Coronavirus : la France a le taux de progression de la contamination le plus élevé au monde : 38,6% par jour

-- Bio Santé --

Editorial
Par Philippe Argouarch

Publié le 15/03/20 9:52 -- mis à jour le 18/03/20 05:00

Selon un graphe américain établi sur les données de l'OMS, c'est en France que le virus se répand le plus rapidement avec un taux de progression de 38,6% par jour. Cela veut dire quoi ? S'il y a 1000 cas un jour, il y en a 1386 le lendemain. Hier, il y avait 4500 cas connus (il y en a bien plus évidemment), donc aujourd'hui, dimanche 15 mars, il y aurait 6237 personnes infectées ou dans cet ordre de grandeur...

Le débat sur les chiffres

Le chiffre officiel du nombre de cas est en fait inférieur aux prédictions, 5400 cas au dimanche 15 mars. Soit le taux de progression est en dessous de 38,6%, soit beaucoup de cas ne sont pas enregistrés car les malades n'ont pas pu ou pas voulu accéder aux soins ou à un simple test. Les mesures de confinement commencent à avoir de l'effet ? C'est trop tôt pour le dire. Dans tous les cas, la progression est toujours exponentielle.

Le nombre de cas déclarés ou détectés est un chiffre contesté. Le nombre de cas est bien sûr bien plus élevé. Pour s'en rendre compte il nous faut partir du nombre de décès dû au coronavirus qui est un chiffre incontestable et incontesté car tous les décès sont enregistrés. Le taux de mortalité change d'un pays à l'autre mais le pays qui a le plus testé est la Corée du Sud, donc le plus près de la réalité, soit un taux de mortalité de 0,5%. Ce qui donne, pour 120 décès en France, 24 000 cas véritables de malades du coronavirus ou juste de porteur du virus au 15 mars. Si le taux de mortalité est juste 1%, il y aurait en réalité 12 000 personnes contaminées en France, soit trois plus que le chiffre officiel. On peut en conclure qu'au 15 mars le nombre de personnes contaminées par le virus se trouve entre 12 000 et 24 000.

Mais arrêtez de vous faire la bise !

Beaucoup d'explications sont données pour expliquer cette progression rapide du virus en France. Le Français est indiscipliné, ne prend pas au sérieux l'épidémie, ou se croit invulnérable. Les facteurs les plus déterminants semblent culturels. Les Bretons comme les Français se font la bise et la plupart continuent aujourd'hui à se faire la bise alors que ce contact est un facteur critique de transmission du virus, comme se serrer la main d'ailleurs. Que l'Italie, l'Espagne et la France, tous des pays latins, soient des pays où le coronavirus sévit le plus en Europe n'est pas dû au hasard : ces pays ont des caractéristiques culturelles similaires y compris se faire la bise, une pratique qui serait héritée de l'empire romain. Intéressant, la bise avait disparu au XIVe siècle à l'époque de la peste noire car on pensait qu'elle la propageait. Le contact transmettait certainement les puces porteuses du virus. Faut-il des millions de morts pour changer des habitudes culturelles ?

La culture ce n'est pas forcément sortir le soir !

L'autre point commun de ces pays latins est de sortir presque tous les soirs faire la fiesta, y compris aller au fest-noz, mais aussi en France pour toutes sortes d'activités culturelles extérieures : cinéma, théâtre, expos, etc etc. On dirait que les latins sont incapables de rester chez eux, lire un livre, regarder un bon film, s'éduquer avec internet, jouer avec les enfants, leur lire ou leur raconter des histoires. Les Français ne respectent pas les consignes du gouvernement sur le sujet et le virus se répand comme une traînée de poudre.

Les erreurs du gouvernement

Les Français ne sont pas les seuls responsables de ce fiasco. Le gouvernement a aussi commis des erreurs. Le rapatriement des Français du Wuhan en Chine semble avoir été une très mauvaise idée. Il aurait été bien plus sage de les laisser en quarantaine en Chine et de ne pas les rapatrier pour le moment, et interdire tous les vols en provenance de Chine dès le début. Que la contamination ait débuté à la base militaire de Creil dans l'Oise où ont atterri les rapatriés ou à CDG ne change pas grand chose au fait que le virus n'a pas été pris au sérieux dès le départ. Il suffit d'écouter la déclaration de la ministre de la Santé du vendredi 24 janvier à la sortie du Conseil des Ministres: «En termes de risques pour la France, les analyses de risques d’importation sont modélisées régulièrement par des équipes de recherche. Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles. Les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles...». On est trois jours avant les premiers cas en Italie. Tout est dit dans cette phrase en ce qui concerne l'arrogance et ce sentiment de supériorité que nos dirigeants affichent en ce qui concerne nos institutions, notre système social et finalement ce pays. Certes le système de santé français est un des meilleurs au monde, mais n'aurait-il pas entraîné un sentiment d'auto-suffisance et d'optimisme béat ? Et que penser de ce gros mensonge de la ministre de la santé du 27 janvier 2020 quand elle affirme : "Nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie” .

Nous sommes aujourd'hui incapables de fournir suffisamment de masques et de lunettes aux médecins généralistes qui se retrouvent en première ligne. Or, ce point est fondamental : si nous mettons en danger les soignants et les professionnels de santé, nous serons incapables de faire face à un afflux massif de malades. Pire, on apprend que le 17 février la France aurait envoyé à la Chine 17 tonnes de matériel sanitaire dont son stock de masques FFP2, des masques qui font cruellement défaut aujourd'hui aux médecins et aux soignants.

En Bretagne, la situation n'est pas encore dramatique comparée à ce qui se passe dans l'est de la France où les hôpitaux commencent à être saturés. Nous pouvons éviter le pire, il suffit de rester chez soi. Faites des provisions pour deux mois et ne sortez plus de chez vous ! Il vous manque quelque chose d'indispensable ? Commandez-le sur internet.

Voir aussi :
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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.

Vos commentaires :

Jack LeGuen
Dimanche 15 mars 2020

Finalement le virus a fait ce que les soixantehuitards rêvaient : arrêter la société de consommation. Il a aussi répondu au programme des Verts : la décroissance. Un virus va t'il sauver la planète ?

P. Le Guern
Dimanche 15 mars 2020

Il y avait eu une étude dans les moment de la contamination en Chine, sur le manque flagrant des principes élémentaires d'hygiène de la population française. Et c'est peu dire ! Cette semaine encore, j'ai constaté après passage aux toilettes pour homme, que des hommes ne se lavaient pas les mains après avoir fait leurs besoins, que des jeunes que je croisait raclaient leur gorge pour cracher par terre, que des consommateurs tâtaient les fruits au supermarché, on voit encore des personnes empoigner les caddies, se tenir aux rampes, et on y changera rien. Je n'ai rien attendu du gouvernement pour savoir qu'il fallait me laver les mains régulièrement dans la vie de tous les jours, après les courses, après être allé au cinéma, après avoir bu un café au comptoir, après avoir pris le train, le bus, etc. Je vais dans les festoù-noz, je me lave régulièrement les mains, et je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai été vraiment malade, je suis un très mauvais client pour les médecins et les pharmaciens, ne me croyant pas pour autant invincible, ni à l'abri ! Va t'on encore et encore devoir dire aux français, ce qu'ils auraient dû retenir de par leur éducation parentale (tiens, demandez à une infirmière scolaire le type de questions effarantes de la part des adolescents auxquelles elle doivent réponde quotidiennement !). Bref, il y aurait tellement à dire, aussi j'arrête !

Naon-e-dad
Dimanche 15 mars 2020

Voir le lien (long article, bourré de graphiques, très explicite) : (voir le site) @tomaspueyo/coronavirus-agissez-aujourdhui-2bd1dc7838f6

Ou pour un résumé par un informaticien français (auteur : Christian Quest)

(voir le site) @cq94/covid19-ce-que-disent-les-chiffres-agir-vite-et-fort-d7fd54a66c2d

Le premier lien pointe vers l'un des meilleurs articles (auteur : Tomas Pueyo) sur la progression « exponentielle » (ce mot que beaucoup de nos politiciens et journalistes semblent ne pas comprendre, et qui pourrait se traduire - en pratique - en langage courant par « fulgurant », aussi soudain qu'un coup de canon) du Coronavirus est d'origine américaine, et traduit en de très nombreuses langues déjà:

French

Spanish

Italian

German

Portuguese (and alternative version and another on)

Traditional Chinese

Simplified Chinese

Bulgarian

Russian

Turkish

Ukrainian

Czech

Slovakian

Greek

Arabic

Norwegian

Vietnamese

Catalan

Hungarian

Mongolian

Lithuanian

Serbian

Estonian

Persian

Polish (and alternative translation)

Romanian (partial translation)

Hebrew (alternative translation outside of Medium, for Hebrew formatting)

Special call out for Argentina, diving into its numbers, as an early warning

Soyez vigilants, y compris les populations jeunes, le Coronavirus arrive au point de décollage exponentiel…

Diwallit’ta, tud youank ivez, dont a ra ar c’horonavirus… davedeomp-ni holl…

A galon vat
Dimanche 15 mars 2020

La Bretagne n'est pas un pays latin, mais apparemment nous avons attrapé de mauvaises habitudes de nos voisins de l'est, qui furent autrefois nos envahisseurs....

Patrick
Mardi 17 mars 2020

Faire des provisions pour deux mois est une ineptie. Cela va provoquer des ruptures de stocks, des paniques, des regroupements dans les magasins. Comment pouvez-vous proposer cela ??? !!!!

P. Argouarch
Jeudi 19 mars 2020

@Patrick : Il n'y a aucune rupture pour le moment. Si les rayons sont souvent vides le soir, ils sont réapprovisionnés dès le lendemain matin. Le plus de provisions faites, le moins souvent les gens auront à se rendre aux magasins d'alimentation. Ce n'est pas parce que les déplacements vers ces lieux sont autorisés qu'ils ne sont pas des facteurs de risques. Pire, le super-marché est sans doute le pire endroit où vous pouvez vous rendre. Les supermarchés sont des lieux de contamination des plus sérieux car les gens touchent les légumes, les fruits, les produits qu'ils touchent et remettent en rayon et ils parlent presque tous aux caissières ou caissiers qui peuvent être porteuses sans même le savoir. Elles ou ils sont à moins d'un mètre du client. Il faut bien se mettre dans la caboche que chaque déplacement vers un magasin d'alimentation est un risque d'attraper le virus. Il faut y aller le moins possible. Donc remplir son caddie dans la limite de ses ressources. Pour ceux qui ont la chance d'avoir un congélateur, le remplir de surgelés. Les produits frais ne sont pas nécessaires à la survie. J'ajouterais qu'avoir une ou deux poules au fond de son jardin, pour ceux qui ont la chance d'en avoir un, ne coûte que le prix des deux poules qui est moins qu'une sortie au restaurant, et, de toutes façons, vous ne pouvez plus y aller au restaurant. Les oeufs sont une source de protéines de premier choix et de plus vos poules finiront vos restes. Et puis c'est le printemps, il est pas trop tard pour planter des pommes de terres !

Naon-e-dad
Lundi 23 mars 2020

Décidément, dans cette affaire de Coronavirus on repère vite ceux qui ne comprennent pas ce qu'est un phénomène « exponentiel » (et si le phénomène observé ou attendu n'est pas tout à fait exponentiel, c’est tant mieux car cela soulagera un peu les acteurs de terrain). Pourtant, la « fonction exponentielle » est au programme de Terminale (ou alors de Première, je ne sais plus).

A propos de l'article de Tomas Pueyo (voir commentaire plus haut), dont voici à nouveau le lien :

(voir le site)

France Culture parle un peu vite de « fake news, et étrille ce dernier. D’accord pour être vigilant sur les «fake news » en général, d’accord aussi pour lire et écouter ce qui interpelle judicieusement.

Le journaliste de France Culture - « Nicolas Martin a un temps été professeur de lettres avant de se réorienter vers la radio. Il débute sa carrière de journaliste à France Bleu avant de devenir chroniqueur sur France Inter » (site internet de la radio) - annonce être un littéraire de formation. Ce n'est pas une raison pour taxer de « fake news », un raisonnement intéressant dans son principe, au seul motif qu'on ne comprend pas une dynamique mathématique.

Voir le lien vers la critique France-Culture : (voir le site)

Un autre article, plus littéraire dans sa rédaction, dit en substance la même chose, il s'agit d'une « lettre ouverte à la Première Ministre » (Belgique), parue le 7 mars dans la Libre Belgique sous la signature de Marc Wathelet, Docteur en science, spécialiste des coronavirus humains.

Voici le lien:

(voir le site)

Cette lettre ouverte publiée par un scientifique belge sera peut-être plus accessible à ceux qui sont de formation exclusivement littéraire? L'article belge explique clairement la différence entre épidémie et pandémie. On est là au coeur du sujet, bien loin d'une « fake news ».

Ur « fake-news » zo un dra, prederiañ diwar sifroù pe dielfennañ zo un dra all!

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