Quand les Bretons coiffent leurs bonnets rouges

-- Langues de Bretagne --

Presentation de livre
Par Christian Rogel

Publié le 30/04/14 14:41 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Non, ce livre ne fait quasiment pas allusion à une actualité politique récente en Bretagne, mais, en recensant les manières de dire, proverbes, dictons et aphorismes si divers de la langue bretonne, l'auteur, le très estimé linguiste et journaliste Martial Ménard, ne pouvait passer à côté de l'expression « Lakaat e voned ruz » (mettre son bonnet rouge), qui signifie se mettre en colère. En vérité, les Bonnets rouges modernes sont rarement en colère, mais, sont plutôt indignés par les incompétences des ceux qui gouvernent.

Chez eux il n'est pas question, comme lors de la Révolte des Bonnets rouges, en 1675, d'« ober e stal d'unan bennak » (régler son compte à quelqu'un) comme il a été fait au malheureux sire du Cosquer, en Combrit.

Peut-être que l'idée, jugée brillante, de l'écotaxe est tombée de son piédestal (« kouezhet eo e bluñv war e votoù» = ses plumes sont tombées sur ses chaussures), si bien que les Bretons ont voulu montrer qu'ils n'étaient pas toujours soumis, si leurs intérêts vitaux sont en jeu, car, ils savent que « gra da oan hag e vi touzet »(fais ton agneau et on te tondra).

Le registre des expressions bretonnes est tout aussi riche que dans les autres langues, mais, certaines utilisent des images courantes et d'autres sont plus intellectuelles.

Ainsi, le français « deux précautions valent mieux qu'une » peut avoir comme correspondant le breton « Al logodenn n'he deus remet un toull a zo boued d'ar c'hazh » (la souris qui n'habite qu'un seul trou est destinée à nourrir le chat). Il doit sûrement exister une expression voisine dans les dialectes d'oïl, mais, le français a été forcé de se mettre en habit du dimanche, sous la pression de l'État, mais, parfois il a gardé sa simplicité : « Trop gratter cuit, trop parler nuit », sachant rimer des mots simples comme le breton qui est ici très strictement équivalent « Re gravat a boazh, re brezeg a noazh ».

Le breton, qui a eu une longue période au cours de laquelle il était surtout la langue des gens simples (c'est en train de changer), préfère souvent l'expression claire et nette, parfois très franche. De quelqu'un qui est au bout du rouleau, on dit qu'il chié le meilleur (« kac'het eo ar gwellañ gantañ »), mais, l'humour est fréquent : le fainéant est vu comme donnant le sein à sa bêche (« reiñ bronn d'ar bal ») et l'orgueilleux, fier comme Artaban, se voit comme la quatrième personne de la Trinité, « evel pa vije pevare person an Dreinded » et, ici, on approche du nonsense à l'anglaise.

Deux cents expressions suivies d'un index des proverbes et dictons français correspondants peuvent fournir un moyen agréable et pas cher de s'initier à cette langue déclarée en danger par l'Unesco.

Martial Ménard, Quand les Bretons coiffent leur bonnet rouge et 200 autres expressions bretonnes d'hier et d'aujourd'hui, Paris : Tut-Tut (Éditions Leduc.s), 2014. ISBN978-2-36704-041-7. 10 euros.

Christian Rogel

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