Les tout dernières confidences d'Iwan B avant l'Eurovision des langues celtiques

-- Cultures --

Interview de Ronan Le Flécher

Publié le 17/06/09 9:01 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Iwan B décrochera t-il son ticket pour la finale européenne du concours de chants de langues minoritaires d'Europe aux Pays-Bas à l'automne ? Le rappeur défendra le 20 juin les couleurs de la Bretagne en Écosse pour Nòs Ùr, sorte d'Eurovision des langues celtiques. Au public des internautes de décider en votant sur le site www.nos-ur.eu dès 20 h. Avant de mettre le cap sur Inverness, ce garçon de 24 ans s'est confié à ABP.

ABP - Qu'avez-vous ressenti en apprenant votre sélection pour Nòs Ùr ?

Iwan B - Une grande joie. Après avoir suivi le concours de l'année dernière, j'ai tout de suite pensé à m'y inscrire. C'est la première fois que je chanterai à l'étranger, devant un public de 300 personnes, je crois.

Et vous chanterez Fulenn ?

Fulenn veut dire jolie fille et étincelle à la fois. C'est l'histoire d'un célibataire qui cherche une fille. Cette chanson très mélodique est devenue un petit tube dans le milieu breton. En Ecosse, je pense la jouer un peu folk au piano, accompagné d'un guitariste.

De quoi parlent vos chansons ?

De moi et de la vie des autres. Iwan B, c'est la Bretagne différemment. Avec mes chansons, mon but est de parler en breton de la vie de tous les jours. L'une d'elles s'appelle Marc'hadourien Avel et traite de politique. D'autres sont plus légères à l'image de Fulenn.

La musique, c'est une vocation ?

Une passion, une manière de créer mon monde à moi. Grâce à un père musicien originaire de Dinan, j'ai toujours baigné dans cet univers. À 18 ans, après mon bac et trois mois d'université, j'ai pris mon destin en main, car je ne me sentais pas très libre dans les études.

C'est donc tout pour la musique ?

Après la fac, j'ai travaillé pour faire une école de musique à Paris dans le 18e et suis sorti du Conservatoire l'an passé. Le déclic est venu de ma rencontre avec la Bretagne. En 2003, j'ai suivi des cours de breton au lycée Voltaire. J'ai tout de suite beaucoup aimé cette langue qui sonnait vachement bien.

De là, à chanter en breton ?

Entre chanter en français pour toucher un large public ou en breton dans la langue que j'avais envie de faire connaître, j'ai vite choisi la langue bretonne. C'est en écoutant du kan ha diskan à la Mission Bretonne que je me suis familiarisé avec le rythme de la langue et de cette musique si cadencée.

Étiez-vous déjà branché rap ?

Je cherchais mon style et j'ai trouvé que rap et breton marchaient très bien ensemble. Les valeurs de revendication portées par cette musique minoritaire m'ont aussi donné envie de faire du rap. Je voulais faire des trucs modernes, des trucs qui déchirent et montrer à tous ceux qui dénigrent la culture et la langue que le breton n'était pas mort.

Bravo pour cette démarche militante !

En fait, en montant sur scène, je ne me dis plus : je vais militer. J'ai intégré en moi le fait de chanter en langue bretonne. À un moment, c'est bien de passer un cap artistique.

Comment se lance-t-on ?

J'ai d'abord accompagné des artistes au piano. Fin 2006, j'ai voulu me consacrer totalement à ma propre musique. J'ai alors écrit, composé et mis en ligne mes premiers morceaux sur MySpace. J'avais en tête de monter un groupe où je pourrais rapper. Mais trouver de jeunes bretonnants qui chantent, ce n'est pas si facile sur Paris !

Et c'est le décollage en 2007

J'ai décroché le prix de l'avenir de la langue bretonne dans la catégorie "Individuels". Puis, j'ai gagné le premier tremplin musical organisé lors de la Devezh ar brezhoneg. En septembre, j'ai fait une scène lors de la Breizh Touch.

Que retenez-vous de cette Breizh Touch ?

C'était une belle vitrine. Mais trois jours, ce n'est pas suffisant pour promouvoir la Bretagne. En dehors de la Saint-Patrick, on n'en entend pas assez parler.

Des "menhirs" comme Servat, Stivell, Glenmor qui ont démarré leur carrière par Paris vous inspirent-il ?

C'est bien de pouvoir compter sur des piliers comme eux. Il n'y a pas de complexe d'être Breton à Paris.

Vous faites le show sur scène alors que vous paraissez si calme…

Dans la vie, je suis plutôt réservé alors que sur scène, j'ai la patate, je crie, je dis aux gens de faire du bruit. Ça me fait plaisir de chanter mes chansons et à représenter la Bretagne. C'est mon style, ma façon à moi de faire les choses, ma manière de rapper en breton. C'est ce que raconte Ma doare. J'adore ce titre.

Quand sera-t-il dans les bacs ?

Sans doute début 2010. Je prends le temps de sortir ce premier album avec des chansons remixées et un bon son.

"Awenet gant Breizh". La langue bretonne sera aussi présente sur vous lors de Nòs Ùr. Un mot sur cette marque STERED que vous aimez bien.

J'aime sa typo et surtout le slogan qui me correspond tout à fait : « Inspiré par la Bretagne ». Et puis, je me sens beaucoup plus sexy avec ce T-shirt (rires). Au-delà de ce T-shirt, STERED, c'est une nouvelle gamme de vêtements. Je suis content qu'une marque mettant en valeur d'une manière moderne la langue et les symboles bretons ait vu le jour. C'est une première, non ?

Propos recueillis par Ronan Le Flécher

entretien publié dans Horizons Bretons (supplément à armor) de juin 2009

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