Bretagne magazine : un dossier au goût d’inachevé sur le renouveau de Nantes

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Porte-parole: Gilles Delahaye

Publié le 10/01/12 12:36 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le Bretagne Magazine de janvier-février 2012 consacre un dossier au renouveau de Nantes, pages 58-78. Tant architectural que culturel est le renouveau dans une « ville qui vit déjà dans son futur ».

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Le renouveau de Nantes c'est aussi Chantenay : la grue sur le site de Telis emballages voisine avec les derniers chantiers de Nantes et des réalisations architecturales innovantes.

Certes. Nous tirerons notre chapeau dans le numéro aux pages consacrées à la SNSM (Société Nationale des Sauveteurs en Mer) ou à la grande boutique de Langonnet et même à Denise Delouche, mais le dossier de Nantes ne manque pas de susciter, pour les Nantais et par les Nantais, quelques remarques.

Si on peut saluer l'économie générale du dossier, ou encore les magnifiques photos de l'immeuble des services du conseil général quai Sully ou des anneaux de Buren la nuit sur l'île, toujours est-il que ce dossier n'offre que des points de vue, et non un tableau général du renouveau de Nantes, en se fixant sur l'île Sainte-Anne (nom ancien de l'île de Nantes) et le quartier Bottière. De même, il ne vise que l'architecture moderne et la culture-spectacle, notamment le bestiaire de Royal de Luxe. Cela dit, nous apprenons avec étonnement que Francis Mizio et Lalie Walker, du fond d'un bar de l'Île de Nantes, ont déclaré l'île de Nantes, cette nef de légende amarrée aux deux côtés de la ville par des files de ponts, indépendante, « bretonne dans sa partie bâbord les quinze premiers jours du mois, dans sa partie tribord le reste du temps ».

Or, il y a bien d'autres choses à voir et à connaître à Nantes, bien d'autres quartiers qui bougent et qui apportent à la ville leur ambiance propre, particulière et riche. Quid du bas-Chantenay, où les derniers chantiers de Nantes entrent toutes coques dehors dans le troisième millénaire, quid du quartier des bas-Bretons en Nantes, autour de l'église Sainte-Anne, grand vaisseau blanc qui veille sur la ville du haut de sa roche, quid encore de la campagne dans la ville, tout près du centre, dans les ruelles qui s'écartent de la rue d'Allonville pour buter dans le mur de la Bouteillerie ? Nous espérons qu'un dossier de Bretagne Magazine rendra justice aux sans-quartiers de Nantes, aux cent quartiers de la capitale de la Bretagne.

En revanche, l'on déplorera l'absence totale d'informations au sujet de la bonne tenue financière des initiatives artistiques qui font connaître Nantes de par le monde. Il n'y a rien que du « story telling ». Les rédacteurs pouvaient pourtant trouver de nombreuses informations au sujet de la méforme du Voyageur Jean Blaise (voir le site) ou encore sur les pannes d'inspiration de Royal de Luxe (voir le site) Tout aussi inquiétante est la volonté d'ignorer absolument que la Pédélie fait main basse sur les manifestations nantaises pour tenter de remplumer son image, des trilles de la Folle Journée jusqu'à la biennale Estuaire.

De qualificatifs bretons nous déplorerons aussi l'absence. Ce pauvre quartier Bottière quasi dépouillé de ses fermes est décrit « entre casbah et corons ». L'on sait que la Loire-Atlantique est le seul département où en trente kilomètres, on relie le Pas-de-Calais à l'Italie, des mines de charbon de Saint-Herblon au style italo-breton de Clisson, mais tout de même ! Casbah est d'ailleurs une répétition, particulièrement malencontreuse pour Trentemoult… pourquoi pas une médina ? Imaginons le terme appliqué à l'entassement des maisons de l'ile de Sein ou de Molène, bord contre bord, aile contre aile telles une colonie de mouettes frigorifiées sur leur rocher, amoureusement serrées entre le port et l'église. Une médina aussi, ça ? C'est vrai qu'à Trentemoult, il n'y a pas d'église, mais les Couëts tout proches en valent deux, avec la chapelle du séminaire, grande comme une église et le passé conventuel de l'établissement.

Et enfin, pour le clou de la fin, l'encadré « ils ont l'esprit de chapelle ». Quelques lignes, mais quelles lignes ! Pourtant, dans la page touffue et encombrée de La France des Clochers consacrée à Nantes et ses cent et quelques édifices religieux (voir le site) les rédacteurs auraient pu remettre d'aplomb tous ces clochers de guingois ! Citons en vrac, la chapelle Dugommier qui n'est autre que celle des Jésuites et qui n'a pas été bâtie en 1845 (bien que les “Jèzes” aient acquis le terrain en 1841) mais en 1854-57. La chapelle qui abrite, au deuxième étage sous les voûtes, le restaurant les Petits Saints n'est autre que l'ancienne église Saint-Vincent, sur la place du même nom. Église nommée Saint-Aubin avant 1527, et dont le dernier curé, Louis Dubois, mourut noyé en Loire. Le Sozo Hôtel, au coin des rues Charles Caillaud et d'Allonville, ouvre dans l'ancienne chapelle des Sœurs de la Sagesse, dont la restauration remarquable a conservé même les lézardes des murs. Et les bâtiments du prieuré martinien près Sainte-Croix datent non du XIe, mais du XVe. Seule est du XIe l'embase de l'abside de l'ancienne chapelle de ce prieuré, retrouvée dans le prolongement du chœur de l'église attenante construite sur ce prieuré. Sans oublier la chapelle des Carmélites dans la rue du même nom qui abrite un cinéma (et la cour, la Compagnie du Café-Théâtre) et la chapelle de l'Immaculée Conception tout juste restaurée (voir notre article) Ouf !

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