Folklore libre-penseur à Pontivy
Communiqué de presse de Damien Perrotin

Publié le 8/12/07 20:21 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Pontivy est une étape obligée pour l'amateur de folklore. S'il a de la chance il y verra, à la morte saison, les maigres troupeaux libres-penseurs s'entasser autour d'un monolithe dont les populations alentours ont depuis longtemps oublié la signification mais qui doit avoir une grande importance à leurs yeux car c'est à ses pieds qu'ils se livrent à leurs rituels les plus sacrés. Après la cérémonie et le sermon ils entonnent diverses chansons traditionnelles parmi lesquelles le connaisseur reconnaîtra le Chant du Départ qui avait accompagné, en son temps, l'exécution des mutins de 1917 – côté peloton.

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Cet exercice doit leur donner faim car ils vont ensuite banqueter dans une salle à l'écart que, comme toute religion à mystère, ils interdisent aux étrangers. Selon certains ethnologues, cependant, ils y consommeraient de grandes quantité de tête de veaux en faisant force libations en l'honneur de grands anciens dont ils sont les seuls à perpétuer le culte.

C'est sans doute leur exemple qui les a poussé à organiser en cette même ville de Pontivy une exposition retraçant les mythes fondateurs de leur culte. Selon les experts en linguistique comparée qui se sont penché sur la description de la dite exposition – une tâche difficile, car le libre penseur, malgré quelques ressemblances superficielles n'a qu'un rapport assez lointain avec les langues parlées par le commun des mortels – le but en serait de lutter contre le fascisme – comprenez par là tous ceux qui ne sont pas d'accords avec leur conception quelque peu étriquée de la nation.

C'est un domaine qu'ils connaissent bien. Son président, Joachim Salamero a, en effet, signé une déclaration conjointe avec Pierre Boussel, dit Lambert, représentant éminent de ce que la CGT de la grande époque appelait les hitlèro-trotskystes. Il a été condamné à huit ans de prison en février 1940 pour avoir tenté d'expliquer au soldats de la république que le meilleur moyen d'arrêter les panzers de Guderian c'était de mettre la crosse en l'air et de rompre les rangs. Retrouvant la liberté après la débâcle, et pendant que ceux qui formeront le noyau dur de Lutte Ouvrière font leurs premières armes dans la résistance, il passe le reste de la guerre à expliquer que derrière chaque soldat nazi se cache un travailleur allemand et qu'il ne faut surtout pas choisir entre Roosevelt et Hitler.

Le parti qu'il a fondé – la Parti des Travailleurs, PT pour les intimes – semble d'ailleurs revenir à ses premières amours. Au fil des scissions, exclusions et autres excommunications, le rouge des années 70 s'est racorni en une espèce de croûte brunâtre où le social-nationalisme rance le dispute au poujadisme. Un de ses hierarques – connu pour sa conception toute personnelle, pour ne pas dire familiale, de la démocratie syndicale – a d'ailleurs fait une apparition remarquée dans National Hebdo.

L'historien fera remarquer que cette dérive n'est pas nouvelle. Elle a conduit, en son temps, des « révolutionnaires » comme Georges Sorel ou Georges Valois à défiler l'un au pas des Camelots du Roi, l'autre à celui des chemises noires. Elle a conduit, plus récemment Alain Soral, autre militant acharné de l'anti-communautarisme, à rassembler autour de lui le ban et l'arrière-ban de l'extrême droite. Nos amis libres-penseurs, eux se contentent d'expliquer sur leur site nantais que les enfants n'ont aucun droit tandis que leurs camarades de l'Union Rationaliste justifient les guerres d'agression américaines qui, après tout, ont fait place nette pour la civilisation. C'est moins spectaculaire mais c'est un bon début.

L'homme de gauche, le vrai, s'éloignera en courant de ces révolutionnaires brunis sous le harnais, spécialistes de l'unité solitaire et des hommes de paille.

Le folkoriste, lui, profitera d'un spectacle qui, fort heureusement n'est pas appelé à durer. Il essayera simplement de ne pas se prendre les pieds dans les déambulateurs.


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