Annick Le Douget, greffière, raconte le scandale de la poudre Baumol

Publié le 7/12/12 22:33, dans Conference debat par Gwenaelle Pelliet pour ABP

Mme Annick Le DougetMme Annick Le DougetAnnick le Douget, greffière à Quimper et également auteur d'ouvrages sur la justice et les procès en Bretagne, était l'invitée de Ti-ar-Vro Kemper jeudi 6 décembre pour évoquer le scandale sanitaire de la Poudre Baumol dans les années 50.

En novembre et décembre 1951, deux lots de poudre de talc à la lavande, destinée aux érythèmes fessiers des nourrissons, sont accidentellement empoisonnés avec de l'arsenic. Le produit est fabriqué et commercialisé par Jacques Cazenave, pharmacien de Bordeaux, qui s'est montré d'une grande négligence dans la tenue de son laboratoire. La poudre a beaucoup de succès en Bretagne où elle se vend bien en pharmacie, sans ordonnance, depuis déjà quarante ans.

Une série de décès s'observe à partir de janvier 1952 surtout dans le Sud-Finistère et le Morbihan. Le premier bébé décédé est de Plogastel-Saint-Germain et le décès est constaté par le Dr Dorval de Pouldreuzic. Au cours de l'année 1952, 73 bébés vont mourir dans de grandes souffrances, et 290 enfants au moins sont blessés, intoxiqués, brûlés. La grande majorité d'entre eux sont des petits Bretons. Au départ, on ne sait à quoi attribuer ces décès d'enfants, l'on pense à une épidémie mystérieuse. Mais rapidement les médecins et les pharmaciens soupçonnent les méfaits de cette poudre et tentent d'alerter le laboratoire Cazenave et les autorités de santé. Mais c'est en vain, et le poison continue à être utilisé. C'est l'Inspection régionale de pharmacie qui, alertée fin octobre 1952, soupçonne une malfaçon de la poudre, l'analyse et en informe aussitôt le Ministère de la Santé qui interdit la vente immédiatement. 

L'instruction a lieu de 1951 à 1959 au Tribunal de Bordeaux, compétent en raison du siège du laboratoire dans cette ville. Elle est très longue à cause de la complexité des expertises toxicologiques, et du nombre des enquêtes dans les familles des victimes dans toute la France. On écarte d'abord la piste d'un empoisonnement volontaire dû à une vengeance amoureuse. Le juge d'instruction ne retient que les négligences criminelles de Monsieur Cazenave à l'origine de cette catastrophe. Le procès a lieu du 22 au 29 octobre 1959 devant le tribunal correctionnel de Bordeaux et le pharmacien Cazenave est le seul prévenu, défendu par Me Floriot.  Peu de parents se sont déplacés et il n'y avait qu'une maman bretonne qui est venue témoigner à la barre. Cela s'explique par ce procès qui avait lieu sept ans après les faits, si loin de leur région, et qui leur rappelait sans doute des souvenirs si douloureux ! De plus, de nombreuses familles ne ne sont pas pourvues en justice car, peu au courant de leurs droits, elles s'étaient contentées des maigres dédommagements proposés par les assurances du laboratoire qui les avaient contactées.

Le jugement rendu le 4 décembre 1959 condamne Cazenave à 18 mois de prison avec sursis ; dans ses intérêts civils, les juges n'accordent que peu de prix aux souffrances des enfants et des nourrissons, et le dédommagement du préjudice moral des malheureux parents est revu à la baisse. 

Parmi le public présent dans la salle de Ti-ar-Vro, une douzaine de personnes avaient été elles-mêmes les victimes de la Poudre Baumol ; elles étaient très émues de revivre cet épisode et la discussion qui a suivi la conférence était passionnante.


Annick Le Douget présente cette affaire dans son livre "Crime et Justice en Bretagne".

Texte de Gwenn Pelliet, aidée d'Annick Le Douget

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Auteur de l'article :

Gwenaelle Pelliet

Quimpéroise, ancienne fonctionnaire, bénévole pour le site www.agencebretagnepresse.com, responsable de l'agenda culturel.

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