Le rôle de la peste dans l'émigration bretonne vers l'Armorique au VIe siècle
Chronique de Philippe Argouarch

Publié le 21/03/16 13:16 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les carottages des glaces polaires ont mis en évidence une énorme explosion d'un volcan au début du VIe siècle. La présence de soufre dans les glaces carottées est indéniable. Plusieurs volcans ont pu en être la cause mais les recherches récentes pointent du doigt un volcan d'Amérique centrale ou du moins ce qu'il en reste la caldera de llopango, à 70 km de San Salvador, avec un lac de fond de cratère qui fait 72 km² ! La montagne qui s'y trouvait a tout simplement été pulvérisée.

Les éruptions volcaniques, la plus ancienne mondialisation

L'explosion aurait produit selon Robert A. Dull, de l’Université d’Austin au Texas, 84 km³ de cendres. Il y aurait eu même deux éruptions (on n'est pas sûr si c'est du même volcan) très rapprochées ( (voir le site) sur Arte du samedi 16 mars 2016 ). L'éruption aurait précipité la fin des Mayas et de la fameuse cité Teotihuacan. On peut aussi penser qu'elle a précipité la fin de la Bretagne romaine et l'émigration des Britto-romains vers l'Armorique.

Le volcan aurait émis un nuage "sulfureux" recouvrant tout l'hémisphère nord dont les conséquences furent un hiver volcanique avec des famines terribles en 535-536, une période de 18 mois de ciel couvert, de mauvaises récoltes et de famines décrites par les historiens romains et chinois et mentionnées par certains chroniqueurs bretons comme Nennius et Saint Gildas .

La peste jaune

L'afflux de rats affamés vers les villes aurait finalement apporté la peste, dite peste de Justinien (l'empereur Justinien en mourut) qui aurait décimé en tout jusqu'a 100 millions de personnes de la Chine à l'Irlande. A Constantinople, 5 000 personnes par jour étaient emportées par la peste durant l'année 541.

Cette peste est attestée dans de nombreux documents gallois, bretons et irlandais. Nennius qui a rassemblé les archives bretonnes et saxonnes dans HISTORIA BRITTONUM(2) la mentionne dans sa fameuse chronologie appelée ANNALES DE CAMBRIE : "547 mortalitas magma in qua pausat Mailcun rex genodotae" . Un roi breton Maelgwn Gwynedd (Mailcun rex genodotae) ayant reconquis le nord du Pays de Galles ( le Gwynedd) occupé par les Irlandais, fut emporté par la peste que les histographes bretons appelaient la "peste jaune". Saint-Gildas la mentionne aussi dans son De Excidio et Conquestu Britanniae (De la ruine et de la conquête de la Bretagne (la grande).

Fuir comme la peste

L'intérêt pour le rôle de la peste dans la chute de l'empire romain en général n'est pas nouveau, pas plus que celui du rôle de la peste dans l'émigration des Bretons vers l'Armorique. Guy-Alexis Lobineau le suggère dans la préface de son livre Les vies des saints de Bretagne et de personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province (1) publié en 1727.

Certes, l'émigration vers l'Armorique avait déjà débuté en particulier avec l'installation des légions de l'usurpateur Maxime dans le Tractus Armoricanus et Nervicanus et en particulier dans le Leon (dont le nom veut dire légion), mais il est évident que l'immense Argoat breton présentait un refuge pour les populations apeurées fuyant les centres urbains décimés par la peste et les Saxons. Les ports côtiers de la Grande-Bretagne qui commerçaient avec Rome et même Constantinople furent les premiers à être affectés car les rats voyageaient aussi sur les navires en passagers clandestins et bien plus vite que par terre !

L'aura des ermites ou s'isoler des pestiférés ?

Dans une certaine mesure les saints bretons, souvent des ermites isolés sur des îlots rocheux comme Saint Gildas dit le sage (494-570) qui s'installa à Houat à son arrivée en Armorique ou saint Maudez sur l'ile Maudez, saint Tudy sur lîle de Groix, saint Budoc sur l'île Lavret ou encore Saint Hervé (500?-568) dans sa forêt, ont dû bénéficier de l'aura des rescapés de la peste. On ne peut pas ignorer que la grande majorité des saints bretons arrivent en Armorique venant d'Irlande et de l'île de Bretagne alors même que la peste sévit dans ces pays. Se mettre en quarantaine dans un ermitage apparaissait la plus sage des décisions à l'époque. Vous ne l'auriez pas fait ? Même si personne n'avait compris la relation entre les puces colportées par les rats et la peste, les populations pouvaient pas ne pas remarquer que s'isoler sur une île d'Armor ou au fin fond d'une forêt de l'Argoat était une garantie de survie. Les pestiférés jonchaient les rues des cités, pas les campagnes ! L'établissement de nouveaux villages en pleine forêt ou au fond d'un aber donnait à l'endroit, une virginité à l'écart de la pestilence qui régnait de l'autre coté de la Manche et sans doute dans les villes gallo-romaines de Carhaix, Corseul, Brest, Vannes et Rennes.

Mise à jour le 21/03/2016

(1) google book (voir le site)

(2) Nennius: Histoire des Bretons. Traduction de Christiane Kerboul.

Philippe Argouarch


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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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