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Hopala! n° 40

Sommaire de Hopala! (porte parole luc lefranc) publié le 28/09/12 14:39

Le dernier numéro de la revue «Hopala!La Bretagne au monde» est paru. A l'honneur cette fois: la musique et la bande dessinée. Présenté par Jean Cloarec, le dossier consacré à la musique doit se poursuivre dans le prochain numéro par une réflexion sur la danse en Bretagne. «Hopala!» donne la parole à René Abjean, musicologue célèbre dont le travail, notamment dans le domaine de l'art choral, est de ceux qui contribuent à étoffer magistralement le patrimoine breton. On lira de lui deux articles fort riches: «Bretagne est musique» retrace l'historique de la musique bretonne depuis le «revival» des années 70 et s'interroge sur ce qui fait la spécificité de cet art, vitrine la plus connue de notre culture. «L'art choral en Bretagne» évoque l'originalité d'une forme d'expression dont les premières manifestations remontent au XIVème siècle.

Ronan Gouézec interviewe une jeune harpiste au talent prometteur, Léna Lozano. Elle évoque aussi bien son parcours personnel, ses influences, que des domaines plus surprenants, comme l'usage de la harpe dans le jazz, où on ne s'attend guère à la rencontrer en général. Elle dénonce aussi le cliché selon lequel la harpe serait un instrument typiquement féminin. Cet entretien dresse le portrait d'une personnalité attachante et qui connaît déjà fort bien son domaine d'expression. Sabine Clément évoque, quant à elle, le parcours original d'un passeur: Pier Scouarnec, qui dirige l'harmonie municipale de Scaër, et s'inspire de multiples influences allant des groupes rock des années 70 au jazz. Son expérience de l'ensemble «Pro-fusion» est de celles qui dynamisent un terroir et un répertoire.

«Hopala!» consacre, on le sait, un dossier à un artiste invité, dont la revue reproduit certaines œuvres en pages de couverture et dans un cahier central. La revue innove en accueillant pour la première fois un auteur de bandes dessinées, en l'occurrence le rennais Emmanuel Reuzé. L'initiative est d'autant plus intéressante que la BD est encore souvent considérée avec dédain ou indifférence par les critiques d'art, les galeristes, voire les artistes «classiques» ou professeurs d'arts plastiques, dont l'ignorance en la matière est souvent pharaonique. Figure atypique du 9ème art, Reuzé est un dessinateur protéiforme, qui excelle dans de multiples domaines, comme en témoignent les échantillons offerts dans ce numéro. Il pratique aussi bien le roman noir graphique, la BD comique à la Gotlib («La vraie vie de Didier Super»), le dessin humoristique au pastel et au fusain («Mr et Mme»), les lavis dignes des dessins de Victor Hugo («La Vie de Jésus»), la parodie des strips de série Z («Les Amoureux»)ou les délires d'architecte visionnaire («Élévation de Vitré» en couverture). Il évolue aussi dans la BD narrative plus classique. Sa biographie de la chanteuse et trompettiste Valaida Snow, scénarisée par Maël Rannou, est finement analysée par Sabine Clément. Reuzé doit surtout sa réputation aux adaptations de romans de Didier Daeninckx: «Cannibale» et «Le retour d'Ataï». Le premier évoque le triste sort des Kanak exposés dans des cages, lors de l'exposition universelle en 1931. Le second raconte l'histoire d'un Kanak soucieux de retrouver les restes de ses ancêtres éparpillées dans les musées ou laboratoires, en Europe. C'est l'occasion d'interviewer aussi Didier Daeninckx, qui livre en des propos saisissants ce qui a motivé son parcours d'écrivain engagé au service de toutes les victimes d'exactions qu'a connues l'Histoire récente: Algériens massacrés en octobre 1961, résistants condamnés après-guerre par des juges maréchalistes, victimes du génocide bosniaque... Daeninckx, ce qui va en étonner beaucoup, connaît aussi parfaitement l'histoire du mouvement breton. «La Complainte oubliée» est une variation étonnante sur l'histoire du thonier Gwalarn, dont l'équipage tenta, en 1940, de faire passer des armes destinées aux nationalistes bretons.

La partie «littérature» de la revue comprend deux hommages à Armand Robin dus à Claire Fourier et à Jean Kergrist, qui a rencontré le poète maudit jadis, quand il était élève à Campostal. Alain Kervern, qui a longtemps animé dans «Hopala!» une rubrique consacrée au haïku, évoque dans un article dense et clair les «variations sur un thème saisonnier» propres à ce genre poétique. Jean-Louis Coatrieux consacre des poèmes émus à la mémoire de Danielle Collobert, douloureusement disparue après une existence et une œuvre hors-normes. Jean Cloarec nous livre des poèmes contemplatifs et d'une troublante sérénité.

«Hopala» aime révéler des talents: Jean-Michel Maubert, publié depuis chez Minuit, confie à Alain-Gabriel Monot où il puise son inspiration. Un nouvel auteur, Jacques Vincent, publie ici une nouvelle poétique très prenante intitulée avec humour «Littérature de gare». Ronan Gouézec poursuit son panorama des romanciers nord-américains avec un portrait tout en nuances de Tony Hillerman, dont l'originalité est d'écrire des romans policiers situés dans l'univers amérindien. Les bretonnants liront avec jubilation la suite du roman de Paol Ar Meur. Dues à A.-G. Monot, Pierre Tanguy, Eve Lerner et Gérard Prémel, les recensions et informations culturelles reflètent, comme d'habitude, l'actualité culturelle des expos, festivals et publications en Bretagne.

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