Bretagne réunifiée : Question de capitale

Publié le 16/03/09 13:49, dans par pour Yves Lainé

La Métropole nantaise, capitale de la Région politique Bretagne ? Le vocable de " capitale " pour désigner le siège du pouvoir d'un État est attesté pour la première fois en 1509 (Petit Robert).

Plusieurs villes de Bretagne ont un contenu historique fort et, sans conteste, Nantes ne le cède en rien à Rennes. Elle fut la principale résidence ducale dès 937 (victoire d'Alain Barbe-Torte sur les Normands). Plus tard, on ne peut pas non plus à proprement parler désigner une capitale du duché : la chambre des Comptes est à Vannes, le couronnement a lieu à Rennes, les " États " (dont le parlement) se réunissent en diverses villes, le Conseil suit le duc dans ses déplacements. À partir de 1460, le duc François II fixe sa cour à Nantes, puis la duchesse Anne. À la perte de l'indépendance (1532), il est prévu une sorte de parlement tournant " dans les principales villes de Bretagne ", mais, après d'âpres disputes entre Nantes et Rennes, cette dernière finit par l'emporter, en 1561. Mais elle n'est pas non plus une capitale, puisqu'il n'y a plus d'État ; tout au plus le lieu de réunion du parlement Nantes conservant la chambre des Comptes.

Le terme de Capitale a toujours été réservé aux États souverains, mais il est vrai qu'en France, alors qu'on nomme " chef-lieu " – mot plus ancien (1257) – le centre administratif de l'arrondissement, du canton ou du département , le mot de " capitale " est généralement utilisé pour désigner le siège des institutions de la Région, et l'on ne connaît pas de Région en France ou en Espagne, de Land en Allemagne ou en Autriche, etc...sans capitale…

Voir aussi : Nantes en Bretagne malgré la préfecture du Morbihan ! par Christian Troadec

Dans la mesure où la réunification est en route, dans la mesure où il faudra bien un jour parler d'harmonisation régionale en Europe, la question est donc d'actualité. Pourtant, elle n'a jamais été posée aux élites : pas un ouvrage qui ose réellement trancher, aucune position de parti politique sur le sujet, aucun sondage…

La question de la capitale n'a jamais été publiquement posée et semble même embarrasser les tenants de la réunification. Même les sondages restent muets… Nous n'avons aucune indication d'opinion sur le sujet de la capitale.


Le Mouvement Breton, le plus souvent, s'en tire par une pirouette : " On ne va pas quand même reprendre le modèle jacobin français et tout miser sur une ville ! Nous, on partage, nous on équilibre "… Fort bien, la Bretagne, en Europe serait la seule région sans capitale... Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, fait mine de penser que la " capitale " dite des Pays de la Loire sert à quelque chose. La presse souffle un peu sur le feu… les Nantais, eux, adoptent sur le sujet un profil bas, avancent sur la pointe des pieds, de peur que la question fâche, et friment finalement, en prétendant que les Bretons ont eu et gardent une vision différente, moins centralisatrice. Peut-être, mais cela ne tient pas longtemps à l'usage. Les guerres de clochers ne sont pas loin.


S'il était procédé à un sondage sur la seule question : " Quelle devrait être notre capitale, Nantes ou Rennes ? ", que diraient les Bretons ? La population serait sûrement partagée, et le poids de la plupart des voix de la Loire-Atlantique (28 % de la population) s'ajoutant à certaines voix du Finistère ou du Morbihan " qui n'aiment pas trop Rennes ", il est fort possible que l'on n'aboutirait à aucune réponse tranchée, et même un troisième avis comme : " aucune des deux ". Je me hasarde à un pronostic : 40/40/20. Ce n'est donc pas une bonne idée et nous nous trouverions en présence d'une aporie, car le problème de la capitale bretonne ne s'en poserait pas moins, comme nous l'avons vu.


Quel intérêt aurait Nantes à redevenir capitale de la Bretagne ? Quels serait son préjudice si Rennes se maintenait ? Un partage des fonctions est-il possible, pas seulement entre Rennes et Nantes, mais entre plusieurs villes ?

Mais d'abord, au XXIe siècle, qu'est-ce qu'une capitale de Région ? Est-ce comparable à une capitale d'État ?


  1. À l'instar du siège social d'une entreprise, c'est d'abord une adresse centrale dont on peut difficilement imaginer la dispersion, ne serait-ce que pour des raisons logistiques.

    C'est un lieu privilégié de travail de fonctionnaires de différents services régionaux. Mais s'il est souhaitable que certains soient concentrés dans un lieu, on peut bien imaginer qu'un certain nombre pourrait être répartis entre plusieurs villes dont l'accessibilité est garantie. Ce sera d'autant plus facile que des compétences nouvelles devraient être prochainement transférées aux Régions.

  2. C'est le lieu de réunion des Assemblées, mais pas le lieu de résidence de la plupart des élus qui habitent dans leur circonscription. Mais ce n'est pas une obligation. Les distances ne sont pas telles que les Assemblées ne puissent se tenir dans tout lieu techniquement convenable, soit plusieurs grandes villes.

  3. C'est le lieu d'implantation de sièges sociaux d'entreprise. C'est du moins ce que l'on croit. En réalité celui-ci est d'abord déterminé par des considérations telles que l'aire de chalandise et l'influence commerciale, l'implantation des filiales, ou encore des questions humaines ; il dépend plus du rayonnement économique, du dynamisme commercial d'une ville que des influences politiques…(* )

  4. C'est le lieu d'implantation de délégations régionales d'administrations d'État, Sécurité Sociale, Allocations familiales, INSEE, etc. Actuellement, chaque capitale régionale en dispose, mais chaque grande ville se doit d'avoir une délégation..

A l'avenir, sans démembrer une administration particulière, ces fonctions pourraient, à l'évidence, être réparties entre les villes. Après tout, la Préfecture maritime n'est pas à Rennes… On pourra aussi profiter des transferts de compétences et faire des gains de productivité. On verra plus loin que de nouvelles administrations devront forcément s'implanter en Régions pour assurer les nouvelles tâches définies. Pour Nantes, si elle ne devait pas être capitale en titre, il y aurait donc forcément compensation pour les pertes éventuelles, et au delà.

La question peut aussi se poser pour d'autres Régions, Haute et Basse Normandie, par exemple – Il est clair qu'un gain de productivité sera obtenu en se réduisant à une seule capitale, mais nouvelles comme les anciennes fonctions pourront tout de même être réparties entre Caen et Rouen.

On doit bien en convenir : la raison de militer pour qu'une ou l'autre ville exerce le rôle symbolique n'a rien a voir avec la logique. On observe le modèle parisien et on refuse de voir la réalité en face : Ottawa ne fait pas plus d'ombre à Montréal que Canberra à Sydney, car Montréal comme Sydney ont d'autres missions, d'autres ambitions.

Si l'on descend à l'échelon régional, on découvre que dans les États modernes, les capitales officielles, volontairement, ont été souvent placées dans des villes plus tranquilles que les grandes métropoles : c'est le cas de 70 % des capitales d'États Américains et un tiers des Länder allemands.

En quoi cela gène-t-il la Louisiane et l'image de la Nouvelle Orléans si la capitale est Bâton Rouge (220 000 habitants), en quoi Wiesbaden (270 000 habitants) fait-elle de l'ombre à la grande métropole de Francfort, capitale financière de l'Allemagne, siège de la Banque Centrale Européenne ? Francfort et la Nouvelle-Orléans, elles aussi, ont d'autres ambitions.

Conclusion :

Le problème de la capitale régionale est un faux problème. Une Région politique a , d'évidence, intérêt à relancer l'intérêt des administrés à l'égard du débat politique régional interne, et des rotation des lieux d'assemblées, qui peuvent aller au delà des deux capitales historique, est un élément de solution à proposer. Pour autant la question reste posée.

Pour nous, le siège " officiel et solennel " de la Région Bretagne peut rester à Rennes sans qu'il y ait un dommage quelconque pour Nantes dans la mesure où :


  1. Il y a répartition de certaines missions entre des grandes villes ;
  2. D'autres ambitions sont proposées pour Nantes.

En effet, les transferts de pouvoirs régionaux n'étant peut-être – en France – que le dixième de ce qu'ils seront dans le futur, une fois que l'Europe, au nom de la subsidiarité, aura harmonisé ses dévolutions, comme dans les autres grands États, de nombreuses institutions porteuses d'emplois viendront en Régions et auront avantage à se répartir sur plusieurs points du territoire régional. Nous devrons alors davantage nous inspirer des autres modèles européens que du modèle centralisateur parisien.

Mais un vrai problème subsiste : Nantes peut-elle se voir reconnaître ici ou ailleurs une mission, un rôle aussi important que d'être capitale de la Bretagne ? Lequel ?

(*) Lire " La France redécoupée " de J.-M. & P. Benoit/D. Pucci – éd. Belin, qui étudie une vingtaine de systèmes d'entreprises – Aucune ne calque ses divisions commerciales sur les régions officielles.


Première piste pour Nantes:


Métropole d'un espace de concertation et d'aménagement à l'échelle du Grand Ouest ?

Voici une vraie question. Il est démontré qu'une région politique " Grand Ouest ", que certains appellent encore de leurs vœux, est une vue de l'esprit. Ceci au nom de 5 arguments principaux :


  • Le concept d'union " grand Ouest " est jugé inacceptable et contesté dans la plupart des départements visés, surtout parce qu'il représente une dilution des identités ;
  • L'idée de taille critique est réfutée par les spécialistes ;
  • Un amalgame malheureux est fait entre le concept de région " politique " et celui d'Espaces de Concertation de Liaison et d'Aménagement qui, eux, restent pourtant pertinents et nécessaires ;
  • C'est un mauvais positionnement d'identité, de solidarité et d'image ;
  • Une région taillée sur mesure pour une ville (Zone d'influence d'une métropole) est le contraire de ce qui est accepté par les administrés. Ce sont les Métropoles qui doivent s'identifier à la Région et pas l'inverse ;

— Il y a là une première piste de vocation pour Nantes : si cette métropole a bien une vocation dans le Grand Ouest, ce n'est pas celle de devenir " Capitale " d'une région politique recouvrant cet espace, mais, entre autres, " Métropole de Concertation Interrégionale " à chaque fois que des projets structurants, essentiellement des réseaux, dépassent l'emprise géographique régional :


  • Réseaux de communication moyen-long-courrier : fer – route – fluvial, liaisons maritimes, ports, liaisons aériennes, aéroports. Exemples types : promotion de Notre-Dame des Landes, de l'autoroute de la mer... ;
  • Réseaux de distribution d'énergie ;
  • Réseaux de transmission téléphonique ou informatique... ;
  • Réseaux de recherche, etc.

Pour tous ces réseaux à coordonner et à mettre en place, la dimension spatiale de chaque Région dite " politique " n'est pas pertinente, elle est trop petite. Généralement c'est l'État, (ou une entreprise d'État, ex : SNCF) qui a seul en mains le dossier technique, lequel est fourni tout ficelé à des Conseillers régionaux manquant d'une vue d'ensemble et avalisant finalement n'importe quoi. La complexité technique fait le reste.

La Métropole pourrait, en partenariat avec l'État et les Institutions européennes, et sans nier les contraintes de rentabilité, mettre à la disposition des Régions partenaires des structures d'études polyvalentes capables d'instruire et de valider de tels dossiers. On peut rêver à ce qu'une telle structure aurait pu proposer à propos du débat " TGV Ouest ", alors qu'on a généralement fait appel à des élus trop souvent incompétents dans ce domaine et qu'on a fini par aboutir à une cote mal taillée. Depuis, une douzaine de Pôles de compétitivité sont nés dans l'Ouest, chacun étant spécialisé et travaillant dans son secteur d'excellence. Une coordination et une mise en réseau pourrait être une vocation nantaise.

Conclusion 1 :

Nantes-Saint Nazaire, en tant que première métropole de l'Ouest aurait avantage à proposer d'être au centre d'un Espace de concertation, de liaison et d'aménagement inter-régional (l'ECLAIR), pour laquelle elle est idéalement placée. De nombreux emplois de haut niveau, essentiellement techniques, pourront être créés en liaison avec l'État et les Institutions européennes. Il s'agirait ici non pas d'un espace politique (pas d'élus siégeant en permanence) mais d'un espace consacré à l'aménagement de réseaux strictement identifiés.

Une telle vocation, dans le cadre d'une réunification de la Bretagne, aurait l'avantage d'éviter de rompre des liens tissés dans l'ancienne région Pays de la Loire.



Deuxième piste : Métropole européenne majeure et centrale de l'Arc Atlantique : l'E.C.L.A.T.

La problématique est, en tous points, semblable à la précédente, bien qu'un peu plus compliquée. Au lieu d'avoir à faire à un espace " national " en concertation avec l'État et l'Europe pour l'étude et la mise en place de projets, on a beaucoup plus de partenaires :
– L'Europe ;
– Plusieurs États ;
– Les Régions françaises de l'Arc Atlantique ;
– Les Régions étrangères de l'Arc Atlantique.

Ici, l'ambition est plus vaste car il est évident qu'une structure d'étude de projets à vocation internationale devrait héberger les meilleurs chercheurs des Régions et États représentés dans l'Arc Atlantique. Il s'agirait enfin d'un projet complet à proposer à nos partenaires et susceptible de procurer véritablement une vocation internationale s'il était dirigé sur la métropole (ÎIe de Nantes, par exemple).

Pour les Assemblées plénières de la structure, on peut aussi imaginer que la Ville de Nantes a vocation à les accueillir. Et puisque l'ex-siège de la Région des Pays de la Loire, dans l'Île Beaulieu, se trouverait libre, pourquoi n'en ferait-on pas le siège d'une véritable Organisation concrète de l'Arc Atlantique, centralisant des expertises internationales dans tous ces domaines techniques concernés. Des tâches immenses attendent ces experts : que se passe-t-il quand on met face à face des ingénieurs des Ponts et Chaussées français et leurs collègues de quatre autres cultures techniques différentes ?Quel laboratoire d'Europe !

Un tel outil, que la Commission Arc Atlantique de la Conférence des régions périphériques de l'Europe (dont le siège est à Rennes) a préfiguré, et qu'on pourrait nommer E.C.L.A.T (Espace de Coordination et de Liaison de l'Arc Atlantique) pourrait aussi héberger une Conférence Permanente des Régions Périphériques Maritimes, composée d'élus du sol, et qui aurait intérêt à se trouver à portée des projets. La complicité de la Bretagne, initiatrice de la CRPM, serait indispensable à Nantes pour exploiter cette vocation naturelle que la géographie lui propose déjà.


Conclusion 2 :

L'Arc Atlantique, projet de l'année 1989, après avoir suscité des espoirs et connu un énorme retentissement dans les médias, a accouché d'une souris. On aurait pu s'attendre à un plan porté par un ensemble de Régions, en liaison avec les Villes et surtout les entreprises. Un grand concours d'idées pour présenter les meilleurs projets, particulièrement ceux liés au désenclavement... Certaines entreprises ont soumis de tels projets et le regrettent aujourd'hui, car elles ont l'impression d'avoir perdu leur temps.

Il y avait pourtant une meilleure façon de s'y prendre : analyser nous-mêmes et chez nous la viabilité des projets et examiner politiquement, avec les Régions partenaires, en connaissance de cause, les risques encourus, les niveaux d'investissement, les participations publiques. Malheureusement les oppositions politiciennes héritées des usages " capitalesques " ont mené à cisailler toute union sacrée… qui devrait pourtant être politiquement neutre. Seule la maîtrise des expertises permettra d'y voir clair et de lancer des projets sains. Nantes, comme toute la Bretagne, occupe une position charnière dans l'ensemble de l'Arc Atlantique, idéalement située géographiquement, mais aussi mentalement : espace neutre entre des Ibéro-latins au sud et des Anglo-celtiques au nord.



Conclusion générale :


Poser à Nantes la question de la capitale politique de la Bretagne ne paraît pas être une bonne idée. Tout au plus une idée pour nous diviser.

D'une part la répartition des fonctionnaires territoriaux dans la nouvelle région peut et doit se faire, d'autre part la métropole nantaise peut avec bonheur, exercer un rôle privilégié au service des concertations inter-régionales et internationales nécessaires.

Nantes, toute seule, ne peut, sans l'aide de toute la Bretagne, prétendre à un rôle aussi ouvert. C'est dans la mesure où la Bretagne nouvelle comprendra cette attente de Nantes que l'union sera fertile.

Yves Lainé

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