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- Communiqué de presse -
Intervention d'Alain Monnier sur le Plan de Politique linguistique, 6 décembre 2004
Intervention d'Alain Monnier, représentant de Kuzul Sevenadurel Breizh/Conseil Culturel de Bretagne et Skol-Uhel ar Vro/Institut Culturel de Bretagne C'est avec un enthousiasme certain que j'ai découvert le texte du Plan linguistique proposé aujourd'hui à l'avis du CESR. Cette satisfaction réelle s'accrut encore lorsqu'il fut établi à la lecture attentive du document
Alan Monnier pour Conseil Economique et Social Régional le 6/12/04 22:50

Intervention d'Alain Monnier, représentant de Kuzul Sevenadurel Breizh/Conseil Culturel de Bretagne et Skol-Uhel ar Vro/Institut Culturel de Bretagne

C'est avec un enthousiasme certain que j'ai découvert le texte du Plan linguistique proposé aujourd'hui à l'avis du CESR (Le Conseil économique et social régional). Cette satisfaction réelle s'accrut encore lorsqu'il fut établi à la lecture attentive du document que ce plan ne constituait pas un gadget, une coquille vide ni, d'un autre côté, un coup de force militant, qu'il ne représentait ni une idéalisation du passé, ni un saut dans l'inconnu… Les Bretonnes et les Bretons s'étaient exprimés, que ce soit par sondages ou lors des dernières consultations électorales et de manière clairement majoritaire, sur l'avenir de la langue et de la culture. Depuis, le Président du Conseil Régional l'a fait savoir : avec son équipe, avec tous les élus de la majorité comme de la minorité qui le souhaiteraient, il comptait mettre en œuvre ce plan pour assurer un avenir à la langue bretonne, et au-delà à tout ce qui pouvait en dépendre sur le plan pédagogique, le plan social, le plan culturel, le plan économique, le plan même des relations internationales. Le CESR, pour sa part, en ce qu'il constitue un représentant privilégié de la société en Région Bretagne avait, à plusieurs reprises, soutenu ou appelé de ses vœux les initiatives incombant au pouvoir régional voire à l'Etat, de façon à enrayer le déclin de la langue. Aussi, si je passe sur un scepticisme que je ne comprends pas mais que je respecte, quelle ne fut pas ma déception de constater la disproportion, l'injustice jusqu’à la contre-vérité dont on a parfois tenté de faire usage dans l'étude de ce document. Ceci n'est pas un scoop, mais relève d'indispensables précisions au moment où un tout petit nombre de gens joue la désinformation, le fantasme, la peur de l'autre pour faire disparaître la diversité culturelle sous le rouleau compresseur d'une fausse modernité où l'homme, la femme, l'enfant ne connaîtraient plus de droits : pas plus tard que samedi dernier, il y a donc deux jours !, le Président Le Drian, en présence de cinq autres Conseillers régionaux : - a de nouveau insisté, sur la base de travaux sociolinguistiques récents et fiables, sur le fait que ceux qui auraient accès au breton de manière précoce seraient d'autant mieux armés pour le plurilinguisme qu'il s'agit d'instaurer en Bretagne, - a répété sa volonté d'appliquer un programme qui a reçu l'aval de 2 Bretons sur 3 - a confirmé que ce mardi, demain donc !, il devait rencontrer une nouvelle fois Patrick Maréschal, Président du Conseil Général de Loire-Atlantique pour la participation de cette collectivité à l'Ofis ar Brezhoneg/Office de la Langue Bretonne - participation dont le principe est acquis des deux côtés - a réitéré son souhait de voir voter à l'unanimité du Conseil Régional ce plan linguistique, comme ce fut le cas pour le vœu sur la réunification ; donc, pas plus que l'enseignement du breton et du gallo n'est dirigé contre la langue française, il ne serait une tentative de la majorité de Gauche de condamner au silence la minorité du Conseil Régional, minorité souvent si active, si positive en ce qui concerne la langue et la culture et dont le bilan est heureusement loin d'être négatif… - a exprimé clairement le souhait de la Région et de son Exécutif de "monter l'emploi en qualité" , grâce au secteur culturel, notamment l'édition et l'audiovisuel… (La Région Bretagne reste la première région française en nombre de labels discographiques, elle est présente au MIDEM et le Président Le Drian fera lui-même le déplacement pour ce rendez-vous important de la création bretonne avec le monde international du disque et de la musique).

Où donc est le repli sur soi ? De quel côté, serait-on tenté de le débusquer ? On nous parle beaucoup ces jours-ci, et singulièrement dans cette enceinte, de solidarité. Sil s'agit d'invoquer des alibis fiscaux pour demander à voir disparaître du présent texte la mention des cinq départements bretons, qui prétend détenir ce monopole de la solidarité ? Alors que dire de l'aide exceptionnelle votée par le Conseil régional début octobre pour venir en aide aux victimes haïtiennes de l'ouragan Jeanne ? Nos partenaires haïtiens - parmi lesquels je compte moi-même plusieurs amis - ne paient pas plus d'impôts en région Bretagne que les Bretons de Loire-Atlantique… Et pourtant, moi-même président de la Commission Relations Internationales et Interceltiques de l'Institut Culturel de Bretagne, co-organisateur du Colloque de Lannion qui, en 2001, prit pour thème "Bretagne aux dimensions du monde", je ne puis que saluer cet effort exemplaire de solidarité auquel nous avons tous participé. Incidemment, s'inspirant à la fois du poète breton d'origine marseillaise Saint-Pol Roux "Bretagne est univers", et du philosophe judéo-chrétien Jacques Maritain "Tout ce qui est humain est nôtre", cette Commission a d'ailleurs pris pour devise une phrase décalquée du poète cubain José Marti : Breizh 'zo Denelezh : Bretagne est humanité ! De la même façon qu'après l'attentat de Quévert, sur la responsabilité duquel nous ne sommes peut-être pas mieux informés aujourd'hui, le Conseil Culturel et l'Institut Culturel de Bretagne mettaient aussitôt en place une grande manifestation avec une seule banderole, un seul slogan : "La Bretagne, c'est la vie !". Les Bretonnes et les Bretons, le quart de la France Libre pour citer les paroles de De Gaulle, n'ont pas à rougir de leurs valeurs, de leur générosité, pas plus que de leur langue et de leur culture. Ils n'acceptent pas cette suspicion, cette volonté de les dominer en faisant peser sur eux une supposée culpabilité ou infériorité… Par ailleurs, n'a-t-on pas fait supprimer du pré-rapport l'adjectif "lucide" qui qualifiait l'analyse du Président du Conseil Régional alors que celui-ci s'appuyait sur des chiffres indéniables, au prétexte que cet adjectif aurait été trop louangeur ? Eh bien, je n'ai pas peur d'affirmer que nous sommes nombreux à faire confiance à des responsables politiques emprunts de lucidité, et par voie de conséquence, de courage. Mais nous serons d'autant plus vigilants sur les choix de ceux pour qui, tout en nous calomniant et nous accusant d'aventurisme, la lucidité ne constitue pas une vertu politique à rechercher chez un dirigeant…. Qu'en aurait pensé Emile Masson (1869-1923), militant libertaire, pacifiste, internationaliste et néanmoins défenseur et promoteur de la langue bretonne dans laquelle il écrivit plusieurs ouvrages. Celui à qui une récente exposition rendait hommage en l'appelant "Professeur de liberté" estimait en effet "qu'il est aussi criminel de laisser mourir une langue que de laisser mourir un être humain". ? A ce stade, je ne puis résister à l'envie de citer quelques phrases écrites par Morvan Lebesque il y a plus de trente ans : "La Bretagne, répétons-le inlassablement, n'est pas pour nous un bloc racial mais une conscience et une volonté. […] Des Bretons continueront à vire ailleurs qu'en Bretagne, et n'en seront pas moins bretons. Des non-Bretons vivront en Bretagne et parmi eux, comme aujourd'hui, il s'en trouvera de plus consciemment bretons que les Bretons eux-mêmes. Je souhaite en Bretagne beaucoup d'étrangers, pour employer un mot qui pour moi n'a pas de sens ; je souhaite des Juifs, des Arabes, des Noirs, et nous ne logerons pas, nous, les travailleurs immigrants dans des bidonvilles ; ma patrie qui a résisté à quatre siècles de colonialisme n'a pas peur de devenir une terre d'accueil, elle ne craint que la désertion. La libre disposition d’une culture n’implique pas l’emploi forcé de la langue mais un enrichissement spirituel qui peut aussi s’épanouir en français. A quoi se résume donc la revendication bretonnante ? A donner sa chance, rien que sa chance mais toute sa chance, à la version originale ; elle traduit un souci personnel de réflexion, d’appréhension plus subtile du réel, l’accord irrépressible d’une pensée et de son expression." Pour goûter tout le sel de ce titre "Comment peut-on être breton ?" –adroitement sous-titré « essai sur la démocratie française », je suggère de le comparer au texte un peu corrosif des Lettres Persanes de Montesquieu qui l'inspire en partie : "si quelqu'un par hasard apprenait que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : « Ah! ah! monsieur est Persan ! C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan ? »… Le sectarisme et l’exclusion ont-ils changé de procédés d’insinuation, voire de langage ? Mais trêve de raillerie. Il a également et très logiquement été beaucoup question de parité dans cet hémicycle dans les semaines qui ont précédé cette séance. La place de la femme en Bretagne a d'ailleurs toujours joui d'une considération particulière. Il n'est donc pas étonnant de trouver des femmes, non seulement parmi nos souverains passés, mais encore parmi nos artistes et notamment parmi nos poètes. En attendant de pouvoir développer, peut-être une fois prochaine, les réussites transculturelles de chanteuses telles que Marthe Vassalo, ou Nolwenn Corbel, c'est à Anjela Duval, poétesse paysanne trégorroise que je souhaiterais donner maintenant la parole : il ne s'agit pas d'un dernier mot ! En effet, par delà Anjela, grâce à elle, c'est toute une génération de jeunes enfants et d'adolescents qui apprennent à dire le monde, qui apprennent à se dire avec les mots de "chez nous", ces mots dont voudrez bien, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs et Cher(e)s Collègues, qu'ils ne sombrent pas pour toujours dans l'oubli.

Au soldat français né en Bretagne, fusillé comme espion parce qu’il ne savait pas répondre oui en français, à toutes celles et à tous ceux qui ont dû supporter l’infamie du « symbole », à tous ceux qui enfin enseignent, à tous ceux qui apprennent aujourd’hui le breton ou le gallo, depuis la maternelle aux cours du soir pour adultes, je dédis ces vers :

Din-me paourentez ha dispriz. Met 'drokfen ket evit teñzorioù Va Bro, va Yezh ha va Frankiz.

A moi, mépris et humble vie. Mais je n'échangerais contre nul trésor Mon pays, ma langue et ma liberté

Trugarez d'an holl !

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