" (!) au service de la messe !

Pour terminer, une anecdote que je trouve toujours aussi savoureuse : malgré leur foi réelle, les Bretons de l’époque, s’ils évangélisèrent sans ménager leur peine Irlandais et Gaulois d’Armorique et d’ailleurs, ont toujours refusé mordicus de convertir les Anglo-Saxons installés sur leur île.

Et pourquoi donc ?

Eh bien, ils n’allaient quand même pas - raisonnaient-ils non sans logique - donner "les clés du Salut Eternel" à leurs pires ennemis à la fois païens et prédateurs féroces du pays des Bretons, ou, le cas échéant, encourir le risque suprême de se les coltiner au Paradis pour l'éternité !

Jack Leguen
Mardi 14 août 2018

Le retour au christianisme celtique, une solution contre l'avancée de l'Islam ?

Jacques
Jeudi 16 août 2018

Il conviendrait il me semble de faire découvrir à nouveau aux Bretons le Christianisme Celtique et je ne pense pas me tromper en affirmant que seulement ou 1 ou 2% de la population dispose au mieux d'une vague idée sur le sujet qui pourtant faisant encore largement parti de notre vie religieuse et sociale il y a encore 2 générations.

Déjà le Christianisme Celtique officiel existe toujours, il existe d'ailleurs un monastère en Bretagne prêt de Redon.

Je m'étonne qu'une chose aussi dimensionnant pour notre culture et notre identité reste aussi confidentielle même sur ABP (faut erreur, le dernier interview remonte à 2008).

(voir le site)

De plus, il semble que l'idée du Christianisme Celtique n'a jamais complétement disparu en Europe. Saint-François d'Assise aurait d'ailleurs été un exemple de cette continuité dont la mémoire aurait été ''romanisé'', sans même évoquer que ce christianisme continuait à vivre dans le christianisme ''à la bretonne'' avant l'effondrement récent de notre identité, religion, langue.

Déjà dans le Christianisme Celtique, Rome et le Pape n'ont pas l'importance que nous lui connaissons car les Abbés (responsable des Abbayes) et les ermites sont également des liens vers Dieu. Il n'y a donc pas 1 lien légitime mais une multitude de liens légitimes...

Les monastères furent plus développés chez les Irlandais, les ermites chez les Bretons.

Comme évoqué, la place des femmes n'est pas celle connue dans l'église romaine qui est bien plus méditerranéenne (grecque et latine) que nord-européenne (celte et germanique).

Et contrairement à ce que l'on entend souvent dans le milieu breton actuel (largement iconoclaste de nos traditions) que la venue du christianisme au sein de l'identité celtique aurait été le fait d'une religion ''conquérante'' et ''brutale'' alors qu'il est probable qu'elle fut perçue à l'époque comme une continuité/un complément avec notre philosophie de civilisation... mais faut-il encore savoir qu'il existe un christianisme ancien différent de la version romaine jacobine et que ce christianisme est miscible avec les traditions et religion antérieures.

Quand à évoquer l'islam, est-il bon de rappeler que ce n'est pas une religion liée à l'identité européenne mais à l'identité orientale/arabe..

Je serai tenté de dire : quand on vie et respect son identité on respect l'identité des autres... La réappropriation du Christianisme Celtique est à l'évidence un frein à l'Islam en Bretagne mais un renforcement de notre capacité à respecter (nous-même et les autres) car respecter l'identité des autres ce n'est pas importer leur identité chez nous mais favoriser le dialogue entre identités différentes quand cela est possible... une vision humaniste loin d'être évidente de nos jours avec la vision étroite de nos ''biens pensants'' socialo-universalites.

P. Argouarch
Jeudi 16 août 2018

@Jacques . Vous vouliez parler de cet interview ? (voir le site)

L'Église celtique faisant partie de l'Histoire de Bretagne et l'histoire de Bretagne n'étant pas enseignée on est pas surpris des lacunes. Lacunes qui sont récentes à vrai dire, comme vous le mentionnez, car la culture populaire jusqu' à récemment en avait conservé le souvenir à travers les légendes mais sans vraiment en avoir donné le nom d'"Église celtique". La Vallée des Saints est à ce sujet un chapitre de notre histoire.

Écrire un commentaire :

Combien font 5 multiplié par 1 ?

Note : Ce lieu est un lieu de débat. Les attaques personnelles ne sont pas autorisées. Le trolling est interdit. Les lois contre le racisme, le sexisme, et la diffamation doivent être respectées.

Publicités et partenariat