Marine Le Pen s'attaque au bilinguisme breton sur les panneaux routiers

-- Politique --

Communiqué de presse de Eurominority, Organisation pour les Minorités Européennes
Porte-parole:

Publié le 21/01/07 19:06 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Décidemment le populisme européen se ressemble et s'assemble. Depuis un an le leader d'extrême droite autrichien Jörg Haider essaie par tous les moyens de faire retirer les panneaux bilingues slovène/allemand des villes de Carinthie où une partie du territoire est traditionnellement de langue slovène.

Il essaie en tant que Président de ce Land de remplacer les panneaux actuels, auxquels il s'oppose par de minuscules panneaux mettant en valeur la langue allemande, langue nationale autrichienne et de minimiser la place du slovène pourtant implantée dans cette région depuis des siècles.

Dans l'émission Riposte diffusée sur France 5, intitulée pour l'occasion «Allons, enfants de la patrie», la Vice-Présidente du Front national, Marine Le Pen s'attaque, elle aussi, aux langues régionales. Dans une sujet consacré à l'intégration et l'assimilation, elle comparait les langues des migrants et les langues régionales de France. Prônant l'assimilation et la perte de la culture d'origine, elle s'indigne aussi qu'on puisse aujourd'hui écrire des panneaux de signalétique routière en breton.

Pourtant, le bilinguisme est devenu une règle en Bretagne, par respect de la diversité et des langues parlées dans le monde. Le breton dispose de nos jours d'une place au côté de la langue officielle de l'État. Cet acte volontariste porté par les municipalités de droite et de gauche est dû en partie aux nombreuses revendications des locuteurs de breton mais plus largement de la population bretonne. Les départements et la région Bretagne mettent aussi des moyens pour permettre à la langue bretonne de retrouver sa place comme langue de communication.

Dans ce contexte, il est étonnant que Madame Le Pen, s'inquiète de la présence de tels panneaux. Dans ce même débat, elle justifiait l'assimilation comme un acte «violent», demandant de perdre sa culture, sa langue, sa religion, pour se fondre dans un espace national de référence. Cette conception sectaire de la citoyenneté n'a jamais été celle des Bretons sensibles au bilinguisme.

Ces propos arrivent quelques jours après la visite de François Bayrou en Bretagne, où ce dernier soutenait de manière enthousiaste toutes les démarches favorisant les identités régionales de s'exprimer. Lui-même locuteur de béarnais, variante de l'occitan, est peut-être plus sensible au respect des langues minorisées. Il insistait lors de cette rencontre avec de nombreuses associations de promotion de la culture et de la langue bretonne sur la place que les langues régionales (basque, breton, catalan, corse, occitan...) ont à jouer dans les médias.

Mais aujourd'hui en France, ce thème divise au sein des partis. Récemment, un débat à l'Assemblée nationale lors duquel le député UMP Marc Le Fur demandait que l'article 2 de la Constitution à propos des langues officielles soit modifié, a démontré une nouvelle fois que le sectarisme vis à vis des langues minoritaires n'est pas l'apanage du FN. Dans les rangs UMP et PS, les propos ironiques fusaient, comparant parfois les langues de France à des parlers indigènes passéistes. Ces deux visions opposées montrent bien qu'aujourd'hui, on confond bien souvent égalité et sectarisme. L'extrême droite dans ce débat, comme les déclarations de Marine Le Pen le prouve, est souvent le plus fervent opposant à la diversité linguistique. Attention toutefois, certains Républicains leurs enboîtent parfois facilement le pas.

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