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Pascal Lamour : Voyage en « Chamanie celtique »
Depuis plus de vingt ans Pascal Lamour occupe une place bien à part dans le paysage musical breton. Fils de paysan, pharmacien et musicien traditionnel, il fit figure de précurseur en Bretagne en s’initiant très tôt à la pratique des musiques électroniques. Toujours en avance d’un son et d’une inspiration, ses compositions hypnotiques sur fond de psalmodies armoricaines défrichent les contours méconnus des musiques de Bretagne et du monde
Ronan Le Flécher pour ABP le 30/06/06 16:16

Depuis plus de vingt ans Pascal Lamour occupe une place bien à part dans le paysage musical breton. Fils de paysan, pharmacien et musicien traditionnel, il fit figure de précurseur en Bretagne en s’initiant très tôt à la pratique des musiques électroniques. Toujours en avance d’un son et d’une inspiration, ses compositions hypnotiques sur fond de psalmodies armoricaines défrichent les contours méconnus des musiques de Bretagne et du monde. Après les concerts de la Saint-Patrick à Paris Bercy et de Celtica à Nantes, « l’électro shaman breton » sera le 30 juillet prochain à l’affiche du 36e Festival Interceltique de Lorient.

Installé en plein cœur du pays vannetais, Pascal Lamour aime recevoir ses invités dans la maison qui l’a vu naître. Dans cette vieille ferme entièrement rénovée de bois et de verre, un lichen, léger et moussu court par endroits le long des murs de pierre. Simple et accueillant, l’ex-pharmacien devenu musicien professionnel en 2001, ne résiste pas bien longtemps à l’envie de me faire découvrir sa tanière, une forge attenant au bâtiment principal réaménagée en studio d’enregistrement. C’est ici, au milieu des machines sophistiquées et des instruments traditionnels qu’il a dernièrement écrit l’une des plus belles pages de sa Bretagne intérieure en composant les variations synthétiques de son dernier album, Yer’mat (santé ! en breton, de Yec'hed mat : à votre (bonne) santé !)).

«Je conçois seul l’intégralité de ma musique et de mes instruments excepté ce qui est réalisé avec les invités. Quand je travaille avec le bagad de Locoal Mendon, j’enregistre d’abord les morceaux avec mon biniou et ma bombarde pour être sûr que cela fonctionne. Cela me permet d’être indépendant et de réaliser les choses à mon rythme » explique l’artiste multi-instrumentiste.

Musicien, sorcier, guérisseur ? Pascal Lamour est un peu les trois à la fois, quitte à prendre, le temps d’un concert, les accents surnaturels et pénétrants d’un chamane des temps modernes. « Contrairement à ce qui s’est passé en Bretagne, le chamane centralisait dans les sociétés sibériennes et amérindiennes toutes les fonctions à la fois. Chez nous, certaines personnes pouvaient être guérisseur, juriste, sage ou devin. Les chamanes sont les garants de l’esprit d’une société et de ses ancêtres. C’est en cela qu’ils se rapprochent de nos druides ».


Rite initiatique

La musique ethnique et « chamanique » de Pascal Lamour touche à l’essentiel parce qu’elle se veut intensément bretonne et universelle. A l’écoute de ses 13 plages oniriques, l’auteur, compositeur et interprète nous emmène tel un rite de passage initiatique sur les versants escarpés de l’esprit des lieux et de la mémoire des hommes. « Je m’intéresse uniquement aux musiques du monde dans leur contexte symbolique » explique-t-il. Inclassable et intemporel le concept de l’album Yer’mat est aussi né de la collaboration avec un grand découvreur de talents, Gilles Lozac’hmeur, dont le label (L’Oz Production) produit et diffuse de nombreux artistes bretons (Didier Squiban, Yann-Fañch Kemener, Ronan Le Bars, Manu Lann Huel, Patrick Molard ou Melaine Favennec).

Le livret de l’album qui contient une vingtaine d’œuvres des peintres du Hangar’t fait tout autant écho aux origines rurales du musicien vannetais qu’à ses inspirations éminemment urbaines. Lancé en 1992 à Nizon (29) par le journaliste et photographe Yves Quentel, le mouvement du Hangar’t s’inspire largement de la technique du peintre américain Andy Warhol. Il décline un pop’art à la bretonne, basé sur la mémoire et la création collective, à une époque où la mondialisation sauvage menace et bouleverse en profondeur les modes de vie et de pensée. « L’idée était de rassembler autour de ce disque un certain nombre de personnalités. C’est ainsi que l’on retrouve les chanteurs et les musiciens qui m’accompagnent, Abdoul Kamal, André Le Meut, Mourad Aït Abdelmalek, Gwladys Le Cuff, Ffran May, mais aussi grâce à la magie de la technique, la voix de la regrettée Marie Morin ou les pensées en filigrane de Yann Ber Calloc’h, Huxley, Nietzsche, ou Jim Morrison » explique Pascal Lamour.


Portes de la perception

Parmi les nombreuses références de cet album extrêmement riche, il faut citer également la présence de John Dee et Lovecraft, deux grands auteurs de la littérature occulte, dont les noms apparaissent comme de mystérieux présages en préambule des titres « Brand New Biniou » ou « En Orieu ». Mathématicien, linguiste, géographe, astronome, John Dee est un auteur d’origine galloise du 16e siècle. L’homme qui croyait avoir trouvé un moyen de communiquer avec les anges s’est lancé dans l’écriture d’un livre codifié dont l’alphabet savant et énigmatique - l’Enochien – n’a jusqu’à présent jamais été élucidé. Reprenant les thèses de John Dee, l’américain Howard Phillips Lovecraft a quant à lui publié au 20e siècle un livre tout aussi étrange et tourmenté intitulé « Autour du Nécronomicon ». « J’ai voulu évoquer l’œuvre de ces deux auteurs anglo-saxons car il y a plein de gens en Bretagne qui n’arrivent plus à déchiffrer leur propre langue. Je suis souvent consterné de voir que notre société a la possibilité d’être bilingue et qu’elle n’en profite malheureusement pas ». Empruntant sur le titre « Kornig en Dioul » à William Burroughs la méthode du « cut up », notre mage morbihannais collecte, découpe, malaxe et déforme la langue bretonne pour en accentuer la rythmique et en faire ressurgir toute la matière musicale.

Fils d’agriculteurs, rien ne prédisposait Pascal Lamour aux incantations rituelles des musiques du monde. Musicien traditionnel, il commence à sonner vers l’âge de 7, 8 ans. Très vite, il se trouve un compère, Charles Bertho, avec lequel il écume les mariages et les festoù noz de la région vannetaise, raflant au passage de nombreux prix en Bretagne, comme au Festival de la Saint-Loup à Guingamp ou au Championnat des sonneurs de couple de Gourin.


Cure de mouvance

Les deux jeunes pousses (diwan en breton) s’inscrivent bientôt au cercle celtique d’Elven où ils approfondissent, en pleine période de renouveau culturel breton, leur connaissance des danses traditionnelles. « C’est à cette époque que je me suis mis à écrire “A Greiz Kalon”, un instrumental repris par le bagad de Locoal Mendon sur mon dernier album. En 1978, je l’avais notamment joué sous le nom de “Dilost han” pour les concours de sonneurs de Pluvigner et de Gourin ». Enraciné et éclectique — « il n’y avait pas un repas de famille sans que ma mère ne termine son carnet de chant » — Pascal Lamour décide de parfaire sa formation musicale en suivant des cours de saxophone au conservatoire.

Étudiant à la faculté de pharmacie de Rennes où il obtiendra sa thèse sur les plantes médicinales en Bretagne, Pascal Lamour délaisse le biniou pour la guitare et joue dans des groupes de funk, jazz ou reggae. Nous sommes en pleine période New Wave. Le jeune Breton découvre avec émerveillement les premières boîtes à rythmes des Complot Brunswick ou End of Data. C’est à cette époque qu’il rencontre Éric Trochu l’ami de toujours qui le rejoindra plus tard sur Arkan et qui s’est occupé du mixage de Yer’mat. « Au début des années 80, je choisissais mes officines en fonction du fait qu’elles disposent ou non d’un ordinateur. Très vite, je me suis rendu compte qu’il était possible de faire de la musique avec des ordinateurs assez simples de type Atari. Cela m’a permis de travailler avec les premiers séquenceurs. Il suffisait de mettre un logiciel, une disquette et le tour était joué ! »


Bretagne inconnue

De ces expérimentations audacieuses et régénératrices sortiront deux premiers disques Lamour en 1988, un 45 tours deux titres sur des textes de Youenn Gwernig et Continentales en 1995 (aujourd’hui épuisé), qui s’imposera comme le premier disque de machines en Bretagne avec des textes en breton. « A la fin des années 80, j’étais allé déposer mon premier disque aux Transmusicales de Rennes. Mon entourage me disait : tu es fou, des chants en breton cela ne passera jamais. Il faudra attendre près de dix ans pour que Denez Prigent réalise la synthèse entre le chant breton et les musiques électroniques » poursuit l’alchimiste des nappes synthétiques.

Avec le temps et l’expérience, Pascal Lamour a définitivement acquis la liberté d’être enfin lui-même. Il ne se considère plus seulement comme un musicien, mais plutôt comme un passeur d’histoires en proie aux allégories de ses mondes imaginaires peuplés de sonorités korriganes et de lointaines mélopées orientales. « J’essaye d’apporter aux gens une Bretagne inconnue » rappelle-t-il simplement. C’est en cela que la musique monde et cyclique de Pascal Lamour nous aide à remonter le fil de nos origines tout en nous projetant avec passion et vivacité dans le syncrétisme de nos réalités contemporaines.


David Raynal

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Lire aussi : (voir le site)

Pour en savoir plus : Yer’mat , L’OZ Production Précédent album Shamans of Brittany (BNC Productions/Harmonia Mundi (toujours disponibles dans les bacs)

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