Paimboeuf : Le plus ancien monument de la ville négociante fort délaissé…

Publié le 6/09/11 19:02, dans Dépêche par Maryvonne Cadiou pour ABP

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Les ardoises du clocher de la chapelle Saint-Charles de Paimboeuf sur le départ.
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La toiture de la chapelle Saint-Charles de Paimboeuf.
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La chapelle Saint Charles et l’Hôpital Général de Paimboeuf.
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Fronton de l’Hôpital Général de Paimboeuf.

Texte et notes de Louis-Benoît Greffe

Pour le voyageur connaisseur de Loire-Atlantique, Paimboeuf est cousine de Châteaubriant. Ce sont toutes deux de belles endormies. À Châteaubriant, sous le château depuis longtemps apaisé et vidé de la pompe judiciaire (1), la gare elle-même est comme assoupie, à peine le tortillard qui vient de Rennes la tire quatre fois par jour de ses songes. Mais un jour, du fond de la grande ligne droite qui s'écoule vers Nantes, viendra, tout grinçant dans ses roulements neufs, le tram-train tant attendu et cette ville au bois dormant s'éveillera enfin.

À Paimboeuf, la gare est déserte et le restera encore, la ville peut donc dormir tranquille. Mais belle, elle l'est assurément. Un rang d'hôtels particuliers le long de la Loire, un port bien protégé, des bureaux de l'ancienne sous-préfecture restaurés, un cinéma des années 30 à ravaler, mais avec un indéniable cachet, un bureau des " postes et télécommunications " et un " poste d'incendie " qui fleurent bon ces temps anciens et plus calmes, lorsque Paimboeuf abritait le tribunal de commerce, crucifié par les réformes en 2009.
 
Et surtout, Paimboeuf avait son hôpital général (2), fondation du XVIIIe bien dotée par tous les marchands et négociants qui avaient élu domicile à Paimboeuf. Deux siècles auparavant, Paimboeuf n'était pourtant qu'une île déserte ou presque, dépendante de Saint-Père en Retz, loin dans les terres. Mais l'envasement de la Loire rendant l'accès au port de Nantes de plus en plus difficile, cet ilot est choisi pour devenir l'avant-port de Nantes. Au XVIIIe, les capitaines commencent à s'y installer : ils sont une quinzaine en 1767, trente-sept en 1789. L'île devient ville et s'arrime à la terre, elle gagne sa paroisse (3) en 1761 et son indépendance à la Révolution. Enfin, elle est consacrée sous-préfecture en 1800. L'âge d'or de Paimboeuf s'étend sur la première moitié du XIXe, mais Saint-Nazaire l'éclipse peu à peu. En 1912, lorsque la nouvelle église est achevée (4), Paimboeuf n'est plus que l'ombre d'elle-même. La suite est connue… suppression de l'arrondissement (1926), fermeture de la ligne de chemin de fer, déclin de l'hôpital…

Mais au cœur du tourbillon de l'histoire, un monument est resté imperturbable… il s'agit de la chapelle Saint-Charles de l'Hôpital général. Construite en 1704 suite à un don de la Compagnie des Indes, elle est sans doute le premier lieu de culte du Paimboeuf moderne. Son premier retable est offert en 1720 suite à une épidémie de peste. Restaurée au XIXe, elle est attachée à l'hôpital général de Paimboeuf richement doté par les négociants de la place. Mais les temps ont passé, et l'hôpital a décliné lui aussi. La chapelle a été quasiment abandonnée : sa couverture de tuiles placides résiste aux agressions du temps qui risquent en revanche d'emporter à terme les ardoises du clocher. Elles se sont déjà décrochées, en bas et sur les arêtes, et semblent prendre leur envol comme les oiseaux migrateurs, pour migrer vers un port d'hier, vers la cohue des marins, les cordages et les bateaux amarrés au petit bonheur la chance. Ne les laissons pas partir !

Plus encore que le plus ancien monument de Paimboeuf, la chapelle Saint-Charles est un témoignage rare, si ce n'est unique en Loire-Atlantique, de la bienfaisance au XVIIIe. Elle n'est pas protégée par les Monuments historiques, mais cela n'empêche pas de l'entretenir, de la mettre en valeur même. Sans doute un jour viendra-t-on voire à Paimboeuf la restauration magnifique de ce témoin précieux de la renaissance économique bretonne du XVIIIe : après deux siècles de domination royale française, malgré les pillages opérés par les dons gratuits (5) exigés par les rois, la Bretagne renaissait sur ses mers et le long de la Loire, le seul bienfait que la France n'ait jamais apporté, encore que ce fût à son corps défendant, à la Bretagne.


Louis-Benoît Greffe pour ABP

Notes
 
(1) Le tribunal d'instance de Châteaubriant était situé au château. Il a fermé suite aux " restructurations " de la réforme Dati en 2009.

(2) Le 27 avril 1656, le pouvoir royal créait l'Hôpital Général afin d'y renfermer tous les " pauvres ", vagabonds et mendiants, considérés à l'époque comme malsains pour la société. Le premier, à Paris, fut très vite considéré comme une maison de correction et accueillit jusque 1% de la population de la ville. Mais à partir de 1662, le Roi étend l'obligation aux capitales des provinces et fusionna massivement les propriétés des léproseries et hospices ruraux hérités du Moyen Âge aux nouveaux hôpitaux généraux pour leur assurer des revenus. Du fait de ses particularités, la Bretagne échappa quelque peu au Grand Enfermement (des pauvres) et ses " hôpitaux généraux " furent surtout des " hôtel-Dieu " ou hospices qui avaient une réelle vocation médicale. L'hôpital dit général de Paimboeuf ne fait pas exception : ce n'était pas là une prison pour mendiants.

(3) Avant 1761, Paimboeuf était divisée en deux sections ou trêves qui dépendaient des deux paroisses de Saint-Père en Retz : au Haut-Paimboeuf autour de la vieille chapelle Notre-Dame de Pitié (1052-1667) pour l'église Saint-Père, au Bas-Paimboeuf autour de la chapelle Saint-Louis (1710) pour l'église de Sainte-Opportune. C'est la chapelle Saint-Louis qui devient le siège de la nouvelle paroisse de Paimboeuf.

(4) La nouvelle église, que l'on peut découvrir, ainsi que l'historique de Paimboeuf, sur le site (voir le site)

(5) Après l'union de la Bretagne à la France, au mépris du Traité d'Union, (voir le site) de l'Institut Culturel de Bretagne, les rois français perpétuellement déficitaires cherchèrent par tous les moyens à exiger des impôts croissants et exceptionnels des Bretons, sous la menace de la soldatesque royale. Le Parlement Breton, qui y résista fortement, fut dissout trois fois. Pour racheter " (se dispenser) de ces impôts, la solution habituelle restait la négociation d'un don gratuit " sous forme d'enveloppe globale, généralement d'un à deux millions d'écus, consentis à chaque fois (une fois tous les deux à cinq ans). Ces sommes énormes pour la Bretagne de l'époque ont grandement contribué à la baisse du niveau de vie général à partir de la fin du XVIe siècle, baisse qui s'est traduite dans l'effondrement de la construction rurale, notamment des chapelles, dont le grand siècle reste le XVIe. Passé 1600, il n'y a presque plus rien, ou des édifices modestes seulement. Cette mauvaise passe s'achève vers 1750, lorsque la mer et le commerce donnent à la Bretagne un nouvel essor essentiellement urbain.

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Auteur de l'article :

Maryvonne Cadiou

Maryvonne Cadiou est correspondante ABP depuis le 22 février 2007. Elle est aussi secrétaire de rédaction.

Vos commentaires :

ex site bretagne unie
Jeudi 8 septembre 2011

Trés bel article,

vous décrivez trés bien l'atmosphère un peu surannée de Paimboeuf.

Trentemoult a aussi un peu cette ambiance de Loire...

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