L'écotaxe en 12 points

Publié le 31/08/13 15:31, dans Chronique par Jean-Pierre Le Mat pour ABP

Voici, en 12 points, les éléments nécessaires pour comprendre l'écotaxe et ses conséquences.

1 – L'écotaxe est annoncée pour favoriser le ferroutage et le transport fluvial (mais pas le transport maritime). Aucune infrastructure rail-route n'a été mise en place par les services publics en Bretagne. La seule compagnie ferroviaire à avoir mis en place le ferroutage en Bretagne est Combiwest, par sa plateforme de Morlaix. L'installation de Combiwest a été combattue par la SNCF, afin de conserver son monopole et non pas d'apporter un meilleur service au public. Les procédés employés par la SNCF n'ont guère été loyaux : décrochage de wagons en gare de Rennes ; achat de sillons de blocage, procès à RFF.

2 - La gestion du télépéage a été confiée à Ecomouv, une entreprise détenue à 70% par une entreprise italienne, Autostrade per l'italia. Sur 1,2 milliards d'euros qui devraient être prélevés, 780 millions (65%) reviendra à l'Etat. Ecomouv conservera 230 millions (hors TVA) pour la maintenance de ses infrastructures. La part de l'Etat sera affectée à un établissement public, l'Agence de Financement des Infrastructures de Transport de France. L'agence est présidée par Philippe Duron, député-maire de Caen, qui vient de proposer par ailleurs au gouvernement (rapport Duron) le report entre 2030 et 2050 de la prolongation de la ligne à grande vitesse vers Brest et Quimper. Contrairement au Grand Paris, l'infrastructure des voies de communication en Bretagne ne fait pas partie des priorités françaises.

3 - L'écotaxe prélevée sur les voies secondaires (160 millions d'euros prévus par an) devrait revenir aux collectivités chargées de les entretenir. Dans ce cas-là, la finalité affichée par l'écotaxe n'a rien d'écologique : c'est un télépéage pur et simple. En leur donnant de l'argent prélevé sur leurs propres concitoyens, ce qui ne lui coûte pas cher, l'Etat achète la complicité des collectivités territoriales au détriment de leurs administrés.

4 – Les collectivités territoriales n'ont aucun moyen de mettre en place, sur le territoire où l'écotaxe est prélevée, une alternative au transport routier. Tout se décide au niveau central. Contrairement au transport fluvial, qui concerne le Grand Paris, le transport maritime, qui concerne la Bretagne, n'est pas considéré comme une alternative.

5 – En plus du péage, les coûts supplémentaires liés à l'écotaxe se cumulent : Paiement d'une caution pour le prêt d'un boitier, installation de boitiers dans tous les véhicules, immobilisation du camion si le boitier ne fonctionne pas, coût kilométrique, amendes, sanctions pénales ou administratives. Le coût cumulé des nouveaux péages avoisine, dans certains cas, la marge de l'entreprise. L'écotaxe produira du chômage.

6 - En cas de panne, perte ou vol d'un équipement embarqué, la procédure est tellement onéreuse, longue et compliquée que le moindre incident sera catastrophique pour les transports d'animaux vivants et de produits frais, vitaux pour la Bretagne. L'écotaxe produira du gaspillage.

7 – Tous les transporteurs revoient actuellement leurs tournées en utilisant des logiciels d'optimisation. Jusqu'à présent, c'était la distance qu'ils cherchaient à réduire. Désormais, ce n'est plus la distance mais le coût. La conséquence sera une augmentation des distances pour éviter les portiques. L'écotaxe aboutira ainsi à augmenter l'émission de polluants, ce qui est le contraire du but affiché. L'écotaxe produira de la pollution.

8 – L'équilibre des territoires est rompu dès qu'il y a des inégalités d'accès. C'est la raison pour laquelle l'octroi, qui est une taxe d'ancien régime, a été supprimé par la Révolution française. C'est aussi la raison pour laquelle les négociateurs du CELIB, dans les années 60 et 70, voulaient pour la Bretagne des quatre-voies gratuites. Avec le système écotaxe, les villages qui auront le malheur de forcer un camion en fin de tournée à passer sous un portique risquent de ne plus être approvisionnés. Les zones rurales seront pénalisées, à la fois pour la production (les entreprises y seront moins concurrentielles) et pour la consommation (les coûts d'approvisionnement des ménages y seront plus élevés). L'écotaxe produira de l'inégalité.

9 - L'écotaxe est liée à la création d'un fichier "Big Brother" de mise sous tutelle et de surveillance, avec des données à caractères personnels. Seront inscrits dans le fichier : nom et adresse du redevable, adresse électronique, numéro de téléphone, coordonnées bancaires, adresse d'envoi des factures, nom des personnes pouvant disposer du véhicule, Les portiques écotaxe enregistreront les dates et heures de passage, ainsi que des images faisant apparaître la totalité de la cabine du véhicule, les points de géolocalisation associés, la destination. Le fichier pourra être consulté par d'autres administrations que les Douanes.

10 – Il est prévu de soumettre à l'écotaxe tous les camions de plus de 3,5 tonnes, qu'ils soient pleins ou vides. La logique "pollueur-payeur" rend cette barrière de 3,5 tonnes dérisoire. Tous les véhicules à moteur polluent. La généralisation de l'écotaxe à tous les véhicules -et le flicage à toute la population- serait la conséquence inévitable de son acceptation aujourd'hui sur les camions.

11 – L'écotaxe devrait aussi être payée par les camions des pays voisins. Toutefois, tous les pays du monde n'ont pas de convention de réciprocité ou de compatibilité dans l'équipement des camions. Les pavillons de complaisance, comme dans la marine marchande, sont inévitables.

12 – Pour la Bretagne, la mise en place de l'écotaxe aura un sens symbolique très fort : celui de la soumission des Bretons. L'absence d'octroi puis de péage sur les routes bretonnes a toujours été revendiqué comme le signe d'une spécificité bretonne, que certains font remonter à Anne de Bretagne. Admettre l'écotaxe, c'est admettre que les Bretons n'ont pas leur mot à dire dans l'administration de leur propre territoire.

©agence bretagne presse

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Auteur de l'article :

Jean-Pierre Le Mat

Jean-Pierre Le Mat est chef d'entreprise et auteur. Il a en particulier réédité et complété l'Histoire de Bretagne de Henri Poisson; Patrick Pearse et l'insurrection irlandaise de 1916; les cent vies de l'hermine; Histoire de Bretagne, le point de vue breton; Enquêtes sur les prophéties de Merlin ; Carnet d'un Bonnet rouge ; Ils ont fait la France. Il anime le site contreculture.org.

Vos commentaires :

Alain glon
Samedi 31 aout 2013

Bravo c'est tout a fait explicite et bien construit

kris Braz
Samedi 31 aout 2013

Excellents arguments JPLM.

Ajoutons un exemple : la commune de La Feuillée est scindée par l'axe Lorient-Roscoff. Avec 3 traversées particulièrement dangereuses, qui ont déjà occasionné des morts. En cas d'écotaxe sur les 4 voies, un camionneur se rendant, disons, de Landerneau à Lorient, qui prend normalement la 4 voies de Kemper, passera plus volontiers par Sizun-Carhaix-Gourin, ce qui aggravera encore la dangerosité de cette route (et la pollution, voir point 7 de JPLM)

marc iliou
Samedi 31 aout 2013

Un portique a déjà été abattu pourquoi pas d'autres ? aucun péage sous quelque forme que ce soit ne doit être tolérer en Bretagne celui d'Ancenis étant déjà un de trop !

et bravo à l'auteur de cet article pour son bon sens !

Reun Allain
Dimanche 1 septembre 2013

Bravo à Jean Pierre Le Mat pour cette analyse très fouillée des implications de cette écotaxe.

Les 11 premiers points sont très techniques et parleront certainement plus aux professionnels chacun dans leurs domaines spécifiques. Le 12 ème point est plus politique mais parle directement au c½ur des Bretons.

Il faut appeler les choses par leur nom. L’écotaxe n’est pas autre chose qu’un péage dont on maquille l’appellation par un habillage à finalité pseudo écologique.

Pour la première fois des péages seront installés sur nos routes bretonnes si on accepte ce principe. C’est en matière de manipulation de l’opinion, ce qu’on appelle la « technique du pied dans la porte ». Lorsque le pied est engagé tout le reste fini par passer, c’est ce qu’il adviendra si on tolère cette intrusion.

Emilie Le Berre
Mardi 3 septembre 2013

Beau décorticage.

Maintenant, serions-nous faire preuve d'organisation pour agir collectif et ne plus se contenter du feu de paille de Guiclan ?

Ronan Badouel
Mercredi 4 septembre 2013

Braoù paotred! Il faut diffuser ce compte-rendu en grande quantité et par tous les médias! Faire le forcing auprès des administrations et des politiques. Pour moi ce combat vaut au moins celui de NDDL et surtout Plogoff. Il est clair qu'il s'agit d'une tentative d'asservissement de la Bretagne et qu'il n'y a aucune intention écologique de la part de l'Etat français car il aurait favorisé le ferroutage par exemple. Ce n'est rien moins qu'imposer les péages routiers en Bretagne, sans l'avouer. L'union fait la force, qu'est-ce-qu'on attend?!!!

Pierre Lefort
Dimanche 8 septembre 2013

L'absence de péage en Bretagne est un privilège qui n'a aucune raison.

Plutôt que de se lancer dans cette écotaxe coûteuse (sur ce point, nous sommes d'accord), il vaudrait mieux instituer le péage sur les autoroutes bretonnes pour financer la rénovation du réseau ferré breton.

Les arguments bretonisants sont loufoques. l'écotaxe est nationale et concerne la Bretagne comme toutes les régions françaises.

jean Pierre LE MAT
Lundi 9 septembre 2013

@Pierre Lefort

Il ne faut pas confondre uniformité et justice.

L'aménagement du territoire suppose une réflexion sur les équilibres, et cela dépasse largement le nivellement généralisé. L'impôt est juste quand il est proportionné aux revenus de chacun. Le rôle du politique est de mettre en place les redistributions indispensables pour que la société se développe harmonieusement.

L'écotaxe nous ramène au temps de la colonisation. Au nom de principes élevés (autrefois la grandeur de la civilisation occidentale et le vrai dieu, aujourd'hui la pureté de la nature et la vérité écologique), on aboutit à un saccage des équilibres socio-économiques dans les zones éloignées du pouvoir. Le projet de faire du "Grand Paris" un concurrent de New York ou de Shanghaï nous entraîne dans un déséquilibre des territoires qui rappelle la fin des empires.

Le péage sur les routes bretonnes ne financera pas les infrastructures ferroviaires bretonnes. Il n'y a aucun projet en ce sens. Au nom de la qualité de l'air, les Bretons financeront des métropoles où, justement, la qualité de l'air devient problématique. Si l'on s'en tenait aux réalités environnementales, c'est-à-dire aux risques liés à la qualité de l'air, c'est dans les métropoles qu'il faudrait instituer une écotaxe. Ce n'est pas le cas.

L'écotaxe concerne la Bretagne et non pas toutes les régions françaises car, en créant de l'inégalité et en détruisant l'aménagement du territoire, elle nous désolidarise de la France. La Bretagne est une péninsule dont l'économie est fondée sur la production de nourriture. Cette production impose le transport de produits pondéreux (animaux, aliments, grains, etc.) et l'acheminement vers les zones de consommation. Si la Bretagne perd sa capacité productive, elle perd sa liberté, tout comme le chômeur perd son autonomie et vit sous tutelle. Nous autres Bretons avons encore assez de fierté pour refuser une telle situation.

Tout comme la gabelle lors de la révolte des Bonnets Rouges, l'écotaxe fait bouger la Bretagne avant toutes les autres régions. Serons-nous vainqueurs ? L'Histoire nous le dira mais, pour ma part, je préfère être du côté des rebelles, même s'il faut, comme les Bonnets Rouges, attendre trois cent ans pour être reconnus.

Sebgi35
Mercredi 11 septembre 2013

Ce communiqué est très bon, il faut absolument que le monde économique breton rencontre les mouvements politiques par exemple le Parti Breton qui est le seul à avoir une position économique viable, sans cette union rien ne pourra se faire et que nous puissions arriver assez rapidement à une autonomie de la Bretagne sans quoi nous subirons le dictate de la France et sa faillite prochaine qui est maintenant acté dans l'article 43 de la Loi de Finance. Cette article dit que la France pourra ponctionner nos comptes en Banque comme à Chypre. De plus notre dette s'accroit de 1 milliard par jour. L'union fait la force alors faisons là rapidement sans quoi nous subirons la situation de notre voisin.

Yann LeBleiz
Mercredi 11 septembre 2013

@Pierre Lefort

Un privilège?

Vous dites n'importe quoi!

Le privilège, c'est de permettre à Paris de lever l'impôt et de le distribuer selon sa volonté (en commençant par eux-mêmes!)

De plus la Bretagne n'est en rien une "région" de France... Il vous suffit pour cela d'ouvrir un livre d'histoire! (Certes un petit effort est nécessaire pour cela!)

La Bretagne levait ses propres impôts jusqu'à la Révolution française, et notre état étant mieux géré que celui de la France, les bretons payaient pratiquement 1/3 moins d'impôts que les français.

L'impôt est nécessaire, mais sa bonne gestion est un devoir! Un truc que la France (de Clovis à Hollande) n'arrive pas à comprendre!

yann-bêr
Samedi 14 septembre 2013

l union fait la force!ces fameux portiques sont la depuis pas mal de temps et rien n est fait!je passe régulièrement devant eux,faut il utiliser la politique ou la force pour les enlever?beaucoup de"bla bla"

eugène le tollec
Vendredi 18 octobre 2013

DVD-tags

BRETONs,la structure se met en place....mais il est très facile de contourner ce diktat centralisateur.

Nous avons connaissance des lieux d'implantation sur un type de voie...alors jouons avec le réseau routier et que le trafic routier passe parle réseau des nationales et départementales(le GPS existe ,il doit gérerles trajets en évitant les portiques).

Dernier point,il reste la grève des routiers(bouchons-blocage des grandes villes,etc).

L'état français ne pourra pas mettre des portiques sur toutes les routes,ni des gendarmes. N'ont plus.

Dernière remarque,à quoi ça sert des élus bretons(le paquet de soumis qui hante les couloirs,à Paris!!)

Fab85
Dimanche 10 novembre 2013

Merci pour cet article très instructif. L'ecotaxe semble vraiment être injuste, mais, toute fois, le modèle agricole "Breton", peut être lui même questionné, non? ... d’ailleurs, tout comme le modèle agricole "Français"!

(voir le site)

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