Une vision aseptisée et intolérante de la diversité linguistique

-- Europe --

Chronique de David Grosclaude
Porte-parole:

Publié le 14/03/22 23:12 -- mis à jour le 15/03/22 08:28

Se réunir à Pau pour parler de multilinguisme et de diversité linguistique est à priori une bonne idée. C’est ainsi que des discussions vont se dérouler ce mardi au Palais Beaumont dans le cadre de la semaine de la francophonie.

Mais malheureusement cette réunion sera limitée aux langues des Etats européens. Cela ne représente qu’un tiers des langues parlées dans l’Union européenne.

Notre langue, l’occitan, ainsi que toutes les autres langues dites « régionales ou minoritaires » d’Europe n’auront pas droit de cité dans cette réunion. Voilà une vison bien étriquée du multilinguisme.

Certes la France a toujours refusé de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires donc tout cela semble logique. Il est vrai aussi que c’est en France que l’on tolère du bout des lèvres l’enseignement des langues dites régionales par immersion. On se souvient que la loi Molac (mai 2021) a été censurée par le Conseil Constitutionnel alors qu’elle a été votée par une immense majorité de députés.

La négation de l’existence de nos langues est l’expression d’un mépris pour les millions de citoyens européens qui parlent ces langues, dont certaines, il faut le signaler, bénéficient d’une reconnaissance officielle, d’un emploi dans l’administration, l’école, les médias.

La France est en retard. Sa vision des langues est archaïque. Cela ne présage rien de bon pour l’avenir même de langue française que certains jugent menacée. On ne bâtit pas une politique linguistique, une politique en faveur du multilinguisme sur l’exclusion d’autres langues. On ne peut prétendre : « valoriser la diversité linguistique comme facteur de construction d’une citoyenneté européenne » pour citer le le ministre J.B Lemoyne, en sous-entendant qu’il existerait des sous-langues.

Demain à Pau c’est, semble-t-il, en partant de cette idée que l’on se réunit.

Quel dommage que l’on écarte l’expertise que peuvent apporter en matière linguistique ceux qui depuis des années se mobilisent pour la diversité des langues et en l’occurrence les acteurs de terrain de l’occitan.

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Écrivain occitan, journaliste indépendant.
Vos 5 commentaires
Thomas
2022-03-15 01:58:58
Pour rappel, en 2021, il y a eu le Minority SafePack de voté après 8 ans de combat juridique contre une commission d'administratifs. La réponse politique a été comme d'habitude lamentable.
De plus, en avril 2021, Julien Aubert avait réussi à faire adopter par la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale une résolution appelant « à faire du français l’unique langue de travail de l’Union européenne ».
Conclusion: hors sol, incompétents notoires complétement à la ramasse, pas un pour rattraper l'autre, parasites inutiles, jeanfoutre de branquignole qu'on a berçé trop près du mur et...restons polis.
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Heol
2022-03-15 14:45:59
@Thomas pour certains technocrates français, valoriser le plurilinguisme c'est « faire du français l’unique langue de travail de l’Union européenne » semble-t-il, même si dans les faits les fonctionnaires européens ont trop pris l'habitude de travailler ensemble dans un mauvais anglais, ce qui incite en fait à un appauvrissement intellectuel. Au lieu de enfin reconnaître les langues de France et inviter dès le plus jeune âge les enfants au plurilinguisme, de même que de privilégier au sein des instances européennes les formations intensives en français et en allemand (en particulier mais aussi des autres langues pour l'intercompréhension), tout en investissant dans les services de traduction pour promouvoir l'usage des langues de chaque état membre. Car les langues c'est aussi une économie, faut pas l'oublier et privilégier l'anglais c'est encore une fois privilégier l'économie anglo-saxonne.
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Pierre Robes
2022-03-16 15:30:58
Le rouleau compresseur de la province parisienne impose son patois à tout l'hexagone jusq'outre mers. Mais des Peuples autochtones Basques,Kanaks, Corses, entrés autres se soulèvent pour revendiquer leurs droits de petites nations, et même l'indépendance ou l'autonomie qui leur permettra de faire survivre leurs langues et cultures.
Et les bretons dans tout cela se regardent le nombril en applaudissent leurs maîtres Parisiens, hier à Rennes.
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Thomas
2022-03-16 20:34:20
@Heol
Ces gens-là aiment se gargariser de leurs incompétences et de leur corruption, prêts à tout pour une faveur ou un peu de renommée. A défaut d'avoir du talent, ils se rabattent sur l'argent.
Le problème comme le souligne Pierre Robes c'est que leur relais sont nombreux.
Par contre, les droits qui découleront de ces soulèvements seront ridicules à l'image de Corsica Ferries avec du dumping social et fiscal mais avec bien sur l'armée et la justice française pour mater au cas ou.
L'appauvrissement économique et culturel qui en découlera sera beaucoup plus violent.
En bretagne, on peut déjà voir cette pression économique avec les vieilles charrues ou pire le hellfest et tout ses produits dérivés ( hell celt, :( )
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Anne Merrien
2022-03-17 10:42:23
Je ferai un parallèle avec le suffrage "universel" dont les femmes étaient exclues.
Ces gens n'ont pas compris que toutes les langues sont universelles.
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