Little Britain. Où se trouvent les réseaux bretons et régionalistes à Londres ?
Chronique de Bretons de Londres

Publié le 27/09/22 14:01 -- mis à jour le 27/09/22 15:59
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Terre d’accueil d’identités régionales conquérantes, Londres bouillonne de nombreux clubs, associations, points de rencontres témoins de la vitalité des appartenances régionales dont se nourrissent la France et l’Europe pour construire leur propre identité. Chaque année, les Corses de Londres célèbrent la mémoire de l’amiral et philosophe corse des Lumières, Pasquale Paoli, à l’abbaye de Westminster, où un buste lui est consacré. « Alsatia », dans le quartier de Farringdon, célèbre et redoutée au XVIIème siècle, rappelle le repaire des exilés Alsaciens, passés de l’Est vers l’Ouest, pendant la Guerre de Trente Ans et les désordres engendrées par les traités de Westphalie.

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Récemment, une pétition circulait auprès de Sadiq Khan, maire de Londres, pour ériger un monument breton en faveur de La Bourdonnais, célèbre joueur breton d’échecs qui mit sur la place publique ce jeu oriental né aux Indes, lors d’un match contre Alexander McDonnell, quelques années avant l’Exposition universelle de Londres de 1851, organisatrice du premier tournoi international de ce genre. L’intellectuel, issu d’une grande lignée bretonne, lança la première revue franco-britannique d’échecs : Le Palamède, en référence à ce héros grec insurgé, repris dans la légende arthurienne, dénonçant la guerre longue et coûteuse faite par La Grèce aux Troyens.

Gascons, Auvergnats, Alsaciens, Corses et Bretons : les cinq identités régionales encore très présentes à Londres

Les premiers émigrés gascons fuyant à la reconquête française de 1453 ont rejoint les rives des ports anglais, de l’autre côté de la Manche. Certains ont pu bénéficier d’aides sous la forme de dons en argent : pensions sur la recette de l’Echiquier, sur les coutumes des ports (Londres, Bristol, Southampton, Boston, Ipswich), sur les revenus du subside et de l’aunage des draps dans la cité de Londres. Cet âge d’or gascon rayonne encore dans les rues de la City, où il est possible de profiter certains établissements comme le comptoir gascon ou le club gascon.

Avec un site en reconstruction : www.auvergnats.co.uk , les auvergnats du Royaume-Uni ont aussi leur adresse dans la capitale britannique. Des événements sportifs et culturels fédèrent cette communauté régionale. Les auvergnats ont aussi formé des diasporas historiques en Espagne, et plus particulièrement en Castille, où nombre d'auvergnats se rendirent au XIXe siècle. Elles existent aussi aux Amériques, avec pour exemple le Canada avec les auvergnats du Saskatchewan mais aussi l'Argentine, et même les États-Unis comme en témoignent nombre de patronymes arrivés via Ellis Island.

L’association des Alsaciens en Grande-Bretagne a été fondée en 1999. A Londres, elle mobilise plus de 300 membres. Son ancrage est ancien et jouit d’une notoriété historique liée au commerce des maisons de sel dans lequel les alsaciens étaient très actifs sur la Tamise. Son président fondateur Jean-Michel Ditner a entrepris une carrière internationale dans le transport aérien au sein d’UTA, puis d’Air France, avant que la SNCF ne lui confie, à Londres, la responsabilité du lancement d’Eurostar. Au début des années 2000, il lance sa propre société, Investment Direct Limited, destinée à favoriser l’investissement de sociétés britanniques vers les régions françaises, après avoir créé l’Agence de développement de l’Alsace à Londres, en 1998. A l’inverse, pour aider au développement des entreprises au Royaume-Uni, Jean-Michel Ditner était un dynamique Conseiller du commerce extérieur de la France. Alsacien dans l’âme, il avait fondé L’Association des Alsaciens de Grande-Bretagne. Il aimait profiter de la Saint Nicolas pour réunir sa communauté autour d’un vin chaud ou d’un Pinot noir, en dégustant une tourte alsacienne. Il a toujours cultivé un vibrant esprit associatif, notamment au sein de la Fédération des associations françaises de Grande-Bretagne, dont il a assuré la présidence de 1999 à 2002.

Les Corses de Londres composent un regroupement historique de la présence des identités régionales à Londres. Chaque année, les corses de Londres commémorent la mémoire de l'amiral et philosophe corse Pasquale Paoli à l'abbaye de Westminster, où un buste lui est consacré. Cinq villes des États-Unis portent également le nom de ce héros qui a fait de la Corse un État constitutionnellement indépendant en 1755. Les britanniques ont beaucoup d'estime pour cet exilé corse reconnu dans le monde intellectuel anglo-saxon, en rupture avec son contemporain qui défia l'amiral Nelson et envisageait déjà à 23 ans de repousser la présence britannique dans le golfe d'Ajaccio et son accès stratégique au port de Toulon : Napoléon Bonaparte...

Les Bretons, quant à eux, ont bénéficié d’une amicale bretonne historique : les « Breizhous » aujourd’hui mise en sommeil. Ce réseau a été relancé en 2017 via l’Association des cadres bretons et sa commission de prospective Kavadenn (qui signifie « découvertes »). L’un des projets envisagés pour rendre la présence bretonne plus visible à Londres visait à mettre en valeur une figure bretonne à travers une statue. Des recherches ont rapidement identifié le célèbre maître d'échecs La Bourdonnais qui repose à Kensal Green Cimetery, aux côtés de John McDouall Stuart, explorateur de l'Australie.

Précurseur de la première revue franco-britannique d'échecs, Le Palamède, son intuition lui permit d'anticiper le formidable essor qu'allait connaître le jeu d'échecs en Europe, grâce à un célèbre match qui l'opposa avec le londonien Alexander McDonnell en 1834. Quinze ans plus tard, le premier tournoi international eut lieu à Londres, en marge de l'Exposition universelle de 1851.

La Bourdonnais a aussi vulgarisé et publié les mémoires de sa famille mandatée par la Compagnie des Indes, et de son grand-père, gouverneur de l'Ile Maurice, trait d'union des cultures en temps de paix dans l'Océan indien entre France et Angleterre, à la croisée de l'Inde langoureuse et de l'Afrique nonchalante. Bref, un tel symbole pourrait habilement être déployée au carrefour d'un emplacement stratégique en plein cœur de Londres, devant le siège de Google par exemple où la communauté indienne de la Tech et de la Finance est très présente.

Un clin d'œil pour rappeler la place de la Bretagne dans le monde en plein tourmente du Brexit. Lieu de croisement entre le monde culturel et la haute technologie, la Manche (en breton Mer de Bretagne) est un hub naturel de créativité et d’innovation. Notre péninsule lie l’Europe et le reste du monde, flirte avec le neuf et l’ancien, joue à confondre langues, cultures et horizons nouveaux.


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Originaire de la cité corsaire de Saint-Malo sur la côte d’Émeraude, Kevin Lognoné est un analyste en capacités partenariales, managériales et d'innovation. Français du sixième département breton (diaspora), il a réalisé plusieurs tours du monde et publie régulièrement des carnets de voyages qui participent au renouvellement du champ des « borders studies ».
Vos 5 commentaires
  Penn Kaled
  le Mercredi 28 septembre 2022 11:49
Merci pour vos interventions ,je me suis souvent exprimé à ce sujet sur ce site Cependant vous ne devriez pas mettre les relations entre la petite et la grande Bretagne au même niveau que la Gascogne et l'Auvergne ,en effet nos relations ont été historiquement d'une dimension bien plus importante ,vu que l'Angleterre a été garante de l'indépendance bretonne jusqu'à l'annexion Justement si .l'interceltisme qui a été une excellente initiative sur le plan culturel ,cependant il a contribué à ce que la Bretagne s'éloigne de son soutien et partenaire naturel ancestral ,l'Angleterre ,à cause notamment de la question irlandaise Aujourd'hui l'Angleterre est le pays d'Europe le moins intolérant vis à vis des revendications des minorités nationales en Europe (contrairement au référendum catalan ,l'écossais n'a pas posé de problèmes ) .Elle mériterait d'être invité au festival interceltique . .De toute façon le brexit rend aussi plus compliqué les relations avec les autres pays celtiques dépendant du royaume uni La Bretagne ne doit pas regarder uniquement vers sa façade continentale mais vers l'espace maritime dans le cadre de l'arc atlantique ,en retrouvant ses relations économiques et autres avec l'ensemble des iles britanniques dont l'Angleterre ,les Bretons doivent y retrouver leur place ...le moment est propice au vu des tumultes que traverse la Grande Bretagne C'est le repositionnement des curseurs géopolitiques qui ont la capacité d'inverser la tendance actuelle vu que la Bretagne est politiquement menacée de disparition risquant d'être noyée dans un artificiel grand ouest . Si les faits historiques ne se reproduisent quasiment jamais , les mêmes causes produisent les mêmes effets ,et à chaque fois que la Bretagne s'est tournée vers la mer elle s'est enrichie Dans ces temps de dérèglement climatique l'heure sera de moins moins aux transports maritimes et aériens lointain ,mais aux échanges de proximité ,nos économies sont complémentaires du fait de l'importante dépendance alimentaire du Royaume Uni ,la Bretagne peut partiellement y répondre bien entendu ce n'est pas le seul domaine
Vous pouvez être le fer de lance dans l'établissement de relations officielles politiques ,économiques culturelles entre l'Angleterre et la Bretagne ,je vous suggère de prendre contact avec le conseil régional de Bretagne ,les acteurs économiques par exemple produit en Bretagne et également les organisations défendant la langue et la culture bretonne
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  Pierre Robes
  le Vendredi 30 septembre 2022 20:41
Un Breton important , René Jean De Botherel, procureur-general-syndic des États de Bretagne, qui s'était opposé à l'annexion de son pays par la France le en février 1790. S'est exilé à Southampton, et leriterait bien plus une statue qu un joueur d'échec, car il jouait sa tête...
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  Pcosquer
  le Vendredi 30 septembre 2022 23:12
@penn Kaled
Si j'étais à votre place,j'irais d'abord avec mon sac sur le dos questionner les Gallois de souche sur cette question. L'Angleterre est un pays colonisateur et je doute fort que les Gallois l'aient oublié.
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  Penn Kaled
  le Samedi 1 octobre 2022 09:30
Pcosquer
Si j'étais à votre place j'irai questionner les irlandais qui ont subit une colonisation bien pire que les gallois de la part des gouvernements anglais d'autant que les terribles séquelles sont encore assez récentes. . Malgré ces faits , surtout avant le brexit l'Irlande entretenait d'excellentes relations avec l'Angleterre ,il y a même un conseil anglo irlandais .Seulement je ferais mieux de me taire étant donné les à priori que vous avez vis à vis de l'Angleterre .Maintenant cela ne m'empêche pas de ne pas apprécier l'ultra libéralisme anglo saxon .Cependant si une entité bretonne indépendante se devrait de ne pas avoir de relations avec des pays du monde aux vu de leurs antécédents ,de leur systèmes politique ,il n'en resterait pas beaucoup ...
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  Pcosquer
  le Samedi 1 octobre 2022 20:22
Vous êtes systématiquement engagé dans une relation avec les Anglais... moi je n'y crois pas, en revanche les pays celtiques oui, la mentalité de fond est différente compte tenu du colonialisme justement. Les uns et les autres n'étaient pas du même côté de la barrière ... je vous conseille aussi d'attendre que soit éclairicies les circonstances de la guerre en Ukraine. Quand aux Irlandais ils me semblent bien trop proches du monde américain. Là aussi il y aura des surprises...C'est mon opinion. Gwelet'vo!
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