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Il manque deux gars sur l'île de Groix
Deux jeunes gens se sont noyés il y a une semaine sur l'île de Groix. Leur disparition est vécue comme un cataclysme sur "le caillou". Seuls face à leur douleur les familles ont fait appel dimanche à des bénévoles pour qu'ils les aident à fouiller les côtes. les recherches n'ont rien
Sylvestre Naour pour ABP le 8/01/07 16:42

«Tu sautes et je te prends en photo ». Théo a plongé. Eric sent qu'il est mal pris. Il lui hurle des conseils, puis enlève ses chaussures et son blouson et plonge à son secours. Pendant quelques secondes il maintient son ami par le cou, la tête hors e l'eau, lutte contre le courant. PuisThéo lui échappe, il plonge encore à plusieurs reprises, puis disparaît à son tour.. Les deux jeunes gens sont morts noyés sur l'île de Groix (56) dans l'après-midi du premier janvier aux termes d'un pari stupide. Ils voulaient sans doute imiter ces « frigo dèmes » vus à la télé, ces gens qui à Quiberon ou Concarneau fêtent l'année neuve en se baignant Des recherches ont encore été entreprises dimanche dernier pour tenter de retrouver les corps. En vain. Théo Guillemotto allait fêter ses 21 ans le 24 janvier prochain,. Eric Stéphant était son aîné d'un mois, il avait fêté son anniversaire le 27 décembre 2.006. La disparition des deux jeunes gens, inséparables, a plongé les groisillons dans un état de sidération funeste.

« C'est un véritable cataclysme » , nous explique le maire, Eric Regenermel qui vient, courageusement d'évoquer le drame devant 200 îliens réunis à la salle des fêtes pour la traditionnelle cérémonie de vœux, ce samedi matin. « Ces jeunes gens ont disparu dans les flots pour s'imposer dans nos esprits et dans nos cauchemars. Pourquoi? »

L'édile, qui est aussi l'un des trois médecins de Groix, se livrera alors pendant près d'une heure à une analyse clinique des maux qui rongent, selon lui la population de son île: il parle de l'oisiveté, le désoeuvrement, la perte de repères des jeunes dont certains fument et boivent dans les rues dès 12 ans, des ados qui noient leur malvie dans l'alcool. « Il leur faut « se mettre minable » , dans une compétition insensée; à celui qui boira le plus, les alcools les plus forts , les mélanges les plus toxiques. Voilà comment les jours de fête deviennent des jours de deuil ». « Eric et Théo étaient sans doute deux ados attardés, mais deux gamins attachants nous confie encore le maire. Tous deux avaient fréquenté nos chantiers d'insertion. Théo venait d'ailleurs de trouver un job dans la restauration ».

Théo avait la réputation d'être un très bon nageur, un bon plongeur. Avec ses potes il sautait régulièrement du « bâton » durant les beaux jours. Mais cette fois, il n'avait aucune chance : un corps fatigué au terme d'une nuit blanche, des vents de nord ouest, une mer déchaînée, les vagues fouettaient le haut de la jetée . Des touristes témoins de la scène alertent le voisinage, il faudra retenir une amie des disparus pour qu'elle ne les rejoigne dans l'eau..

Cette roche mafflue, haute de huit mètres environ, ferme une petite crique planquée à l'ouest de port Tudy, juste derrière la jetée. Autrefois un poteau y était planté, ce « bâton« < servait d'amer à certains pêcheurs. On y accède par un petit escalier de pierre caché dans un angle du quai juste au pignon de « ty canot » la demeure de Magdeleine Roche, 96 ans, qui a fait son gîte dans l'ancien abri du canot de sauvetage. Derrière ses volets verts elle s'agite comme une puce et note tout sur ses carnets. « Vous comprenez, je suis très bavarde, alors on me raconte toutes les petites histoires de l'île ». « 2 morts à la côte Héno» a simplement noté notre scribe à la date du 2 janvier 2.007. C'est ainsi que l'on nomme ce promontoire où l'on grimpe pour accéder à la roche.

« J'ai effectivement vu ce lundi un groupe de jeunes. Ils sont montés, puis redescendus. Ils avaient une pancarte avec eux. Un panneau propriété privée, en émail bleu et blanc. Ils rigolaient, s'amusaient. Puis ils sont remontés.. » La vieille dame ne découvre que le lendemain le drame qui s'est noué dans son dos. « Avant j'avais des pattes de chèvre, mais je ne suis plus montée là haut depuis un an » raconte Magd. « J'ai commencé à plonger du rocher il ya 60 ans, avec Sultan, le chien du père Boterf, qui est maintenant décédé ». Magd a bien sûr son idée sur la cause de toute cette misère. « Dans le temps ils se mariaient entre eux, la consanguinité, ça laisse des traces. Voyez ma femme de ménage, elle a 45 ans, mais ne connaît pas le nom du président de la République, et elle croit que Charlemagne c'est un groupe de musique. Quand je lui dis d'apprendre, elle me dit que cela ne sert à rien, puisqu'elle va mourir ».

« Il manque deux gars sur le caillou », ce message venu de Bruxelles est répercuté , comme des dizaines d'autres, sur le site de Groix Infos, l'agence animée par Anita Ménard, 70 ans, infirmière en retraite. Le site s'ouvre sur un bandeau noir, les messages mêlent condoléances poèmes et commentaires. Anita y a gommé cependant toutes les allusions trop cruelles sur un présumé délabrement mental d'une partie de la population. « Mais je lui avais dit au maire qu'il nous fallait un éducateur spécialisé pour les gamins de 10 12 ans. Après c'est trop tard » ajoute encore l'ancienne infirmière psy. « C'est sûr, pendant trois mois on va avoir des jours très sombres, le pire c'est que dans la tristesse les jeunes boivent encore plus »

Dimanche dernier des dizaines de bénévoles ont répondu à l'appel de Cyril, le frère aîné d'Eric. Sur l'eau en canot, sur les rochers, tous ont en vain scruté la mer. Les anciens l'affirment, il faut au moins neuf jours pour qu'un corps remonte à la surface. La dépouille du jeune pêcheur disparu alors qu'il relevat ses casiers dans les Courreaux il y a tout juste un an avait été retrouvée un mois plus tard dans le secteur de Quiberon. Le corps du père de Théo qui s'était précipité dans les flots avec son 4x4 en décembre 2.003, n'a jamais été retrouvé.

« Le pire commente le serveur du café « Bleimor» ( les loups de mer en breton), c'est que Théo commençait tout juste à pouvoir parler du départ de son père. Ce café était l'un des repères préféré de la bande de Théo et Eric. Sophie, la patronne savait apparemment trouver les mots juste pour accompagner leur blues particulier.

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