-- Littérature --

Lectures de l'été : redécouvrir le "Germinal" gallois, de Richard Llewellyn

Chronique de FC (porte parole Fanny Chauffin) publié le 22/06/15 9:41

L'action se passe entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, dans le sud minier du pays de Galles.

De Zola, on retient la saga familiale, l'importance de la mère qui tient toute la famille, sa force, le décès de ses enfants dans la mine (exagéré chez Zola avec quatre de ses enfants qui y périront), le rôle de leader politique du père, les moments de fête et de joie collective, les grèves.

Mais ici, la place du chant et de la langue galloise est centrale. On ne sait pas quelle langue parlent les mineurs de Germinal. Chez Zola, les prêtres sont en fond d'écran, relégués à un rôle subalterne alors qu'ici la religion protestante est incarnée par le chant gallois et par un pasteur chef de choeur (la chorale du village ira même à Londres chanter devant la reine) atypique amoureux de la nature, des hommes, et pour son plus grand malheur de la soeur de Huw, le narrateur.

Roman d'initiation, il l'est davantage que Germinal, car Huw raconte son enfance et son adolescence dans la vallée qui peu à peu change de couleur sous l'action de la gestion insensée de la mine de charbon. Julien dans Germinal arrive et repart en étranger.

Huw est fils de mineur,et le savant de la famille car il a étudié grâce à une maladie qui l'a obligé à garder le lit et à lire. Il sera une sorte de Per Jakez Helias observant la société dans laquelle il vit, mais alors que le Bigouden va à l'université et devient professeur d'École normale, Huw retourne à la mine avec ses frères et devient ébéniste dans le même village.

Un livre important pour les Gallois, qui rassemble les valeurs qui les font toujours vibrer : leur langue, le chant, la montagne où ils se ressourcent.

À redécouvrir donc, en prenant le temps de savourer une écriture originale, l'intrusion lors de moments dramatiques d'une armée d'autrefois, porteuse de la mémoire collective d'un peuple dont on a méprisé la langue et la culture.

Quelques passages :

«D'un signe de la main, il les calma et se mit à chanter. À sa voix, les ténors et les altos entonnèrent, puis les barytons, les basses ; enfin les femmes et les enfants.

Et comme le chant éclatait, toutes les portes, jusqu'au bas de la Colline s'ouvrirent, et les hommes, les femmes, les enfants sortirent, remplissant la route. (...) Longtemps j'écoutai les voix sonores s'envolant en multiples harmonies, au dessus de la buée qui, s'échappant des bouches chantantes, voilait les visages pincés par le froid et magnifiait l'éclat des yeux rendus à l'espoir ; et mon coeur se serra.»

«Moniteurs, nous étions chargés de surveiller la conduite des garçons et des filles. Mais nous les laissions faire ce qu'ils voulaient et jamais ne les dénoncions, même lorsqu'ils parlaient gallois à l'école.»

«Une fillette sortit, venant dans notre direction. Mais elle nous aperçut, ravalant brusquement ses sanglots, et honteuse, s'arrêta, ses petites mains potelées étalées sur son visage. (...) A son cou, retenue par une corde neuve tombant jusqu'à ses tibias qu'elle blessait lorsqu'elle marchait, pendait une planche sur laquelle s'étalaient, écrits à la craie de la main de Mr. Jonas-Sessions, les mots : Je ne dois pas parler gallois à l'école. (...) L'écriteau tirait la petite en avant, car elle était presque encore un bébé, la corde écorchant sa nuque et la planche meurtrissait ses tibias. Elle avait les yeux pleins de ces grosses larmes de l'enfant en proie à la souffrance, à la honte et à la peur. »

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Correspondante multimédia pour l'ABP d'abord, puis porte-parole de Taol Kurun, enfin chercheuse à l'Université Rennes 2 au laboratoire Ermine et au CRBC.

Vos commentaires :

marc patay
Vendredi 26 juin 2015

Beaucoup plus doué que zola, entre nous, mpl

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